Archive de tag: Hommage

Michel Legrand, toute sa vie pour la musique

Michel Legrand est décédé le 26 janvier 2019 à l’âge de 86 ans. Le compositeur laisse derrière lui 60 ans d’une carrière prestigieuse qui lui a valu une renommée mondiale. Le maître au tempérament de feu a mené son existence à la baguette. Hommage par Bertrand Liechti, membre du conseil de SUISA

Michel Legrand, toute sa vie pour la musique

Michel Legrand, photographié ici le 17 mai 2017 avant la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes, était membre de SUISA depuis 1998. (Photo: Regis Duvignau / Reuters))

Il est né à Paris dans le quartier de Menilmontant, en 1932, d’une famille de musiciens: son père, Raymond Legrand, était compositeur et chef d’orchestre, son oncle était le chef d’orchestre Jacques Hélian (Der Mikaëlian). Au conservatoire de Paris, il étudie le piano, la trompette et l’écriture dans la classe de Nadia Boulanger. Il se passionne pour le jazz et enregistre même un album à New York (1958), côtoyant des stars de la discipline comme Chet Baker, Miles Davis et John Coltrane. La Nouvelle Vague du cinéma français amorce alors son virage définitif vers le cinéma. Il travaille avec Jean Luc Godard, Claude Chabrol, Jean Paul Rappeneau …

Dans les années 60, Michel Legrand rencontre également Jacques Demy, avec lequel il collabore sur 9 films dont «Les Parapluies de Cherbourg» (1964), Palme d’or à Cannes, «Les Demoiselles de Rochefort» (1967) et «Peau d’Âne» en 1970. La petite histoire retiendra que «Les Parapluies de Cherbourg» et «Les Demoiselles de Rochefort» ont été conçus, scenario, paroles et musique, dans la station valaisanne de Verbier.

«Un géant de la musique et d’un compositeur, jazzman et chef d’orchestre de génie!»

Michel Legrand poursuit ensuite l’aventure à Hollywood où il décroche 3 Oscars pour la bande originale de «L’Affaire Thomas Crown» («The Thomas Crown Affair»,1969), de Norman Jewison, avec le tube «The Windmills of Your Mind» («Les moulins de mon coeur»). Il réitère cet exploit en 1972 pour «Un été 42» («Summer 42») de Robert Mulligan, et en 1984 pour «Yentl» de Barbra Streisand. En parallèle, il enregistra avec des vedettes internationales: Frank Sinatra, Charles Aznavour, Ella Fitzgerald, Claude Nougaro et plus récemment Nathalie Dessay.

J’ai eu personnellement le privilège de superviser, en mars 2018, sa composition pour le dernier film –inédit – d’Orson Wells, «The Other Side of the Wind», pour Netflix. Pour l’anecdote, les héritiers du grand cinéaste américain avaient découvert dans un carnet de notes accompagnant ce drame inachevé, une inscription intimant un ordre d’outre-tombe: «Appelez Michel Legrand!»

Après 20 ans de collaboration avec Michel Legrand, je garderai le souvenir d’un géant de la musique et d’un compositeur, jazzman et chef d’orchestre de génie!

www.michellegrandofficial.com

Michel Legrand est devenu membre SUISA en 1998. En 2002, le compositeur français a été récompensé pour ses œuvres à l’occasion du Festival International du Film de Locarno par la FONDATION SUISA, Fondation de musique de SUISA.
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Michel Legrand est décédé le 26 janvier 2019 à l’âge de 86 ans. Le compositeur laisse derrière lui 60 ans d’une carrière prestigieuse qui lui a valu une renommée mondiale. Le maître au tempérament de feu a mené son existence à la baguette. Hommage par Bertrand Liechti, membre du conseil de SUISA

Michel Legrand, toute sa vie pour la musique

Michel Legrand, photographié ici le 17 mai 2017 avant la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes, était membre de SUISA depuis 1998. (Photo: Regis Duvignau / Reuters))

