Article de: Giorgio Tebaldi

Contexte de l’action judiciaire de SUISA Digital contre les exploitants de Snapchat

Aujourd’hui, SUISA Digital Licensing (SUISA Digital) a annoncé qu’elle ouvrait une action judiciaire contre Snap pour violation du droit d’auteur. Snap exploite la plateforme à succès Snapchat. Dans une interview écrite, Fabian Niggemeier, CEO de SUISA Digital, s’exprime sur le contexte de cette action judiciaire. Interview de Giorgio Tebaldi

Contexte de l’action judiciaire de SUISA Digital contre les exploitants de Snapchat

Snapchat offre à ses utilisatrices et utilisateurs la possibilité d’intégrer de la musique à leurs messages. Beaucoup d’autrices et d’auteurs n’obtiennent pas de rémunération pour cela de la part de Snap, l’exploitant de Snapchat. (Photo: Postmodern Studio / Shutterstock)

Fabian Niggemeier, pourquoi SUISA Digital ouvre-t-elle une action judiciaire contre Snap?
Comme toute plateforme en ligne qui met de la musique à disposition de ses utilisateurs/-rices, Snap a besoin d’une licence pour pouvoir utiliser cette musique à des fins commerciales. Or, Snap ne possède aucune licence sur notre répertoire pour la musique des vidéos diffusées sur Snapchat, et elle ne verse aucune rémunération aux auteurs/-rices et éditeurs/-rices que nous représentons. Snap enfreint donc clairement le droit d’auteur, raison pour laquelle nous avons ouvert une action judiciaire contre l’entreprise.

N’y avait-il pas d’autre moyen d’inciter Snap à payer des redevances de droits d’auteur?
Il n’y avait malheureusement pas d’autre possibilité. Nous négocions des contrats avec chaque fournisseur de musique en ligne – nous avons maintenant des contrats de ce type avec environ 80 fournisseurs. Nous essayons également de négocier un tel contrat avec Snap depuis environ deux ans. Jusqu’à présent, ces tentatives sont restées vaines. Snap prétend ne pas utiliser les chansons de nos auteurs/-rices et éditeurs/-rices. Nous pouvons cependant démontrer que cette affirmation est fausse. En effet, des milliers de chansons composées et écrites par des auteurs/-rices et des éditeurs/-rices qui nous ont confié leurs droits sont disponibles sur Snapchat.

Il y a quelque temps déjà, Snap a introduit la nouvelle fonction «Sounds»; autrement dit la possibilité d’intégrer de la musique dans les snaps. Lors de son lancement, Snap a communiqué qu’elle avait conclu des contrats de licence avec les titulaires de droits pour cette offre. Snap ne paye-t-elle pas non plus de redevance de droits d’auteur à d’autres sociétés de gestion collective, ou SUISA Digital est-elle un cas isolé?
Nous ne le savons malheureusement pas. Nous savons seulement que Snap propose aux utilisateurs/-rices, sur son service Snapchat, les œuvres de nombreux auteurs/-rices et éditeurs/-rices que nous représentons, et qu’elles sont donc diffusées publiquement. Snap n’a pas acquis de licence pour cela.

Quel est le montant de la rémunération que Snap doit payer pour l’utilisation des œuvres des auteurs/-rices et éditeurs/-rices représentés par SUISA Digital?
Nous devons encore calculer le montant exact. Pour l’instant, nous ne disposons malheureusement pas des informations nécessaires à cet effet. L’une des exigences formulées par notre action en justice est donc que Snap publie sans restriction et intégralement tous les chiffres concernant les revenus et les utilisations de Snapchat. Ces chiffres nous permettront de calculer le montant réel de la rémunération due.

Que signifie cette action judiciaire pour les utilisateurs/-rices de Snapchat? Le répertoire représenté par SUISA Digital sera-t-il bloqué?
Il n’y a aucune raison de bloquer le répertoire que nous représentons si Snap respecte les règles légales. Pour le moment, notre répertoire n’est accessible qu’illégalement sur Snapchat. Nous appelons Snap à discuter avec nous d’une licence pour notre répertoire, dans l’intérêt de ses utilisateurs/-rices, et à ne pas laisser la situation s’envenimer.

SUISA Digital est une entreprise du Liechtenstein appartenant à une coopérative suisse, mais l’action judiciaire est déposée auprès du tribunal de Hambourg. Pourquoi?
Il y a plusieurs raisons à cela. SUISA Digital représente les droits d’auteur non seulement pour les utilisations sur les territoires de la Suisse et du Liechtenstein, mais également pour les utilisations dans toute l’Europe. Une action judiciaire dans un grand pays germanophone est donc également possible. Les marchés de la Suisse et du Liechtenstein sont trop petits pour qu’une action en justice ait un véritable impact. Enfin, sur un petit marché comme le Liechtenstein, il y aurait également le risque que Snap retire son service du marché. Dans le cas d’une plainte en Allemagne, ce scénario est extrêmement improbable.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE: SUISA Digital poursuit Snapchat en justice pour violation du droit d’auteur

SUISA Digital Licensing
L’organisation de gestion de musique SUISA Digital Licensing (SUISA Digital en abrégé) est une filiale de SUISA, la coopérative des auteurs et des éditeurs de musique en Suisse et au Liechtenstein. SUISA Digital, avec siège à Vaduz (Liechtenstein), représente les droits en ligne sur les œuvres musicales des compositeurs/-trices, paroliers/-ières et éditeurs/-trices de 15 sociétés de droits d’auteur et de plusieurs maisons d’édition dans le monde entier. SUISA Digital octroie des licences à des plateformes Internet dans le monde entier et a conclu des contrats avec plus de 80 fournisseurs de services en ligne, dont YouTube, Spotify, Apple Music ou Meta (anciennement Facebook).
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Snapchat offre à ses utilisatrices et utilisateurs la possibilité d’intégrer de la musique à leurs messages. Beaucoup d’autrices et d’auteurs n’obtiennent pas de rémunération pour cela de la part de Snap, l’exploitant de Snapchat. (Photo: Postmodern Studio / Shutterstock)

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Débat SUISA au M4music: quelle influence le streaming a-t-il sur l’écriture des chansons? │ avec vidéo

Aujourd’hui, la musique est souvent consommée via les plateformes de streaming. Avec des millions de titres disponibles, il n’est pas étonnant que certains morceaux passent à la trappe. Le plus souvent, un titre doit nous emballer dès les premières secondes, car le suivant est à portée de clic. Le canal de distribution qu’est le streaming influence-t-il l’écriture des chansons? Cette question fera l’objet d’un débat SUISA au festival M4music 2022. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Lisa Burth

L’époque où l’on écoutait un album du premier au dernier titre est révolue. En 2021, selon l’association professionnelle IPFI, les CD et les vinyles représentaient un peu plus de 10% des ventes de musique en Suisse, les 90% restants concernant le commerce en ligne, dont plus de 80% pour le streaming.

Passer du support sonore au streaming est pertinent pour les artistes à plus d’un titre. Pour les CD et les LP, la rémunération se fait pour la reproduction et la vente d’unités physiques dans leur intégralité. A l’inverse, les auteur-e-s, interprètes et producteurs/trices reçoivent une rémunération pour chaque stream; mais ceux-ci sont pris en compte uniquement si un morceau est écouté pendant au moins 30 secondes. Le problème est que, lorsque l’on consomme de la musique, le morceau suivant est à portée de clic: les compositeurs/trices et les interprètes doivent donc réussir à convaincre le public dès les premières secondes d’un titre de continuer à l’écouter.

La musicienne zurichoise Evelinn Trouble explique dans un entretien vidéo comment les compositrices et compositeurs s’adaptent au comportement observé sur le marché actuel.

Débat SUISA au M4music: «How Streaming is Changing Songwriting»

Le débat SUISA prévu cette année au festival M4music sera consacré à l’influence pour les compositeurs/trices, ainsi que pour les labels, de ce changement de comportement en matière de consommation de musique. Sous l’intitulé «How Streaming is Changing Songwriting», compositeurs/trices, producteurs/trices et responsables de labels discuteront de l’influence du streaming sur l’écriture, la production et la publication des chansons.

Participerons à ce débat :

  • Evelinn Trouble, compositrice, chanteuse, productrice et artiste visuelle zurichoise
  • Julie Born, Managing Director de Sony Music Suisse
  • Henrik Amschler alias HSA, compositeur et producteur zurichois
  • Loris Cimino, producteur et compositeur allemand/zurichois

Modératrice: Nina Havel.

