En discutant avec les participantes, on se rend vite compte que cette semaine de mai 2026 ne se résumait pas à un résultat à fournir. Il s’agissait surtout de confiance, de convivialité et du sentiment d’être dans un espace où la créativité peut tout simplement s’épanouir.
«Nous avons travaillé du matin jusqu’à tard dans la nuit, parfois même d’un matin à l’autre», dit une participante. «Et pourtant, je n’ai pas eu l’impression d’avoir été sous pression durant cette résidence, bien au contraire.»
«C’était très ouvert», dit Juli Lee (@itsjulilee). «Nous n’avions aucune pression pour produire quoi que ce soit. Bien sûr, nous avons été très productives, mais ce n’est qu’au moment de la séance d’écoute que nous avons vraiment pris conscience de tout ce que nous avions créé. Mais nous n’avions aucune pression quant au résultat final.» C’est précisément cette ouverture qui semble avoir rendu bien des choses possibles.
Cinq créatrices, un espace commun
Les membres du groupe, réunies par Helvetiarockt, se connaissaient déjà pour certaines, tandis que d’autres se rencontraient pour la première fois. Des liens se sont rapidement tissés.
Certaines avaient déjà travaillé dans des contextes similaires; pour d’autres, c’était une première. Au début, il y a eu une certaine méfiance: comment s’y prendre pour composer à cinq? Qui apporte quelles idées? Dans quelle mesure laisse-t-on les autres s’approcher de sa propre création artistique?
«Au début, nous étions toutes peut-être un peu timide», se souvient Melicious (@melicious.mp3). «Mais, pour être honnête, tout le monde s’est montré très professionnel.»
Pour participer à cette résidence, il fallait faire acte de candidature. «Nous devions rédiger un e-mail, montrer notre motivation et joindre également un extrait de notre musique», explique Melicious. «L’appel à candidature était disponible en ligne.»
Une chanson en commun pour Gini Brown
16 morceaux ont été composés au cours de la semaine. L’un d’entre eux l’a été en commun, dès le deuxième jour. Il a fallu environ trois heures entre l’idée initiale et la première démo.
Pour cette chanson collective, les participantes ont rapidement décidé qu’elles voulaient écrire quelque chose pour Gini Brown (@ginibrownmusic). Le son de cette artiste est clairement défini, ce qui a permis au groupe de disposer d’un cadre précis et de se plonger dans son univers musical.
On a cherché à déterminer qui pouvait le mieux apporter quoi: production, guitare, rythme, mélodie, paroles, voix. Le processus est resté ouvert, mais pas n’importe comment. Le groupe ne cessait de se demander : «Où en sommes-nous exactement? De quoi cette chanson a-t-elle besoin? Qu’est-ce qui semble juste?»
C’est d’une discussion sur les thèmes inhabituels pour des chansons qu’est finalement née l’idée d’écrire une chanson sur le «hangry», c’est-à-dire cet état très courant où la faim se transforme peu à peu en irritabilité.
«C’est quelque chose que tout le monde connaît», dit Juli Lee. «Une situation du quotidien, mais qui n’a pas encore été beaucoup utilisée dans les chansons.»
«On avait le sentiment d’être en sécurité»
L’ambiance qui régnait dans les Powerplay Studios a joué un rôle important. Rykka (@therykka) explique à quel point le groupe s’est senti entre de bonnes mains: «On s’est vraiment bien occupé de nous toute la semaine. La nourriture était bonne, on nous a beaucoup aidées à nous installer et le matériel était vraiment top: micros, guitares, préamplis, salles de répétition. C’était génial. J’aime beaucoup les Powerplay Studios; les gens ont été fantastiques ici.»
Pour certaines participantes, cette forme d’écriture collective constituait une nouvelle expérience. Certaines écrivent généralement seules ou uniquement avec un producteur ou une productrice. D’autres ont l’habitude de composer leurs chansons en solitaire avant de les intégrer à un processus collaboratif.
Pendant la résidence, elles ont trouvé qu’il était facile de travailler en groupe, car il ne s’agissait pas nécessairement de leur propre projet. «Si l’objectif avait été: ‹Écrivons une chanson de Melicious›, j’aurais sans doute réagi différemment. Mais ici, il s’agissait d’une collaboration – et cela a rendu le processus très libre et très agréable.»
Pour Gini Brown, la situation était différente, car l’une des chansons a été écrite spécialement pour son projet. «En général, j’écris seule, avec mon groupe ou avec un producteur», dit-elle. «À cinq, cela a donc représenté pour moi une toute nouvelle façon d’écrire.»