Il est né à Paris dans le quartier de Menilmontant, en 1932, d’une famille de musiciens: son père, Raymond Legrand, était compositeur et chef d’orchestre, son oncle était le chef d’orchestre Jacques Hélian (Der Mikaëlian). Au conservatoire de Paris, il étudie le piano, la trompette et l’écriture dans la classe de Nadia Boulanger. Il...Continuer

Les chansons de Charles Aznavour sont une partie de notre identité collective

Charles Aznavour était membre de SUISA depuis 1976 et comptait parmi nos membres les plus célèbres. Les innombrables hommages qui résonnent depuis le jour de son décès sur toutes les chaines de radio et de télévision du monde entier et dans la presse internationale nous rappellent, s’il le fallait, l’ampleur de sa renommée et nous donnent aussi plusieurs leçons. Hommage par Xavier Dayer, Président de SUISA

Les chansons de Charles Aznavour sont une partie de notre identité collective

Charles Aznavour, sur la photo lors d’une représentation au Théâtre royal de Parme le 30 octobre 2009, a écrit les paroles et composé la musique de nombreuses chansons tout au long de sa carrière. (Photo: Fabio Diena / Schutterstock)

Charles Aznavour était un génie du chant et de la scène mais aussi un auteur hors du commun. A de nombreuses reprises il avait souligné lui-même l’aspect essentiel de cette activité.

Dans les archives publiques de la SACEM, nous pouvons trouver son examen d’entrée en 1947 pour accéder à la position d’auteur dans la société française. Oui, à cette époque il en allait ainsi: tout nouveau membre devait passer un examen d’entrée! Il est particulièrement émouvant de lire un texte intitule «Si je voulais», corrigé en rouge par les services de la SACEM.

Cela nous rappelle avec force les étapes progressives franchies par Charles Aznavour, d’une position d’inconnu à la plus haute reconnaissance mondiale. Nous ne pouvons nous empêcher de penser que la trajectoire de ce fils d’immigré arménien est un hymne à l’ouverture de nos sociétés modernes vers l’accueil et la prise de conscience constante que les cultures s’enrichissent par les liens. Un «Charles Aznavour» de demain est peut-être à cet instant sur un bateau traversant la méditerranée.

Ainsi cette voix au «grain de sable» et ces chansons aux textes et mélodies si marquantes sont aujourd’hui une partie de nous et de notre identité collective. Notre «aujourd’hui» est habité par l’œuvre de Charles Aznavour et son parcours donne un message d’espoir à tous les créateurs.

Les mots sont toujours peu de chose face à la force de l’expression musicale. Ils ne peuvent parvenir à exprimer l’ampleur de la reconnaissance que SUISA lui doit d’avoir été sa société de gestion pour les droits d’auteur. C’est un immense honneur et nous adressons nos messages de condoléances à ses proches.

www.aznavourfoundation.org

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Charles Aznavour était membre de SUISA depuis 1976 et comptait parmi nos membres les plus célèbres. Les innombrables hommages qui résonnent depuis le jour de son décès sur toutes les chaines de radio et de télévision du monde entier et dans la presse internationale nous rappellent, s’il le fallait, l’ampleur de sa renommée et nous donnent aussi plusieurs leçons. Hommage par Xavier Dayer, Président de SUISA

Les chansons de Charles Aznavour sont une partie de notre identité collective

Charles Aznavour, sur la photo lors d’une représentation au Théâtre royal de Parme le 30 octobre 2009, a écrit les paroles et composé la musique de nombreuses chansons tout au long de sa carrière. (Photo: Fabio Diena / Schutterstock)

Charles Aznavour était un génie du chant et de la scène mais aussi un auteur hors du commun. A de nombreuses reprises il avait souligné lui-même l’aspect essentiel...Continuer

«Le violoncelle s’exprime telle une personne»