Le débat SUISA aura lieu le vendredi 25 mars 2022 à 16h00 à la Matchbox du Schiffbau à Zurich. Le débat est gratuit et en libre accès.

Le festival M4music 2022

Après avoir été annulé en 2020 en raison de la pandémie de coronavirus, puis organisé en format réduit en 2021, le festival de musique pop du Pour-cent culturel Migros aura lieu cette année sous sa forme habituelle les vendredi 25 et samedi 26 mars 2022 au Schiffbau à Zurich. Outre des tables rondes, des ateliers et des débats sur des thèmes d’actualité du business de la musique, de nombreux artistes de la scène suisse et internationale se produiront lors du festival.

www.m4music.ch/fr/

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Aujourd’hui, la musique est souvent consommée via les plateformes de streaming. Avec des millions de titres disponibles, il n’est pas étonnant que certains morceaux passent à la trappe. Le plus souvent, un titre doit nous emballer dès les premières secondes, car le suivant est à portée de clic. Le canal de distribution qu’est le streaming influence-t-il l’écriture des chansons? Cette question fera l’objet d’un débat SUISA au festival M4music 2022. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Lisa Burth

L’époque où l’on écoutait un album du premier au dernier titre est révolue. En 2021, selon l’association professionnelle IPFI, les CD et les vinyles représentaient un peu plus de 10% des ventes de musique en Suisse, les 90% restants concernant le commerce en ligne, dont plus de 80% pour le streaming.

Passer du support sonore...Continuer

«Musicians in Conversation»: le podcast de Helvetiarockt

En décembre 2020, Helvetiarockt, le centre de coordination et la plateforme de mise en relation des musiciennes de jazz, pop et rock en Suisse, a lancé une série de podcasts sous le nom de «Musicians in Conversation». La deuxième saison débutera le vendredi 7 janvier 2022. L’objectif principal est de mettre en lumière des modèles et de créer des liens au sein de la scène musicale suisse. SUISA est partenaire de la nouvelle série de podcasts. Texte de Giorgio Tebaldi

«Musicians in Conversation»: le podcast de Helvetiarockt

Dans Ie premier épisode du podcast Helvetiarockt, la musicienne et technicienne du son Anna Murphy parle du processus créatif de I‘écriture de chansons et de son parcours de technicienne du son – et encourage d’autres femmes à s’engager dans la production musicale. (Photo: Valentina Mahler)

Anna Murphy, La Nefera, Jessiquoi ou encore Jasmin Albash: voici quelques noms d’artistes féminines, non-binaires, trans et intersexes – DJ et musicien·ne·s – qui s’expriment dans la deuxième saison du podcast «Musicians in Conversation» de Helvetiarockt. Ces entretiens sont l’occasion de parler de musique, du processus créatif et des différents aspects du métier d’artiste. Avec cette offre, Helvetiarockt veut mettre en lumière un grand nombre de modèles pour les musiciens et musiciennes.

En partageant leurs expériences, les personnes invitées à s’exprimer lors du podcast assument un rôle de modèle. Elles montrent qu’il existe différentes voies et possibilités pour faire carrière dans la musique et que personne n’est seul dans son parcours. Le podcast ne s’adresse pas seulement à des aspirant·e·s musicien·ne·s: il se veut une source d’inspiration et vise à permettre à toutes les personnes intéressées, musicien·ne·s ou non, de jeter un coup d’œil dans les coulisses de l’industrie musicale.

Les interviews sont menées par Natalia Anderson, musicienne, DJ et journaliste londonienne installée à Genève. «Nous nous efforçons de démystifier l’univers de l’industrie musicale et de montrer qu’il n’y a pas qu’une manière de s’investir dans ce milieu, bien au contraire», déclare Natalia Anderson dans le communiqué de presse d’Helvetiarockt. «Avec ce podcast, nous voulons mettre en lumière, sous toutes leurs facettes, des groupes sous-représentés sur la scène musicale suisse.»

Les femmes dans l’industrie de la musique

Les femmes sont largement sous-représentées sur la scène musicale suisse: selon Helvetiarockt, on ne compte en effet que 11% de femmes sur les scènes suisses. Dans la production musicale, le pourcentage de femmes atteint à peine 2%.

Cela se reflète également dans le pourcentage de femmes membres de SUISA: actuellement, il dépasse à peine les 19%. Même si la tendance est légèrement à la hausse – ces dernières années, la part des femmes parmi les nouveaux membres de SUISA était de 21% (2018, 2019), 23% (2020) et 26% en 2021 – les femmes restent sous-représentées dans l’industrie musicale suisse alors qu’elles constituent plus de 50% de la population.

C’est pourquoi le podcast d’Helvetiarockt veut rendre visible cette partie (encore) petite des créateurs de musique et accompagner les aspirant·e·s musicien·ne·s dans leur parcours, leur transmettre force et courage.

SUISA, partenaire de Helvetiarockt

SUISA est partenaire de la deuxième saison de «Musicians in Conversation». Depuis 2019, elle soutient Helvetiarockt financièrement et en termes de visibilité dans le cadre d’un engagement de sponsoring.

La deuxième saison du podcast débutera le vendredi 7 janvier 2022 et sera diffusé diffusée deux lois par semaine. Dans Ie premier épisode du podcast Helvetiarockt, la musicienne et technicienne du son Anna Murphy parle du processus créatif de I‘écriture de chansons et de son parcours de technicienne du son – et encourage d’autres femmes à s’engager dans la production musicale.

Vous trouverez les podcasts «Musicians in Conversation» de Helvetiarockt via le lien:
www.helvetiarockt.ch/podcasts

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Nik Bärtsch: «Le monde de la musique dans son ensemble vit une épreuve difficile»«Le monde de la musique dans son ensemble vit une épreuve difficile» Par le projet «Music for Tomorrow», SUISA souhaite apporter son soutien à ses membres en ces temps difficiles. Une plateforme a été mise en place en faveur des artistes afin que chacune et chacun puisse raconter son expérience en confinement et présenter l’une de ses œuvres. Cette semaine, nous vous présentons le pianiste, compositeur et producteur suisse Nik Bärtsch et son œuvre «Modul 5». Nik nous raconte son quotidien en famille pendant le confinement et nous relate l’histoire qui le lie à un médecin urgentiste australien. Continuer
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Assemblée générale 2021: la Conseillère aux Etats Johanna Gapany rejoint le Conseil de SUISA

Pour la deuxième fois consécutive, l’Assemblée générale de SUISA s’est tenue sous forme écrite en raison de la pandémie de Covid-19. Au total, 1486 compositeurs, paroliers, éditeurs de musique et héritiers ont voté par correspondance. Texte de Giorgio Tebaldi

Assemblée générale 2021: la Conseillère aux Etats Johanna Gapany rejoint le Conseil de SUISA

L’Assemblée générale de SUISA a élu la Conseillère aux Etats PLR de Fribourg Johanna Gapany (photo) en tant que nouveau membre du Conseil. (Photo: Luan Bardi)

Comme en 2020, SUISA a été contrainte cette année encore de renoncer à tenir une Assemblée générale «physique» en raison de la pandémie de Covid-19. Au lieu de cela, l’AG 2021 a eu lieu par correspondance. Cette année également, les membres de SUISA ont eu la possibilité de voter par écrit ou sous forme électronique.

Comme à l’accoutumée, les membres de SUISA se sont prononcés sur les affaires statutaires de leur coopérative et du groupe SUISA. Ils ont notamment approuvé les comptes annuels et donné décharge au Conseil de SUISA et à l’organe de révision BDO.

La Conseillère aux Etats Johanna Gapany rejoint le Conseil de SUISA

L’Assemblée générale a élu la Conseillère aux Etats PLR de Fribourg Johanna Gapany au Conseil de SUISA jusqu’en 2023, pour succéder à Géraldine Savary, démissionnaire.

Johanna Gapany a passé son enfance en Gruyère et commencé très tôt sa carrière politique. Elle a notamment occupé plusieurs années la présidence des Jeunes Libéraux-Radicaux du canton de Fribourg, puis a été vice-présidente des Jeunes Libéraux-Radicaux suisses. En 2019, Johanna Gapany a été la première femme du canton de Fribourg élue au Conseil des Etats. Elle est vice-présidente de la Commission des finances, membre de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture (CSEC), de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS) et de la délégation auprès de l’Union interparlementaire.

