«La question la plus difficile est de savoir quel climat sonore conviendra pour le film»

Lors du Festival international du film de Locarno en août,  le compositeur suisse Peter Scherer a reçu le Prix de musique de film 2015 de la FONDATION SUISA. Il s’est ainsi vu remettre un montant de 25 000 francs suisses pour la musique du film «Dark Star – l’univers de HR Giger» de la réalisatrice Belinda Sallin. Lors d’un entretien avant la cérémonie d’attribution, Peter Scherer, membre de SUISA, a notamment évoqué les difficultés particulières rencontrées lors de la composition d’une musique de film.

Filmmusikpreis-2015

Des mines réjouies lors de la remise du Prix de musique de film de la FONDATION SUISA le 7 août 2015 dans le cadre du Festival international de film de Locarno (d.g.à.d.): Zeno Gabaglio (membre du jury du Prix de musique de film 2015 et du Conseil de SUISA), Marco Blaser (Festival du film de Locarno), le lauréat Peter Scherer et Urs Schnell (Directeur FONDATION SUISA). (Photo: Giorgio Tebaldi)

Sincères félicitations pour l’obtention du Prix de musique de film 2015 de la FONDATION SUISA. Après 2007, c’est la deuxième fois que tu gagnes ce prix. Quelle est signification de cette distinction?
Il est bien entendu merveilleux de se voir témoigner une telle reconnaissance, et cela me touche beaucoup parce que ce prix est décerné par un jury de spécialistes reconnus.

Tu as obtenu le Prix de musique de film pour la bande originale du film documentaire «Dark Star – l’univers de Giger». HR Giger s’est fait connaître grâce à ses œuvres sombres et apocalyptiques et était une forte personnalité. Comment as-tu procédé pour la composition de la musique de ce film documentaire?
Tout d’abord, j’ai beaucoup discuté avec la réalisatrice, Belinda Sallin, pour bien comprendre comment le personnage principal allait être présenté et ce que le film souhaitait montrer. De nombreux films pourraient être tournés sur HR Giger, mais pour moi en tant que musicien, la question principale n’était pas celle de mon sentiment par rapport à HR Giger ou à ses œuvres, mais plutôt la suivante: quel est le point de vue adopté dans le film? De quoi parle le film et que souhaite-t-il montrer?
Ensuite, sur la base d’un extrait du film, j’ai essayé d’imaginer quel climat sonore pourrait convenir pour ce film. C’est la question la plus difficile, en plus de savoir à quels moments il serait judicieux d’utiliser de la musique. C’est généralement un long processus de recherche, d’esquisse et de choix.

HR Giger s’est souvent adressé à un public assez particulier, qui s’intéresse à des films sombres ou à de la musique rock plutôt dure. Dans quelle mesure pense-t-on, en composant, au public qui viendra voir le film?
Bien entendu, la personne qui crée un film a toujours en tête ce futur regard extérieur. Que ce soit au stade du scénario, lors du montage, pour le choix des acteurs ou d’un concept – on imagine toujours également un récepteur. On se demande quel sera l’effet du film, qu’est-ce qui pourra être transmis ou non. Dans cette optique, le spectateur est bien entendu important. Mais savoir si un certain groupe cible sera satisfait, cela ne joue aucun rôle, ni lors de la création du film ni pour la composition de la musique de film.

Connaissais-tu HR Giger?
Je ne le connaissais pas personnellement. Comme probablement la plupart d’entre nous, je connaissais ses créations, ou plutôt ses œuvres les plus en vue et peut-être les plus accessibles. En lien avec la création de ce film, j’ai beaucoup appris sur sa personne, et notamment qu’il avait eu de nombreuses activités très diverses à côté de son travail d’artiste. La réalisatrice a délibérément voulu montrer HR Giger en tant qu’être humain, son côté fascinant, et mettre en évidence le caractère riche de sa vie.  Son intention était également de déconstruire certains préjugés et de faire connaître des facettes ignorées de Giger.