Beat Richner, pédiatre de profession, fut également musicien durant toute sa vie. Dès 1972, il se produisit sous le nom d’artiste «Beatocello». Il composa lui-même les musiques et textes de nombreuses œuvres de ses spectacles de cabaret poétique. Membre de SUISA depuis de nombreuses années, il est décédé dans la nuit du dimanche 9 septembre 2018 à l’âge de 71 ans. Texte de Manu Leuenberger

Beat Richner: «Le violoncelle s’exprime telle une personne»

Le pédiatre et musicien Beat Richner -ici dans une scène du film «L’Ombrello di Beatocello» de Georges Gachot- était membre de SUISA depuis 1978. (Photo: Gachot Films / www.lombrellodibeatocello.com)

Beat Richner naît le 13 mars 1947 et grandit à Zurich. Après la maturité, il se consacre à la musique pendant un an. A l’âge de 19 ans, il se produit en public dans le cadre du spectacle «Träumerei eines Nachtwächters» (Rêverie d’un veilleur de nuit). Il entame ensuite des études de médecine, durant lesquelles il invente le personnage du clown musicien «Beatocello». Sous ce pseudonyme, Beat Richner devient alors connu dans le monde du cabaret en Suisse. Son engagement humanitaire au Cambodge le rend également célèbre à l’étranger.

En 1978, Beat Richner devient membre de SUISA. Il compose la musique et écrit les textes des chansons qu’il crée principalement pour ses représentations en tant que «Beatocello». Ses compositions, comme «Chatz und Muus», «SʼTröpfli», «Zirkus», «Doctor PC», «De Sprinti und de Läbi» ou encore «Dong und Deng», sont immortalisées sur différents CD. Sur d’autres enregistrements, le violoncelliste interprète également des œuvres de Bach, Vivaldi et Bruch.

Le violoncelle accompagnera Beat Richner tout au long de sa vie. Lors d’une interview pour le «Schweizer Illustrierte», il expliquait en jouer 30 à 40 minutes par jour, afin de se préparer pour les représentations qu’il donnait tous les samedis à Siem Reap (Cambodge) devant des personnes du monde entier. Ces concerts lui permettaient d’informer sur les hôpitaux qu’il avait fondés lui-même et de récolter des fonds pour ces derniers. «Le violoncelle s’exprime telle une personne,», déclarait Beat Richner durant l’interview. «D’une voix simple, chaleureuse et familière, qui réconforte.»

www.beat-richner.ch

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  1. Dodo Leo dit :

    An Beatocello erinnere ich mich oft, immer wieder gerne und, als wenn es gestern gewesen wäre, dass ich seine Lieder gehört habe.
    Das trifft es aber eigentlich nicht ganz, viel mehr war Hr. Richners Figur eine ständige und haltgebende Begleitung meiner Kindheit. Der Umstand, warum ich seiner Musik und Geschichten als Kind begegnete, kommt daher, dass ein erheblicher Teil dieser Kindheit – vor allem in der früheren Phase – im Kinderspital stattfand. Ich hatte ein kleines, silbergraues Kassettengerät, mit dem man nur vorwärt spulen konnte, und das ein bisschen schepperte. Das machte mir nichts aus, denn was ich hörte, war viel mehr als Musik. Es waren Gefühle des Trostes, Linderung der Angst.
    Wenn Hr. Richner in dem Interview mit der »Schweizer Illustrierten« davon sprach, das Cello würde « sprechen wie ein Mensch », dann kann ich das nur bestätigen. Für mich war es ganz genau so, ich erinnere mich gut. Einmal, so meine ich mich jedenfalls ebenfalls erinnern zu können, war er sogar bei uns auf der Station. Aber, vielleicht ist das auch Wunschdenken eines Erwachsenen, der sich wünscht, es wäre damals so gewesen. Irgendwie war er sowieso immer da.
    Ich halte inne und senke mein Haupt, verbeuge mich in tiefer Annerkennung und Dankbarkeit an einen selbstlosen Mann, der mir und vielen anderen im Leben so viel gegeben hat und sage; Danke Hr. Richner.
    Dodo Leo