Dans son message vidéo à l’Assemblée générale, elle explique la raison de sa candidature au Conseil de SUISA par le fait que «la musique a une valeur particulière sur le plan personnel, ainsi que pour notre culture et notre pays». SUISA compte désormais dans son Conseil en la personne de Johanna Gapany une politicienne engagée qui s’impliquera en faveur des revendications des musiciens. Dans la vidéo, elle déclare : «Je veux vous aider à faire reconnaître votre travail. Une carrière musicale ne devrait pas être considérée comme un caprice, un rêve d’enfant ou une vocation, mais comme un véritable métier.»

Madame Gapany succède à Géraldine Savary (PS, VD), ancienne Conseillère aux Etats, qui a défendu les intérêts des musiciens avec force dix ans durant en tant que membre du Conseil de SUISA. Le postulat de Madame Savary intitulé «La Suisse a-t-elle besoin d’une loi contre le téléchargement illégal de musique?» a été à l’origine de la révision de la loi sur le droit d’auteur en 2010 et de l’adaptation de la loi suisse à l’ère numérique.

Géraldine Savary souhaite à l’avenir se consacrer entièrement à ses nouvelles fonctions de rédactrice en chef du magazine féminin romand «Femina» et a donc décidé de quitter le Conseil de SUISA.

Le règlement général sur les placements de SUISA prend en compte désormais le critère de «durabilité»

Le règlement général sur les placements de SUISA était aussi un point à l’ordre du jour. Le Conseil de SUISA a demandé à l’Assemblée générale de prendre désormais en compte le critère de «développement durable» en plus des deux critères «sécurité» et «liquidité» lors des décisions d’investissements. Les investissements durables sont répartis en fonction des critères ESG: Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (gestion responsable des entreprises). SUISA tiendra compte de ces critères pour toute nouvelle décision d’investissements.

Au total, 1486 compositeurs, paroliers, éditeurs de musique et héritiers ont voté par correspondance. Le compte rendu de l’Assemblée générale de SUISA 2021 est disponible sur: www.suisa.ch/assembleegenerale

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Ghost Festival: le spectre du silence

Le week-end prochain, le plus grand concert de Suisse aura lieu dans le cadre du Ghost Festival. Près de 300 groupes et artistes ont répondu présents. La particularité de ces représentations : pas de scène, pas de musique, ou spectacle de lumières. Conçu comme une action de solidarité envers la scène musicale suisse, le Ghost Festival est emblématique de la situation désastreuse du secteur de la culture en crise depuis le début de la pandémie de Covid-19. SUISA sponsorise cet événement et a realisé une interview vidéo avec le co-organisateur de l’événement, Baldy Minder. Zoom sur les coulisses de ce non-festival. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Nina Müller

La programmation du Ghost Festival laisse rêveurs tous les amoureux de la musique pop et rock suisse. Parmi les têtes d’affiche, on trouve Stephan Eicher, Patent Ochsner ou encore Dodo et des jeunes espoirs tels que Crème Solaire, Annie Taylor ou KT Gorique. Malheureusement, tout cela reste fictif. La musique manquera à cet événement tout comme l’absence de concerts en live ou tout simplement l’ambiance normale des festivals avec les espaces camping, les stands de restauration et et les files d’attente devant les toilettes mobiles.

Le Ghost Festival n’aura pas lieu, tel est le message fort porté par cette initiative. Une série de concerts qui n’aura donc pas lieu le week-end du 27 au 28 février 2021.

Un événement inspiré des matchs de football à huis clos

Créé par des amateurs de musique bernois appartenant au « Ghost Club », le Ghost Festival représente un acte de solidarité en faveur des acteurs de la scène musicale suisse. Baldy Minder, membre du « Ghost Club », est également booker et manager de groupes tels que le collectif bernois de hip-hop Chlyklass ou de la rapeuse 11Ä. Lors d’une interview vidéo dans les coulisses de la salle de concert Exil, à Zurich, Baldy Minder nous a expliqué le concept du Ghost Festival: «pour le football, on propose des matchs à huis clos. Aujourd’hui, les fans de foot solidaires renouvellent tout de même leur abonnement au stade en dépit de l’avenir incertain qui se profile. C’est ainsi qu’est née l’idée du Ghost Festival».

Ainsi, les fans de musique peuvent acheter leurs billets pour le Festival: un billet valable un jour coûte 20 francs, 50 francs pour deux jours et le pass VIP est proposé à 100 francs. Et puisque le Festival n’a pas réellement lieu, il y a toujours des billets à vendre ! De plus, une vaste sélection de merchandising est proposée: t-shirts, bonnets, sweatshirts, vestes, etc. Les recettes seront reversées aux artistes ainsi qu’aux bookers et intermittents du spectacle. Pour toutes ces personnes, cet argent représente bien plus qu’une aide. Aujourd’hui, la plupart des acteurs du monde de la musique au sens large ne bénéficient plus de leur principale source de revenus que représentent les concerts. Malgré quelques assouplissements en été 2020, cette situation dure exactement depuis un an. Pour l’instant, aucune amélioration n’est en vue.

Un manque de plus de 50’000 francs dans les caisses des auteurs et éditeurs de musique

Le manque à gagner en termes de droits d’exécution se reflète également auprès de SUISA puisque ceux-ci proviennent notamment des concerts et festivals. Le Ghost Festival est également symptomatique de cette situation : jusqu’à présent près de 15 000 billets ont été vendus. Pour un événement normal au cours duquel les chanteurs se produisent sur scène, les compositeurs, paroliers et éditeurs de ces morceaux percevraient normalement plus de 50 000 francs de droits d’auteur. Sans performance des artistes sur scène, ces recettes ne seront pas générées.

Habituellement, chaque année, en Suisse, près de 400 festivals sont organisés, classant ainsi la Suisse comme ayant la plus grosse concentration de festivals au monde. L’année dernière, en raison de la pandémie, la plupart de ces festivals ont dû être annulés. SUISA a constaté en 2020 que les recettes de droits d’auteur issues des concerts ont baissés de plus de 50% par rapport à l’année précédente. En termes de chiffres, en comparaison avec 2019, cela représente une perte de près de 12 millions de francs pour les créateurs de musique. Cette situation se poursuivra en 2021 et probablement en 2022.

Un geste de solidarité également envers les bookers, techniciens du son et autres techniciens itinérants

Et il ne s’agit que du manque à gagner sur les recettes de celles et ceux qui ont composé ou écrit des morceaux de musique ou encore des éditeurs. Pour les musiciens, s’ajoutent à cela les cachets qu’ils ne perçoivent pas et qui en règle générale sont un peu plus élevés que les redevances de droits d’auteur. Les annulations des concerts et festivals n’affectent pas seulement les musiciens. La crise qui dure depuis bientôt depuis un an est également un coup dur pour celles et ceux qui, en coulisses, rendent ces événements possibles sur le plan technique, à savoir les bookers, les techniciens du son et de la lumière, les managers de tournées, les vendeurs de merchandising, le personnel de sécurité et bien évidemment les organisateurs de concerts eux-mêmes.

«L’idée est que l’événement ne profite pas seulement aux groupes, mais qu’il représente un soutien global à tous les acteurs de la scène musicale», explique ainsi Baldy Minder. «Lorsque les groupes sont en tournée, ils ont un manager, des ingénieurs du son et de la lumière. Lorsqu’ils doivent transporter leurs instruments, ils peuvent compter sur les assistants de plateau pour les aider. Ce secteur fait tourner une vaste économie qui est aujourd’hui en sous-régime et génère bien moins d’argent».

100% des recettes des ventes de billets reversées aux acteurs de la scène musicale

Face à la réalité d’un très vaste réseau de personnes impliquées dans cette situation difficile, les artistes et les groupes ont pu désigner deux autres personnes de leur entourage professionnel afin que celles-ci puissent également profiter du Ghost Festival. Au total, cela représente près de 1300 personnes. «Les recettes réalisées seront reversées et réparties entre chaque personne et ne seront pas uniquement destinées aux groupes», se félicite ainsi Baldy Minder. Si les recettes des ventes de billets et merchandising sont entièrement reversées aux acteurs de la musique, une part des recettes du sponsoring servira à rémunérer le travail des organisateurs. «Les partenariats nous permettent de nous verser un salaire», commente Baldy Minder. Et il ajoute: «Ce qui restera du sponsoring sera ensuite réparti entre les artistes.»