HR Giger a-t-il fixé certaines exigences par rapport au film ou à la musique du film, ou avez-vous été complètement libres, la réalisatrice et toi?
Il n’était malheureusement déjà plus de ce monde lorsque j’ai commencé mon travail de composition. Mais la réalisatrice m’a dit  qu’il était satisfait de la forme que prenait le film.

En plus  de la musique de film, tu composes et joue également de la musique électronique minimaliste. Tu connais donc différentes facettes de la création musicale. Quel est ton sentiment sur les changements au niveau du business musical, avec notamment de grandes évolutions ces dernières années en ce qui concerne les supports sonores? Un compositeur de musique de film est-il touché par ces évolutions?
Il y a différents univers et différentes réalités. Par exemple, de nombreux groupes vivent principalement grâce à leurs concerts. Dans le secteur de la musique de film, nous sommes moins directement touchés par le recul dans le marché des supports sonores. Les supports sonores ne constituent qu’une très petite partie de mon activité.

Quels sont tes prochains projets?
Je me réjouis de pouvoir réaliser un projet avec Markus Imhof. Il tourne en ce moment un film sur le thème de la migration, une problématique très actuelle, qui m’intéresse beaucoup. Il est un très grand réalisateur. En outre, j’écris la musique d’un film documentaire de Heidi Specogna sur un thème politique, qui concerne la République centrafricaine. D’autres projets sont prévus, mais je ne peux rien en dire pour l’instant.

Plein succès et un tout grand merci pour l’entretien.

Peter Scherer est compositeur, pianiste et guitariste. Il est né en 1953 à Zurich. Il a obtenu son diplôme de pianiste en 1977 au Conservatoire de Bâle et a ensuite étudié la théorie et la composition à la Hamburger Hochschule für Musik und darstellende Kunst. En 1980, il s’est installé à New York, où il a travaillé principalement dans le domaine de la musique électronique, et a créé le duo noise pop Ambitious Lovers. En tant que musicien de studio, producteur ou arrangeur, Peter Scherer a collaboré avec de nombreux artistes, dont notamment Laurie Anderson, Arto Lindsay, Caetano Veloso, John Zorn et Bill Frisell. Dès la fin des années huitante, il a régulièrement écrit de la musique pour des projets multimédias et de danse. Depuis 2010, Peter Scherer vit à nouveau à Zurich, sa ville d’origine, et il se concentre principalement sur la musique de film. Ses compositions pour le long-métrage «Marmorera» (metteur en scène: Markus Fischer) lui ont permis d’obtenir en 2007 une première fois  le Prix de musique de film de la FONDATION SUISA. Parmi ses travaux les plus connus, il  y a la musique du film de Markus Imhof «More Than Honey», pour laquelle Peter Scherer a gagné en 2013 le Prix du cinéma suisse pour la meilleure musique. (Texte: FONDATION SUISA)
Le Prix de musique de film de la FONDATION SUISA (CHF 25 000.-) récompense des prestations extraordinaires dans le domaine de la composition de musique de film et a pour objectif d’apporter un soutien aux lauréates et aux lauréats, et de les faire mieux connaître en Suisse et à l’étranger. Le Prix est décerné chaque année à l’occasion du Festival international du film de Locarno, en alternance dans les catégories film de fiction et film documentaire.

Le jury du Prix de musique de film 2015:
Jürg von Allmen (studio d’enregistrement Digiton, Zurich)
André Bellmont (Haute école d’art, Zurich)
Mario Beretta (compositeur de musique de film et de musique pour la scène, Zurich)
Zeno Gabaglio (compositeur et interprète, Vacallo)
Corinne Rossi (Praesens Film, Zurich)
Yvonne Söhner (anciennement Radio et Télévision Suisse SRF, Ehrendingen)

Sujet sur Peter Scherer et sa musique pour le film «Dark Star – l’univers de HR Giger» sur art-tv

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