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Beat Richner, pédiatre de profession, fut également musicien durant toute sa vie. Dès 1972, il se produisit sous le nom d’artiste «Beatocello». Il composa lui-même les musiques et textes de nombreuses œuvres de ses spectacles de cabaret poétique. Membre de SUISA depuis de nombreuses années, il est décédé dans la nuit du dimanche 9 septembre 2018 à l’âge de 71 ans. Texte de Manu Leuenberger

Beat Richner: «Le violoncelle s’exprime telle une personne»

Le pédiatre et musicien Beat Richner -ici dans une scène du film «L’Ombrello di Beatocello» de Georges Gachot- était membre de SUISA depuis 1978. (Photo: Gachot Films / www.lombrellodibeatocello.com)

Beat Richner naît le 13 mars 1947 et grandit à Zurich. Après la maturité, il se consacre à la musique pendant un an. A l’âge de 19 ans, il se produit en public dans le cadre du spectacle «Träumerei...Continuer

L’homme de l’ombre du rock en dialecte

C’est de sa plume que sont nés les hits suisses rendus avant tout célèbres par Polo Hofer. Hanery Amman nous a quittés à l’âge de 65 ans. Hommage par Ane Hebeisen, contributeur invité

L’homme de l’ombre du rock en dialecte

Hanery Amman, membre de SUISA depuis 1976, photographié dans le cadre d’une réunion de SUISA à Berne le 10 novembre 2009. (Photo: Wolfgang Rudigier)

Lorsqu’on l’interrogeait sur ses rêves, Hanery Amman avait toujours la même réponse: l’espoir de faire de la musique jusqu’à son dernier souffle. Ce souhait a été exaucé, même si la vie n’a pas toujours été juste avec lui et qu’il a régulièrement été confronté à des situations difficiles ou décevantes. Il a cependant pu faire jusqu’au bout ce qu’il aimait le plus – de la musique.

Il serait exagéré de prétendre qu’il avait une productivité supérieure à la moyenne. Il avait bien trop d’adversaires à combattre pour ça. De toute sa production pendant toutes ces années, seule une petite partie a été publiée. On peut donc supposer qu’il reste encore de nombreux trésors d’archives, d’essais et d’études à découvrir chez Hanery Amman à Interlaken.

L’âme de Rumpelstilz

Sa carrière musicale démarre très tôt. A l’école, il joue du banjo et du ukulélé. Mais ce piano, l’instrument qui va décider du destin de Hanspeter «Hanery» Amman, trône déjà dans la salle de musique de l’établissement. Il commence à en jouer et sent très rapidement qu’il peut y exprimer de bien plus grandes émotions qu’avec un instrument aux cordes pincées et au son nasillard.

Après un apprentissage comme mécanicien de précision et un court passage par le théâtre (on lui connaît le rôle du Général dans la pièce «Treffpunkt Vietnam» au Zimmer-Theater de Zurich), il retrouve régulièrement son vieux voisin, un certain Urs «Polo» Hofer, pour faire de la musique. Ces deux amis et leurs familles vivent longtemps dans le même bâtiment à Interlaken. Les Hofer sont témoins de mariage des Amman et à sept ans, le jeune Polo promène le petit Hanery dans sa poussette.

A l’époque, personne ne se doutait qu’ils allaient rester unis jusqu’à la fin de leur vie, parfois très proches, parfois moins, et encore moins qu’un jour une place d’Interlaken porterait leurs noms.

Dès leur première rencontre musicale, les tâches sont clairement réparties. Hanery Amman compose, Polo Hofer écrit. Hofer vend, chante et joue le rôle de mascotte tandis qu’Amman est l’âme du projet et joue un rôle décisif dans le son du rock en dialecte 1.0. Le modèle musical est celui d’Udo Lindenberg, lui qui a réussi à allier la langue allemande à la musique de son temps. L’objectif est donc de faire la même chose en dialecte alémanique.