Pour les organisateurs, la gestion du temps aura été l’un des principaux défis à relever. L’idée de ce festival est née fin novembre 2020. Il restait alors trois mois aux organisateurs pour créer le plus grand festival de Suisse. Et même si aucune représentation n’aura lieu, l’organisation d’un festival fantôme s’apparente d’une certaine manière à celle d’un véritable festival, comme l’explique Baldy Minder: «Une grande partie de l’organisation est semblable à celle d’un vrai festival. Il faut un booking et mettre en place une campagne de promotion sur les réseaux sociaux et dans la presse. Il y a beaucoup d’échanges avec les groupes. La seule chose qu’il n’est pas nécessaire de prévoir, c’est l’infrastructure. Il ne faut pas délimiter la zone par une clôture, pas besoin de scène, ni d’entreprise de sonorisation. Il n’est pas nécessaire d’engager un service de sécurité. Nous ne devons aucune redevance à SUISA, car il ne se passera rien du point de vue des droits d’auteur, il n’y aura finalement aucun son».

Un silence assourdissant

Pour cet événement, les organisateurs ont également renoncé à l’idée de diffuser des concerts en streaming, comme l’explique Baldy Minder: «Beaucoup de gens voudraient qu’il y ait des concerts en streaming, mais là non, il n’y aura absolument pas de musique. Il est temps de prendre du recul et de rendre un peu aux artistes le plaisir qu’ils nous donnent habituellement».

Les spectateurs du Ghost Festival frustrés par tant de silence et à qui la musique manque terriblement seront tout de même récompensés : «Nous allons sortir un album. Ce ne sera pas une compilation, mais un album pensé comme un «Ghost Orchestra», précise Baldy Minder. Il sortira le 26 février, un jour avant le festival». Il s’agira d’un album CD. Là aussi, tout a été bien pensé, comme nous l’explique Baldy Minder: «Le CD est totalement anticyclique, c’est donc une sorte de fantôme qui disparaît lentement». Ce mystérieux CD regroupera la plupart des groupes participant au festival. Ces artistes sont d’ailleurs originaires des quatre coins du pays, puisque la pandémie de Covid-19 touche toute la Suisse.

SUISA, partenaire du Ghost Festival
La crise sanitaire touche fortement les membres de SUISA. Voilà pourquoi SUISA, la Coopérative, mais également ses collaboratrices et collaborateurs, s’engagent comme partenaire du Ghost Festival. Chaque billet acheté par les employé-es-s de SUISA sera surclassé par l’entreprise. Ainsi, un billet valable un jour se transformera en un billet pour deux jours, un billet pour deux jours sera transformé en billet VIP et pour chaque billet VIP acheté, les collaborateurs de SUISA bénéficieront d’un deuxième billet VIP offert.Par ailleurs, lors du week-end du Festival, SUISA fera un reportage et échangera avec certains  artistes et organisateurs. De plus amples informations seront communiquées ces prochains jours sur www.instagram.com/suisamusicstories.

 

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Le week-end prochain, le plus grand concert de Suisse aura lieu dans le cadre du Ghost Festival. Près de 300 groupes et artistes ont répondu présents. La particularité de ces représentations : pas de scène, pas de musique, ou spectacle de lumières. Conçu comme une action de solidarité envers la scène musicale suisse, le Ghost Festival est emblématique de la situation désastreuse du secteur de la culture en crise depuis le début de la pandémie de Covid-19. SUISA sponsorise cet événement et a realisé une interview vidéo avec le co-organisateur de l’événement, Baldy Minder. Zoom sur les coulisses de ce non-festival. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Nina Müller

La programmation du Ghost Festival laisse rêveurs tous les amoureux de la musique pop et rock suisse. Parmi les têtes d’affiche, on trouve Stephan...Continuer

«Avec cette crise, j’ai un peu l’impression de faire un séjour en centre de désintoxication»

Pendant la crise du coronavirus, dans le cadre du projet «Music for Tomorrow», SUISA propose à quelques-uns de ses membres une plateforme sur laquelle ils peuvent présenter leurs créations et parler de leurs défis. C’est au tour de la musicienne et compositrice valaisanne Tanya Barany de nous expliquer en quoi elle espère que cette crise aura permis de déclencher une prise de conscience en matière d’entraide sociale, de reconnaissance, de solidarité ou de réflexion et elle nous présente en exclusivité sa chanson «Cotton Clouds». Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo réalisée par Tanya Barany, arrangée par Nina Müller

«Aussi sombre que mon humour britannique, mais avec une touche d’air frais des montagnes», c’est ainsi que Tanya Barany décrit sa «dark pop». Née dans le Haut-Valais où elle a grandi, Tanja Zimmerman, de son vrai nom, s’est mise à la musique dès son plus jeune âge: «Je chante, je danse et je donne des spectacles depuis toujours. Les scènes sont juste devenues plus grandes avec le temps», déclare-t-elle dans le cadre d’une interview réalisée par écrit. «Ce qui au début n’était rien d’autre que mon lit s’est transformé en une scène du Gampel Openair.» Sa carrière musicale commence à 11 ans, lors de sa première apparition en solo où elle s’accompagne à la guitare dans un hit-parade pour enfants. A 14 ans, elle a créé le trio féminin vitaminé Labyrinthzero, avec lequel elle a sorti son premier EP avec ses propres compositions et donné plus de 150 concerts en Suisse et à l’étranger.

A la recherche de son identité musicale

Sa rencontre avec Jonas Ruppen, claviériste et vidéaste de son groupe, a été un élément déclencheur dans sa carrière: «Il m’a fait découvrir le monde de Radiohead, James Blake, etc. – et soudain, c’est comme si j’avais trouvé mon son!» Voilà maintenant dix ans qu’ils font de la musique ensemble et travaillent tous les deux sur le concept «Tanya Barany» – Tanya comme compositrice et Jonas comme producteur vidéo.

Elle a débuté sa formation musicale en 2014 avec un cursus à la Haute école d’art de Zurich où elle a pu bénéficier de l’enseignement d’excellents professeurs. «En même temps, j’ai appris à utiliser le logiciel d’enregistrement LogicX, qui m’a permis de donner une nouvelle direction à mes compositions – ma ‹dark pop› commençait à voir le jour!»

«Lights Disappear» – son premier album

«Lights Disappear», le premier album de Tanya Barany, sort en 2019. Elle le défendra ensuite sur scène dans le cadre d’une tournée de concerts en Suisse et à l’étranger, comme par exemple au Gampel Openair, au Zermatt Unplugged, au Swiss Live Talents ou au Blue Balls Festival.

Outre son projet «Tanya Barany», elle travaille comme chanteuse et musicienne studio, compositrice, parolière et coach vocal.

«Cotton Clouds»

Pour «Music for Tomorrow» Tanya Barany a joué et enregistré sa chanson «Cotton Clouds». A ce propos, elle déclare: «‹Cotton Clouds› décrit la sensation de l’immersion dans l’eau, lorsque tout autour de nous devient soudainement silencieux et qu’un monde nouveau nous apparaît. D’un côté, l’eau qui nous submerge est oppressante (presque écrasante) et, d’un autre côté, elle n’est pas sans évoquer la sécurité d’une étreinte. Totalement inédit ‹Cotton Clouds› est mon titre caché. A l’instar des chansons issues de mon album ‹Lights Disappear›, c’est dans les ténèbres de mon âme que j’ai puisé ‹Cotton Clouds›, mais ce morceau n’a pas trouvé sa place sur l’album. Initialement, ‹Cotton Clouds› a été composée au piano; en fait, je préfère jouer du piano juste pour moi, sans que personne ne m’écoute. J’ai choisi ‹Cotton Clouds› pour ‹Music for Tomorrow› parce que j’aimerais inviter les auditeurs dans mon petit salon et les emmener dans un petit voyage personnel … :-)»

Tanya Barany, à quoi ressemble ton quotidien d’auteure-compositrice pendant la pandémie de coronavirus?
Tanya Barany: En ce moment, j’ai davantage de temps pour convertir mes idées de chansons en morceaux concrets et aboutis. C’est la raison pour laquelle j’essaye d’être aussi productive que possible – pas seulement pour moi en tant que Tanya Barany, mais aussi en tant que parolière anonyme pour d’autres artistes. Mon partenaire, David Friedli – lui aussi musicien et compositeur –, et moi-même écrivons souvent ensemble. Nous explorons tous les styles possibles et imaginables – folk, rock, schlager, électro, pop, soul, etc. – c’est vraiment amusant!