Au début, elle était un peu nerveuse. «Je suis très attachée à mes chansons et à mes paroles. Laisser d’autres personnes prendre part à ce processus aurait pu me mettre face à ma vulnérabilité.» Le fait que la chanson soit enjouée et pas trop marquée émotionnellement a aidé. Mais c’est surtout l’attitude du groupe qui a fait la différence: «Aucune d’entre nous ne s’est accrochée à une idée fixe. L’ambiance était très ouverte. Tout le monde a apporté sa contribution, dans le plus grand respect.»
Juli Lee résume l’ambiance en un mot: «bienveillante». Toutes les participantes se sont comportées de manière respectueuse et attentionnée les unes envers les autres. «Je me suis sentie en confiance. D’habitude, je ne travaille qu’avec une seule personne à la fois, c’était donc une première pour moi. Mais ça a été une bonne expérience. Ça m’a donné envie de recommencer.»
Au-delà du songwriting
Cette résidence n’était pas seulement là pour la création de chansons. Les discussions entre les sessions étaient tout aussi importantes: elles portaient sur les cachets, les concerts, les possibilités de financement, les groupes, les situations difficiles et la manière de s’y retrouver dans le monde de la musique.
«Les discussions entre les sessions ont été extrêmement importantes», dit Melicious. «De nombreux problèmes dans le monde de la musique surviennent parce que les gens se retrouvent tout simplement plongés dans ce milieu sans savoir comment s’y repérer.»
C’est précisément l’échange avec d’autres artistes ayant vécu des expériences similaires ou qui connaissent d’autres aspects du milieu qui s’avère précieux. On se rend soudain compte: «Je ne suis pas la seule à avoir vécu ça. D’autres se posent aussi ces questions: combien faut-il demander pour un concert? Comment gérer les conflits au sein d’un groupe? Où trouver du soutien?»
Une semaine qui va porter ses fruits
Les participantes repartent de cette résidence non seulement avec de nouvelles chansons, mais aussi avec de nouveaux liens. Certains morceaux feront l’objet d’un travail de finition, et le groupe restera en contact via un groupe de discussion commun.
Ti (@thimea1111) espère que cette semaine débouchera sur d’autres collaborations: «J’ai l’impression qu’il n’y a pas eu un seul moment de cette semaine où je ne me suis pas sentie inspirée par les personnes avec lesquelles j’ai travaillé.» De nouvelles amitiés se sont également nouées. «J’aimerais beaucoup continuer. On a maintenant un groupe de discussion, et j’espère qu’on continuera à partager des choses ensemble. Certains morceaux sont encore en cours de création – on verra bien ce que ça donnera.»
D’autres programmes de soutien et réseaux d’Helvetiarockt ont également été évoqués au cours de la semaine. Ces différents formats permettent de créer des liens entre les personnes, de constituer un réseau solide, une équipe composée de personnes de confiance prêtes à apporter leur soutien.
Les ateliers Helvetiarockt, les événements de réseautage et les offres de coaching créent des espaces où l’on peut poser des questions très concrètes: sur l’argent, les cachets, les aides financières ou le travail dans ce milieu. Ce sont justement ces sujets qui sont souvent difficiles à aborder au quotidien, mais qui revêtent une importance capitale.
Gini Brown y voit un repère important: «Ces programmes apportent un soutien dès le début. Ils aident à s’y retrouver dans la jungle de l’industrie musicale. Tout cela ne s’apprend pas dans des cours. Il faut des espaces où l’on peut poser des questions et apprendre comment les choses fonctionnent.»
Juli Lee ajoute que ce travail a des répercussions à plusieurs niveaux: «Helvetiarockt propose des cours et des ateliers, mais contribue également à sensibiliser le public et à tisser des liens entre les artistes, les festivals, les scènes musicales et le milieu.»
16 morceaux – et un sentiment de communauté
Au final, cette résidence nous laisse non seulement 16 chansons, mais aussi de la confiance, de nouveaux contacts, des connaissances partagées et la conviction que la créativité peut s’épanouir particulièrement bien lorsqu’il n’y a pas de pression.
Ou, comme le résume une participante: «Nous avons écrit beaucoup de morceaux, mais nous avons aussi tissé des liens de confiance. Ce fut une expérience productive – non pas parce que nous étions sous pression, mais parce que l’ambiance était rassurante, ouverte et chaleureuse.» C’est ainsi que la créativité a pu s’exprimer tout naturellement.