Le premier reggae suisse

Rumpelstilz est un groupe où s’expriment avec vigueur les tendances musicales les plus variées. Le jeu d’Hanery Amman est par exemple influencé par des modèles musicaux aussi divers qu’Elton John et Chick Corea, on admire les saxophonistes de jazz fusion Jim Pepper et Bob Dylan – et puisque le percussionniste intérimaire Res Hassenstein, plus tard l’un des papes de la musique du monde, connaît aussi la musique caribéenne, on décide d’inclure le reggae au répertoire.

C’est à cette époque que les premiers grands hits naissent sous la plume d’Hanery Amman: «Teddybär» (officiellement le premier reggae en dialecte alémanique) ou le morceau de six minutes et demie «D Rosmarie und i», précédé d’une longue intro perlée au piano par Amman pour glisser en un rien de temps du boogie au jazz en passant par le blues dans le solo au milieu du morceau. Il adore les fusions.

Hanery Amman décrira plus tard les années de Rumpelstilz comme les plus marquantes de sa carrière. Il aimera dire que c’était un groupe «multi-culturel» à une époque où le concept n’existait pas encore. Rumpelstilz lui aura permis de trouver son style non seulement comme musicien, mais aussi comme compositeur.

Dissolution de Rumpelstilz

Si Rumpelstilz a énormément de succès, le groupe n’est certainement pas un monument national. Hanery Amman, l’homme aux longs cheveux blonds, n’est pas encore perçu dans sa ville natale comme le bon berger de la chanson suisse, mais plutôt comme quelqu’un qui devrait exercer un vrai métier.

Des tensions entre Hanery et Polo conduisent en 1979 à la rupture puis à la dissolution du groupe, ce qui peut arriver lorsque deux fortes têtes de l’Oberland bernois se heurtent. Après la dissolution du groupe, Hanery décrit les disputes en ces termes dans une interview: «Nous étions deux béliers dans ce groupe. A un moment donné, le succès auprès du public est monté à la tête de Polo Hofer. Cela a détruit le groupe.»

Et il est aussi question d’argent: selon lui, malgré le succès, on est toujours à court d’argent sans que personne n’ait une bonne explication à cela. Avec un peu de distance, il décrit son rapport à Hofer de façon un peu plus mesurée: «Nous avions besoin l’un de l’autre et nous nous sommes complétés mutuellement». C’est ainsi qu’avec l’âge ils se qualifient d’amis.

Un hit pour l’éternité

Après la dissolution de Rumpelstilz, Polo Hofer fonde le groupe Polo’s SchmetterDing alors qu’Hanery Amman s’essaie à une carrière solo sous son propre nom. Son album solo en anglais «Burning Fire», produit en Allemagne, sort en 1980. Le style est celui d’un rock américain enjoué. Dans des interviews, il dit vouloir voyager avec sa musique et affirme que le dialecte bernois n’est pas vraiment une langue pour le rock.

Dans l’Oberland bernois, ces propos ne sont pas vraiment bien accueillis. C’est pourquoi il donne plusieurs concerts en Allemagne et en Autriche. En outre, il compose des musiques de film et écrit des chansons pour la star italienne Rita Pavone. Il dénonce bientôt sa collaboration avec la maison de production allemande, installe à Interlaken son propre studio, donne quelques concerts et fait ce qu’il aime par-dessus tout: composer des chansons.

L’une d’entre elles s’appelle «Kentucky Rose». Elle serait probablement restée enterrée quelque part dans les archives personnelles de Hanery si Polo Hofer, en tournée avec son groupe SchmetterBand, ne l’avait pas enregistrée en dialecte bernois sur une cassette de démonstration, faisant naître ainsi l’un des plus grands hits de la chanson suisse: «Alpenrose» rend Hofer et Amman immortels.