Comment vis-tu cette crise sanitaire?
Avec cette crise, j’ai un peu l’impression de faire un séjour en centre de désintoxication. Je n’ai aucune envie d’y être – les concerts, la vie culturelle et même le simple fait de faire des projets me manquent (qui l’aurait cru) – et j’attends avec impatience le retour à la normalité. Mais cette crise nous apporte aussi quelque chose de positif: du temps! On dirait que le monde tourne un peu plus lentement. Soudain, je peux me consacrer à des trucs que j’avais envie de faire depuis longtemps, et non pas uniquement à ce que je dois faire – ça fait un bien fou! Cette période m’a permis de souffler pour mieux redémarrer, j’ai l’impression d’avoir plus d’énergie et d’être plus créative qu’avant.

Comment le public peut-il te soutenir en ce moment?
Si mes fans veulent me soutenir, ils peuvent parler de ma musique à leurs amis et à leur famille, leur dire qu’il faut ab-so-lu-ment qu’ils achètent «Lights Disappear» en CD! :-) Les chansons mélancoliques, ça aide dans les moments sombres … :-)

Est-ce une bonne chose que les gens écoutent ta musique sur Spotify et autres plateformes de streaming?
Pour les spectacles en live, les organisatrices et organisateurs tiennent compte, entre autres, du nombre d’écoutes sur Spotify, de vues sur YouTube, etc. C’est donc clairement un avantage si ma musique est régulièrement diffusée sur ce type de plateformes. C’est aussi agréable de voir que l’on écoute mes chansons à l’autre bout du monde! Mais pour me soutenir en tant qu’artiste directement, je suis toujours très reconnaissante pour la musique achetée sur iTunes, etc. ou directement lors des concerts.

Selon toi, qu’est-ce qui pourrait ressortir de positif de la situation actuelle?
J’espère sincèrement que cela aura déclenché une réelle prise de conscience chez chacun d’entre nous – à tous les niveaux! Un peu plus d’entraide sociale, de reconnaissance, de solidarité, de réflexion – ça nous ferait du bien à tous!

Quel message souhaites-tu adresser à tes fans?
Même si vous n’entendez pas beaucoup parler de Tanya Barany en ce moment, je travaille à fond sur un nouveau concept qui va tout déchirer – profitez bien du calme avant la tempête! :-) J’ai vraiment hâte de pouvoir vous proposer mes nouvelles chansons! Merci pour votre soutien! Take care <3

www.tanyabarany.ch

«Music for Tomorrow»
La crise du Covid-19 est particulièrement rude pour les membres de SUISA. En effet, jusqu’à nouvel ordre, les représentations de toute sorte sont interdites. De nombreux compositeurs, compositrices, éditeurs et éditrices ont ainsi perdu leur principale source de revenus. Au cours des prochaines semaines, nous aurons le plaisir de partager le portrait de certains d’entre eux sur le SUISAblog. L’occasion pour ces professionnels de nous confier ce qui les touche et de raconter leurs défis et leur quotidien. Les musiciens et musiciennes ont également filmé leur performance pour notre blog, depuis chez eux ou depuis leur studio. SUISA verse une rémunération aux artistes pour leur participation à ce projet.
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Pendant la crise du coronavirus, dans le cadre du projet «Music for Tomorrow», SUISA propose à quelques-uns de ses membres une plateforme sur laquelle ils peuvent présenter leurs créations et parler de leurs défis. C’est au tour de la musicienne et compositrice valaisanne Tanya Barany de nous expliquer en quoi elle espère que cette crise aura permis de déclencher une prise de conscience en matière d’entraide sociale, de reconnaissance, de solidarité ou de réflexion et elle nous présente en exclusivité sa chanson «Cotton Clouds». Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo réalisée par Tanya Barany, arrangée par Nina Müller

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«Night of Light»: SUISA s’engage pour les secteurs de l’événementiel et de la culture

Le 22 juin 2020, de 22 heures à minuit, de nombreux bâtiments à travers la Suisse ont été éclairés en rouge dans le cadre de l’action «Night of Light». Cette campagne visait à attirer l’attention sur la situation précaire de nombreux organisateurs et créateurs culturels en raison de la crise du coronavirus. SUISA s’est joint au mouvement en faisant briller en rouge son siège de Zurich. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Nina Müller

Lundi soir, plus de 900 bâtiments à travers le pays se sont parés de rouge. Dans le cadre de l’action «Night of Light», plusieurs entreprises et organisations ont mis en lumière la situation très difficile traversée par les secteurs de l’événementiel et de la culture en raison de la crise du coronavirus.

En tant que coopérative des compositeurs, auteurs et éditeurs de musique, SUISA a également participé à cette action en éclairant de rouge son bâtiment à Wollishofen durant deux heures. Les photos sont à découvrir dans une vidéo. SUISA s’est ainsi engagée en faveur de ses membres en Suisse et au Liechtenstein, ainsi que de ses clients dans les secteurs de l’événementiel et de la culture.

L’objectif de cette campagne consistait à alerter le public et les politiques sur la situation précaire que traverse le secteur en raison de la crise du coronavirus. Les coordinateurs et associations de cette branche souhaitent ouvrir un dialogue avec les responsables politiques afin de sauver d’une vague d’insolvabilité ce vaste secteur générant habituellement des milliards de francs, et de maintenir des milliers d’emplois à travers l’ensemble du pays.

«Le secteur de l’événementiel a été le premier touché par la crise du coronavirus, et il est très probable que ses effets se fassent ressentir en profondeur pendant longtemps», déplorent ainsi les organisateurs de «Night of Light» en Suisse. Depuis le 16 mars 2020, l’ensemble de ce secteur a dû faire face à des conditions extrêmement difficiles, et jusqu’à récemment, les concerts, festivals, spectacles de théâtre et événements d’affaires étaient totalement interdits. Ils restent d’ailleurs difficiles à organiser encore aujourd’hui.

Le 19 juin 2020, le Conseil fédéral a annoncé de nouveaux assouplissements des mesures sanitaires de sécurité, autorisant les événements accueillant jusqu’à 1000 personnes dans le respect des conditions préconisées. Cependant, la situation demeure profondément difficile. L’organisation d’événements nécessite tout d’abord une phase de planification pouvant souvent prendre plusieurs mois, notamment l’organisation de tournées. Les représentations ne peuvent donc reprendre leur cours du jour au lendemain. Par ailleurs, malgré des consignes sanitaires plus souples, de nombreuses manifestations culturelles ne peuvent être maintenues de manière rentable, car les organisateurs doivent s’en tenir à des conditions encore strictes.

De plus, le droit au chômage partiel pour les personnes occupant un poste semblable à celui d’un employeur a été supprimé fin mai et les conditions pour bénéficier de versements d’aide ont été durcies. Cela touche tout particulièrement les PME et les indépendants exerçant dans l’événementiel et la culture, ce secteur étant essentiellement composé de travailleurs indépendants et de petites entreprises dirigées par leurs propriétaires. L’événementiel et la culture ont besoin d’un soutien d’urgence le temps que l’activité retrouve son cours normal.

SUISA soutient les demandes des associations culturelles en faveur d’un prolongement des mesures d’aide pour les organisateurs et les créateurs culturels. Sans quoi, nombre d’indépendants et petites et moyennes entreprises menacent de faire faillite et de disparaître de la scène culturelle suisse. Des milliers d’emplois sont en jeu dans un secteur réalisant chaque année 70 milliards de francs de chiffre d’affaires.

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Helvetiarockt: SUISA soutient la voix des femmes musiciennes en Suisse |avec vidéo

De nos jours, les femmes sont encore sous-représentées dans l’industrie musicale, sur scène et dans le monde de la production. Par conséquent, l’association Helvetiarockt s’engage depuis dix ans pour les femmes dans les univers pop, jazz et rock en Suisse. Depuis 2019, SUISA soutient Helvetiarockt en tant que partenaire et a participé en août dernier au «Female* Songwriting Camp» au Fri-Son à Fribourg. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Sibylle Roth

Actuellement, un peu plus de 15% des membres de SUISA sont des femmes. La tendance est certes en légère hausse – au cours des dernières années la proportion des femmes parmi les nouveaux membres se situait autour de 20-21% – mais il n’en demeure pas moins qu’avec plus de 50% de femmes au sein de la population, celles-ci sont toujours sous-représentées dans l’industrie de la musique en Suisse. Un constat d’autant plus étonnant que les métiers dans ce secteur ne sont pas spécialement considérés comme des métiers «d’homme».

En 2009, l’association Helvetiarockt a été fondée afin de contrecarrer ce déséquilibre et faire entendre les préoccupations des musiciennes. Depuis 10 ans, elle aide les musiciennes à s’intégrer dans l’industrie musicale et à rencontrer d’autres artistes. Une vaste palette d’ateliers est ainsi proposée pour des (futures) interprètes, productrices et compositrices. Helvetiarockt offre également des possibilités de réseautage pour les musiciennes et réalise un travail important de sensibilisation afin de promouvoir l’égalité des chances dans ce secteur. L’association sensibilise les organisateurs/trices d’événements et place aussi parfois des musiciennes, des femmes DJ et des groupes de musique dans des festivals, des clubs et des événements professionnels.

SUISA, partenaire de Helvetiarockt

Partenaire d’Helvetiarockt depuis 2019, SUISA apporte un soutien financier et de la visibilité à l’association par un engagement de sponsoring. En qualité de coopérative des compositrices, auteurs et éditrices de musique, la collaboration avec SUISA est principalement axée sur les «Female* Songwriting Camps». Cette année, Helvetiarockt et SUISA collaborent également au Cully Jazz Festival (du 27 mars au 4 avril 2020).

Depuis 2015, Helvetiarockt organise les «Female* Songwriting Camps»; ils ont désormais lieu deux fois par an en août dans deux villes différentes: au Kulturzentrum Galvanik à Zoug et au Fri-Son à Fribourg. Lors de ces camps sur cinq jours, des femmes auteurs-compositrices expérimentées apportent leur soutien aux participantes dans le cadre d’ateliers de groupe, de coaching individuel et d’auto-apprentissage autour de la composition, de l’écriture et de l’arrangement. L’objectif principal de cet événement ne consiste pas à ce que les participantes repartent avec des chansons terminées, mais plutôt qu’elles développent leurs compétences en matière de composition et élaborent un réseau avec d’autres musiciennes.

A ce jour, 42 musiciennes ont participé aux «Female* Songwriting Camps» et beaucoup d’entre elles à l’instar de Kimbo, Sasa ou encore Anna Mae sont très actives. «Nous avons déjà pu apporter de la force à plusieurs auteurs-compositrices, c’est génial», nous confie Muriel Rhyner, responsable notamment des «Female* Songwriting Camps» et des «Female* Producing Circles» au sein de l’association. C’est elle qui a créé également les «Songwriting Camps» il y a cinq ans et qui les dirige depuis lors – avec Elodie Romain, alias Billie Bird depuis 2019.

SUISA a participé au «Female* Songwriting Camp» au Fri-Son et a suivi les coachs de même que les huit participantes pendant deux jours. L’événement a plu aux musiciennes : «J’étais à un stade où il était vraiment important pour moi de rencontrer d’autres personnes qui font la même chose et de pouvoir bénéficier de conseils et d’avis de professionnels», explique par exemple l’une des participantes, Ines Martenet. Une autre participante, Emelyne Pannatier, est quant à elle venue au camp avec des questions concrètes sur l’enregistrement d’une chanson, car elle avait «des problèmes en particulier avec la structure de quelques chansons».

Deux nouveaux «Female* Songwriting Camps» sont prévus pour août 2020

En 2020, Helvetiarockt organise à nouveau deux «Female* Songwriting Camps»: du 3 au 7 août au Kulturzentrum Galvanik à Zoug et du 17 au 21 août au Fri-Son à Fribourg. Inscriptions en ligne sur: www.helvetiarockt.ch/songwritingcamp

Comme le dit Ines Martenet dans la vidéo: «Rejoins-nous!»

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Actuellement, un peu plus de 15% des membres de SUISA sont des femmes. La tendance est certes en légère hausse – au cours des dernières années la proportion des femmes parmi les nouveaux membres se situait autour de 20-21% – mais il n’en demeure pas moins qu’avec plus de 50% de femmes au sein de la population, celles-ci sont toujours sous-représentées...Continuer

«Swiss Music Awards»: Les compositeurs reçoivent le prix du «Best Hit»

Cette année encore, les «Swiss Music Awards» récompenseront la meilleure chanson suisse de l’année écoulée. Grâce à SUISA, ce prix ne sera pas remis uniquement à l’interprète du titre gagnant, mais également à sa compositrice ou son compositeur, et ce, pour la cinquième année consécutive. Les interprètes et les compositeurs ont raconté en interview le processus d’écriture de leur chanson. Texte de Giorgio Tebaldi

«Swiss Music Awards»: Les compositeurs reçoivent le prix du «Best Hit»

Les nominés de la catégorie «Best Hit» aux Swiss Music Awards»: «Punto» de Loco Escrito, «She Got Me» de Luca Hänni et «Für immer uf Di» de Patent Ochsner. SUISA récompense également les compositeurs. (Photos: Nina Müller)

L’année dernière, les chansons «She Got Me» de Luca Hänni, «Punto» de Loco Escrito et «Für immer uf Di» de Patent Ochsner ont été les titres les plus plébiscités du hit-parade suisse et se voient donc nominés aux Swiss Music Awards 2020 dans la catégorie «Best Hit». On ne parle jamais des compositeurs, mais sans eux, ces hits n’existeraient pas. Au nom de SUISA, les compositeurs du «Best Hit» seront également mis à l’honneur lors de la remise des prix le 28 février 2020 au KKL de Lucerne.

Cette récompense a pour but de mettre en lumière et de faire reconnaître le travail des auteurs à l’origine de grands succès de la chanson. Pour Luca Hänni, qui s’exprime dans une interview vidéo, c’est une démarche importante: «Je trouve qu’il est essentiel d’intégrer les compositeurs. Ils sont l’alpha et l’oméga de nos œuvres. Ils sont notre âme en studio, écrivent les textes et nous aident à faire passer nos émotions sur papier.»

Trois chansons, neuf compositeurs

Pour le titre «She Got Me», outre Luca Hänni, cinq autres compositeurs sont également nominés dans la catégorie «Best Hit». Ce titre a été composé lors du Camp de Composition de chanson SUISA 2018 par Luca Hänni, Laurell Barker (CAN), Jon Hällgren (SWE) et Frazer Mac (CAN) en à peine une journée. La chanson a été peaufinée avec Lukas Hällgren (SWE) et Jenson Vaughn (CAN) jusqu’à sa version finale, qui a permis à la Suisse d’obtenir une excellente quatrième place au Concours de l’Eurovision l’année dernière.

Büne Huber, chanteur du groupe Patent Ochsner, se réjouit lui aussi du fait que la composition soit récompensée par le prix du «Best Hit»: «Dans l’histoire de la musique, les personnes qui apportent une contribution importante aux chansons sont rarement citées», déplore Huber dans l’interview vidéo. «Für immer uf Di» est la seule chanson parmi les trois nominées à avoir été écrite par une seule personne, Büne Huber lui-même. La première ébauche de ce titre est née en 1994, mais ce n’est qu’après le décès de sa mère, 24 ans plus tard, qu’Huber termina la chanson.

Henrik Amschler, co-compositeur et producteur, espère autant que Loco Escrito remporter le trophée de béton pour le titre «Punto». Voilà des années qu’ils écrivent ensemble les chansons de Loco Escrito et ils ont déjà reçu le prix du «Best Hit» en 2019 pour la chanson «Adiòs». Henrik Amschler est ravi d’être à nouveau nominé cette année aux côtés de l’interprète: «Cette deuxième nomination constitue une véritable reconnaissance pour nous», déclare-t-il dans un entretien avec SUISA. La chanson, qui parle de rupture, a été écrite lors d’une session spontanée entre Amschler et Loco Escrito, une façon de faire plutôt habituelle pour ce duo bien rodé.

La chanson gagnante sera choisie par le public par vote téléphonique durant l’émission.