Sous ses airs de Bernois parfois têtu, Hanery Amman cache un grand cœur. Ses amis parlent d’une personnalité originale et très attachante. On lui attribue des qualificatifs comme direct, franc, buté et hypersensible. L’homme a de l’humour et même dans les pires moments, il continue à plaisanter et à être cordial.

Ce qui lui déplaît par-dessus tout en revanche, c’est le manque d’attention au niveau musical. En mai 1984, il se rend en studio avec son groupe, le Hanery Amman Band, pour enregistrer un album. Mais il trouve le rendu tellement mauvais qu’il ne veut pas le publier. La raison est vite trouvée: furieux, il dira dans une interview que cela relève de la façon dont ses musiciens ont travaillé. Le groupe n’avait pas assez de motivation. Résultat: on renonce! Et on reconsidère la composition du groupe!

«Le Chopin de l’Oberland bernois»

Il s’ensuit des années difficiles. Hanery Amman souffre d’un acouphène en raison d’une opération suite à une otite qui l’empêche pratiquement de faire de la musique pendant un long laps de temps. Néanmoins, il se produit en concert, organise une réunion de Rumpelstilz et enregistre trois concerts au Anker à Interlaken (il habite juste au-dessus de la salle). L’album «Live im Anker» qui en résulte se classe parmi les albums live les plus populaires de Suisse.

Il faudra attendre l’an 2000 pour la sortie du prochain album solo. «Solitaire» récolte des critiques euphoriques mais ne parvient pas à dépasser la 90e place du hit-parade suisse. A ce moment-là, le monde écoute Manu Chao, les Red Hot Chili Peppers ou encore Britney Spears. Les chansons en dialecte d’Amman, longuement mûries et soigneusement arrangées, semblent passées de mode. La médecine n’a pas non plus de bonnes nouvelles à lui annoncer. On lui diagnostique un cancer du poumon en 2007. Une maladie qui l’emporte dix ans plus tard, cinq mois après Polo Hofer.

Il ne s’est jamais plaint de ses échecs, même sa vie a été «un coup du destin après l’autre», comme il l’a dit récemment. Bien au contraire, il est très reconnaissant. Hanery Amman n’a jamais aimé être au premier plan. Ses chansons ont fait connaître Polo Hofer, lui est resté dans l’ombre. A son sens, le show-business est un monde d’imposteurs et de faux-semblants, et il ne s’y est jamais vraiment senti à l’aise.

C’est au piano, en laissant courir ses doigts sur le clavier, qu’il s’est toujours senti le mieux. Il s’y mettait le plus souvent la nuit (et volontiers nu, comme il l’a confié une fois), c’était sa façon à lui de méditer contre les humeurs du monde. «Si tout ‹foire›, il te reste la musique»: telle était sa devise.

Si l’on avait placé à ses côtés quelqu’un capable d’organiser un tant soit peu son travail et de l’aider à surmonter les doutes qui l’assaillaient fréquemment, l’homme que Polo Hofer qualifiait de «Chopin de l’Oberland bernois» aurait laissé une œuvre beaucoup plus importante. Mais le natif d’Interlaken n’avait que faire de conseillers.

Et pourtant: ce qu’il a publié est inscrit dans la mémoire à long terme de la musique en dialecte alémanique suisse. Jusqu’au bout, il a travaillé sur un album instrumental qu’il espérait terminer avant sa mort. Ce vœu n’aura pas été exaucé. Hanery Amman est décédé dans la nuit du Nouvel An à l’âge de 65 ans, entouré des siens.

Comme il le chantait si bien sur son album «Solitaire»: «U we de meinsch, die Wält göng under, de si d Stärne geng no da (Et si tu penses que le monde s’écroule, les étoiles sont quand même toujours là – NdT)». Une nouvelle étoile brille maintenant au firmament.

www.haneryamman.ch

Cette nécrologie par Ane Hebeisen a été publiée sous une forme similaire dans le Bund et le Tages Anzeiger en janvier 2018.