  • «She Got Me»: Luca Hänni
    Compositeurs: Laurell Barker, Luca Hänni, Jon Hällgren, Lukas Hällgren, Frazer Mac, Jenson Vaughn
  • «Punto»: Loco Escrito
    Compositeurs: Henrik Amschler, Loco Escrito
  • «Für immer uf Di»: Patent Ochsner
    Compositeur: Büne Huber

Interview vidéo avec les nominés

Loco Escrito, Henrik Amschler, Büne Huber et Luca Hänni nous ont raconté comment leurs chansons à succès sont nées et quelles histoires se cachent derrière ces hits. Les vidéos de ces interviews peuvent être visionnées sur la chaîne YouTube de SUISA Music Stories:

Büne Huber du groupe Patent Ochsner à propos de la chanson «Für immer uf Di»
Henrik Amschler et Loco Escrito parlent de «Punto»
Luca Hänni parle de «She Got Me»

www.swissmusicawards.ch

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Cette année encore, les «Swiss Music Awards» récompenseront la meilleure chanson suisse de l’année écoulée. Grâce à SUISA, ce prix ne sera pas remis uniquement à l’interprète du titre gagnant, mais également à sa compositrice ou son compositeur, et ce, pour la cinquième année consécutive. Les interprètes et les compositeurs ont raconté en interview le processus d’écriture de leur chanson. Texte de Giorgio Tebaldi

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Reto Parolari: Un ardent feu sacré vient de s’éteindre

Reto Parolari, le compositeur, chef d’orchestre, arrangeur et multi-instrumentiste de Winterthour, s’est éteint dimanche 15 décembre 2019 à l’âge de 67 ans. Depuis 2007, il était membre du conseil de SUISA. Il siégea auparavant (depuis 1990) à la commission de répartition et des œuvres qu’il présida à partir de 1997. Nécrologie rédigée par Xavier Dayer, président de SUISA, et Urs Schnell, directeur de la FONDATION SUISA

Photo de Reto Parolari prise en 2014 lors de l’Assemblée générale de SUISA à Berne. (Photo: Juerg Isler, isler-fotografie.ch)

Nous avons reçu il y a quelques jours la triste nouvelle du décès de Reto Parolari, c’est un choc pour le conseil d’administration de SUISA. Moins d’une semaine auparavant, Reto présidait encore la commission Tarifs et Répartition et participait avec l’immense générosité humaine qui le caractérisait à nos séances du Conseil. Personne n’aurait pu imaginer qu’il puisse nous quitter si subitement. Je garde le souvenir de nos intenses et cordiales discussions lors du repas commun du Conseil.

J’aimerais souligner par ces quelques lignes son apport si précieux pour le Conseil de SUISA : comme auteur et comme musicien il apportait un regard essentiel. Il a toujours été constructif et un partenaire indispensable.

Nous nous connaissions depuis 2007, date à laquelle il est entré dans notre conseil après avoir présidé durant 10 ans la commission de Répartition et des œuvres. Ainsi, c’est une figure importante de la vie du conseil qui nous a quitté dimanche, irremplaçable et que nous regretterons beaucoup.

Pour retracer sa musique et son parcours artistique il me semble que la meilleure des choses est de donner la parole au directeur de notre fondation, Urs Schnell, qui vient de faire une superbe Laudatio à l’occasion de la remise du prix culturel de Winterthour le 3 décembre. Les lignes d’Urs Schnell que nous reproduisons ci-dessous prennent une dimension particulièrement émouvante aujourd’hui.

Au nom du conseil de SUISA je témoigne de toute notre affection à ses proches en cette période douloureuse.

Xavier Dayer

Hommage rendu à l’occasion de la remise du prix de la culture à Reto Parolari au théâtre de Winterthour le 3 décembre 2019

Cher Reto,

Pour moi, aujourd’hui, la boucle est bouclée: c’est sur la scène de ce même théâtre que je t’ai rencontré pour la première fois, Reto – c’était en 1990 il me semble. Je passais alors mon diplôme d’enseignement à l’ancien conservatoire de musique, ici, à Winterthour et je devais chanter à l’occasion du concert annuel. On m’avait annoncé un concert avec ton orchestre. Au programme: de la «grande musique de divertissement»

Comme vous pouvez peut-être vous l’imaginer, mesdames et messieurs, l’entreprise ne fut pas une mince affaire. Les étudiants en musique, habitués au classique, trouvèrent tout d’abord assez aberrant de devoir travailler un tel répertoire. Le projet dut faire face à un fort scepticisme. De la «musique de divertissement»… et peut-être même des ternaires swingués… des extraits de «My Fair Lady» et autres passages de ce genre… un véritable défi, en somme, pour le chef de chœur et directeur du conservatoire de l’époque, le très estimé Fritz Näff.

Mais plus le concert approchait, plus la situation devenait claire: la musique de divertissement n’était pas de la musique «facile», que l’on pouvait prendre «à la légère». Nous étions ainsi confrontés à l’un des casse-tête musicaux les plus difficiles que j’ai connus.

En fin de compte, c’est toi, Reto, qui as donné corps à ce projet: grâce à ton enthousiasme, ton entrain, ton humour et, oui, ton autorité naturelle – des qualités que l’on ne connaît qu’aux grands hommes, à celles et ceux qui s’élèvent au-delà du monde matériel – une secousse a parcouru le cercle des étudiants. Tu as su vaincre les résistances et nous nous sommes mis à jouer tous ensemble.

La sagesse dont tu as su faire preuve ce soir-là m’a appris une chose: pour véritablement conquérir son public en tant que musicien, il faut entretenir une relation basée sur le respect avec ses pairs, il faut une connaissance profonde de ce que l’on fait, il faut avoir une grande admiration pour la musique, mais surtout, il faut faire preuve de beaucoup d’enthousiasme – bref il faut que brûle le feu sacré.

C’est par cette petite commémoration que j’ai décidé de vous accueillir à cette remise du prix de la culture à Reto Parolari.

C’est un véritable honneur, une grande joie pour moi d’avoir l’occasion de prononcer ces quelques mots. Je te remercie, Reto, d’avoir demandé à ce que ce soit moi qui m’en charge…

Vous, les Parolari, êtes depuis ce soir la famille de Winterthour arborant la plus grande collection de prix de la culture. Il y a exactement 30 ans, ton père, le hautboïste Egon Parolari, s’était déjà vu décerner ce prix – voilà de quoi entretenir la continuité de la politique culturelle de la ville.

Enfant, tu faisais déjà partie du paysage de Winterthour. Une fois, tu m’as dit: «J’ai moi-même grandi sur la scène de l’hôtel de ville. Mon père m’a si souvent amené avec lui à ses répétitions et à ses concerts.»

A 24 ans, tu as obtenu ton diplôme fédéral de percussionniste, ici, au conservatoire de la ville, avant de poursuivre tes études de musique à Hanovre, Stuttgart et Vienne.

Et maintenant, mesdames et messieurs, la tâche s’annonce difficile, car le plus grand défi lorsque l’on cherche à se rapprocher de l’œuvre et de l’homme reste l’incroyable diversité de ses créations.

Voilà qui n’est pas une entreprise aisée pour le pauvre laudateur: ton parcours, Reto, est imprégné de simultanéités et d’oppositions, de parallèles et de complémentarités. Toutefois, et puisse cela soulager le laudateur qui n’est pas tant à plaindre que ça: il est plein d’une inextinguible passion pour la musique, de ce feu sacré – mais ce sont justement les aspérités de ton travail qui font la logique de ton parcours.

Tu es un artiste – mais aussi un entrepreneur habile. Tu es un compositeur, un arrangeur, tu es un auteur, un éditeur de littérature spécialisée, un chef d’orchestre et un instrumentiste.

Un multi-instrumentiste: au marimba, sur la machine à écrire Continental, à la batterie, au piano, tu es même un virtuose du klaxon. Mais ton instrument principal, c’est toi. Ton authenticité, la foi en ta mission, ta gentillesse et ton humour, ton obstination et ta nature absolue, et justement, ton feu sacré…

Il n’est pas possible de parler de toi sans évoquer la «grande musique de divertissement».

Mais, attends… c’est quoi? Qu’est-ce qui distingue Parolari des autres musiciens? En termes marketing, quelle est ta caractéristique?

Pour y répondre, je citerai Cédric Dumont, le fondateur de l’orchestre de variété de Radio Beromünster et directeur du studio de radio de Zurich: «La musique est tombée dans le péché dès lors que l’on a fait la distinction entre musique sérieuse et musique de divertissement. Pourtant, même cette dernière exige de la persévérance, du savoir-faire et de l’enthousiasme». Voilà ce qui te définit: le feu sacré.

Tu brûles pour un genre musical véritablement stigmatisé. Un genre qui, s’il lui arrive d’être pris au sérieux, est souvent accueilli par des sourires suffisants…

Mais d’où vient cette répulsion qui anime les représentants de la musique soi-disant «sérieuse»?

Une grande rigueur est pourtant de mise, bien plus que pour d’autres genres musicaux prétendument sérieux: pour que la musique de divertissement puisse atteindre son plein potentiel, il convient de jouer la partition avec précision, la musique DOIT être prise au sérieux – mais attention: contradiction – elle doit toujours être jouée avec une note d’humour.

D’ailleurs, a contrario, n’ai-je pas le droit d’être «diverti» par une symphonie de Beethoven? Par un concert de Bach? Et si jamais tel est le cas: est-ce réellement grave?

Je laisse la question ouverte…

Ton œuvre est étroitement liée à l’histoire de la radio suisse. Jusque dans les années 70, toutes les stations avaient leur propre orchestre sous contrat qui accompagnait en direct les émissions avec un répertoire spécialement composé. Si l’on voulait être sûr que la musique produise l’effet escompté chez les auditeurs, il fallait qu’elle soit composée de sorte à être colorée, picturale, et jouée d’une main de maître. Ce qui me conduit à la thèse suivante: la grande musique de divertissement est une bande originale – une bande originale qui doit créer ses propres images – et ça, c’est du storytelling de haut vol.

Avec les grands bouleversements qu’a connu le paysage audiovisuel au début des années 70, les orchestres de radio étaient sur le déclin – l’un après l’autre, tous furent dissous –plus personne ne demandait ces répertoires, des musiciens hautement qualifiés furent remerciés, toutes ces partitions risquaient d’être envoyées aux archives.

Mais Reto était au bon endroit au bon moment:

Tu as littéralement sauvé de la déchiqueteuse les partitions du studio radio de Bâle, puis de la radio bavaroise et, plus tard, celles de l’orchestre radio de Beromünster.

Et voilà que prenait forme pratiquement dans l’ombre ta plus grande réalisation matérielle, ici, quasiment sous nos pieds.

Tu es devenu le gardien d’une énorme collection de partitions comptant plus de 110 000 titres conservés dans un grand abri anti-aérien en plein centre-ville de Winterthour.

Cette archive musicale, la plus fournie d’Europe, n’était pas uniquement un mausolée rassemblant des instants de créativité, non, tu en permettais l’accès à de nombreux orchestres internationaux qui purent largement s’en servir.

Ton mérite pour la conservation tant musicale qu’archivistique de cet héritage historique unique, et pour avoir gardé en vie un tel patrimoine, ne saurait être suffisamment loué. Je remercie la ville de Winterthour de reconnaître ton engagement en te décernant ce prix et en rendant à ta musique l’hommage qu’elle mérite.

Et, bien entendu, on ne peut pas parler de toi sans évoquer ton orchestre.

Tu as créé le tout premier ici, au conservatoire de la ville, pendant tes études.

L’ORP, qui emploiera dès 1990 environ 40 musiciens professionnels, a vu le jour sous sa forme symphonique. Un tel orchestre – rappelons-le – est en fait une aberration entrepreneuriale. Ce n’est jamais rentable – mais quoi qu’il en soit: tu n’as jamais dû déclarer faillite.

Tu as dirigé plus de 40 orchestres du monde entier, dont certains assez exotiques, comme celui de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg (Russie), de l’aéroport de Zurich (Suisse) ou du philharmonique de Pyongyang (Corée du Nord).

Et à chaque fois, tu n’as pas eu à déposer de candidature, on a fait appel à toi.

Il en va de même dans le domaine du cirque: tu avais à peine 28 ans lorsque l’on t’a proposé d’être le chef d’orchestre du cirque Nock, et peu après, du cirque Knie. Pour ton travail au théâtre Carré d’Amsterdam, la reine des Pays-Bas t’a même décerné le titre de «chef d’orchestre royal». Par la suite, en ta qualité de directeur musical du festival international du cirque de Monaco, voilà que tu côtoyais de nouveau des nobles et des têtes couronnées.

Il n’y avait qu’ici, dans ton pays, que le glamour était moins au rendez-vous: grâce à ton festival international de grande musique de divertissement, tu as certes créé un événement musical de dimension internationale, mais celui-ci a reçu du public suisse moins de considération.

Je devrais désormais parler de ton travail de compositeur et d’arrangeur comptant plus de 800 œuvres, mais celui d’auteur d’articles et de plusieurs livres spécialisés mérite aussi d’être dûment reconnu – et le temps commence à manquer.

Mais quelque chose me tient à cœur: Tout ce que tu as fait, tu ne l’as pas uniquement fait en ton propre nom, Reto: en tant que membre du conseil de la coopérative des droits d’auteur SUISA ou membre actif du Rotary Club Winterthur-Mörsburg, tu as su rendre service à tes pairs avec altruisme.

Comme je l’ai dit au début: un parcours avec des aspérités – eh oui, toutes ces facettes de ton travail, que ce soit en tant que musicien, chef d’orchestre, entrepreneur, organisateur, éditeur, archiviste, compositeur – toutes se complètent, sont interdépendantes, ont besoin les unes des autres et dressent le portrait d’un façonneur de culture. Je le répète, un parcours logique.

Il n’y a pas si longtemps, j’ai eu l’occasion de travailler sous ta direction: ce n’était certes que pour un morceau, mais cette fois en tant que flûtiste professionnel. Et en quelques secondes seulement, c’était de nouveau là: ce sentiment que tu savais si bien donner, ce «tout va bien se passer, fais-moi confiance», empreint de respect. Décontracté sur scène, sérieux dans les faits. Et tu avais raison: ton travail a porté ses fruits, le BigBand swinguait, mon engagement… Ton feu sacré brûlait avec ardeur pour un résultat sublime – et oui, tout se passa à merveille!

Merci, Reto, merci pour tout!

Urs Schnell

La cérémonie d’adieu aura lieu le lundi 30 décembre 2019, à 15h00 à la Stadtkirche de Winterthour.

 

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  1. Samuel Zünd dit :

    Bitte veranlassen Sie unbedingt die Sicherung Reto Parolaris einzigartiger Notenbibliothek als ein Ganzes der Nachwelt! Sie ist ein einzigartiger Schatz und gehört der Öffentlichkeit für alle Zeiten zugänglich gemacht. Auf dass die von Reto geretteten Werke nicht noch einmal vorm Schreddern bedroht werden!
    Herzlich Samuel Zünd

  2. Markus Niffenegger dit :

    Lieber Reto
    Die Nachricht von deinem unerwarteten Abschied vom irdischen Leben hat mich zu tiefst schockiert, denn du warst mir stets ein guter Freund und ein grosses Vorbild. Die Zeit, in welcher ich vor über 40 Jahren als junger Amateurtrompeter in deinem Orchester mitmusizieren durfte, ist mir bis heute als meine beste musikalische Erfahrung in guter Erinnerung geblieben. Mit dir haben wir einen grossen Musiker und überaus edlen Menschen verloren.
    Vielen Dank für alles, ruhe in Frieden!
    Markus

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Reto Parolari, le compositeur, chef d’orchestre, arrangeur et multi-instrumentiste de Winterthour, s’est éteint dimanche 15 décembre 2019 à l’âge de 67 ans. Depuis 2007, il était membre du conseil de SUISA. Il siégea auparavant (depuis 1990) à la commission de répartition et des œuvres qu’il présida à partir de 1997. Nécrologie rédigée par Xavier Dayer, président de SUISA, et Urs Schnell, directeur de la FONDATION SUISA

Photo de Reto Parolari prise en 2014 lors de l’Assemblée générale de SUISA à Berne. (Photo: Juerg Isler, isler-fotografie.ch)

Nous avons reçu il y a quelques jours la triste nouvelle du décès de Reto Parolari, c’est un choc pour le conseil d’administration de SUISA. Moins d’une semaine auparavant, Reto présidait encore la commission Tarifs et Répartition et participait avec l’immense générosité humaine qui le caractérisait à nos...Continuer