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C’est de sa plume que sont nés les hits suisses rendus avant tout célèbres par Polo Hofer. Hanery Amman nous a quittés à l’âge de 65 ans. Hommage par Ane Hebeisen, contributeur invité

L’homme de l’ombre du rock en dialecte

Hanery Amman, membre de SUISA depuis 1976, photographié dans le cadre d’une réunion de SUISA à Berne le 10 novembre 2009. (Photo: Wolfgang Rudigier)

Lorsqu’on l’interrogeait sur ses rêves, Hanery Amman avait toujours la même réponse: l’espoir de faire de la musique jusqu’à son dernier souffle. Ce souhait a été exaucé, même si la vie n’a pas toujours été juste avec lui et qu’il a régulièrement été confronté à des situations difficiles ou décevantes. Il a cependant pu faire jusqu’au bout ce qu’il aimait le plus – de la musique.

Il serait exagéré de prétendre qu’il avait une productivité supérieure à...Continuer

Au revoir Jörg Schneider!

Jörg Schneider était, sans conteste, l’un des acteurs les plus appréciés de Suisse. De plus, il travaillait également comme metteur en scène, a prêté sa voix au personnage de «Kasperli» et a écrit des contes et des comédies musicales. Il était membre SUISA depuis longtemps, en tant que parolier de plus de 200 chansons, dont il écrivait parfois la musique. Jörg Schneider est décédé à la fin août 2015, à l’âge de 80 ans. Hommage par Monika Kaelin, contributrice invitée

Joerg Schneider Portrait

Jörg Schneider en 2013; il a écrit les paroles de nombreuses chansons et en a parfois composé la musique. (Photo: Christoph Kaminski)

Il a dû nous quitter bien trop tôt. Lui qui se nourrissait toujours sainement, évitait les excès et consacrait son énergie aux planches, qui étaient son monde. Jörg Schneider était un véritable perfectionniste; il a traduit de nombreuses pièces de l’anglais et du bon allemand en suisse-allemand, a écrit plus de 200 textes de chansons, a joué le rôle principal dans toutes ses pièces de boulevard autoproduites, a connu un grand succès dans plusieurs séries TV comme «Polizischt Wäckerli» et «Motel», a été très convaincant dans la série à succès «Lüthi und Blanc» où il jouait le rôle du comptable Oskar Wehrli, a été metteur en scène à l’occasion, a écrit des contes et des comédies musicales, a prêté sa voix au personnage de «Kasperli» et a dû soudain faire face à un cancer incurable, après 55 ans de présence sur les scènes.

Cette lutte n’a pas été facile pour cet artiste d’exception, vif et appréciant le travail, qui a tout d’abord suivi une formation d’enseignant, puis de comédien professionnel, en se consacrant tout d’abord au classique, avant de finalement trouver un large public du côté de la «muse légère» et en enthousiasmant pendant des décennies des millions de téléspectateurs suisses.  Acteur populaire, il était un homme de théâtre sur scène et dans les coulisses, actif dans les différents domaines de l’écriture, de la production et de la mise en scène. Ce Zurichois «pur beurre» était jovial par nature. Lorsque quelque chose le dérangeait, il réglait l’affaire au moyen d’un mot sarcastique accompagné d’un grand rire.

Artiste polyvalent d’exception

La polyvalence de l’artiste d’exception qu’était Jörg Schneider se révèle de manière impressionnante lorsqu’on jette un œil sur son parcours artistique très dense. Aux côtés de Ruedi Walter, Jörg Schneider est apparu dans la peau de Wladimir lors d’une représentation très remarquée de la fameuse pièce de Beckett «En attendant Godot», dans une adaptation en dialecte d’Urs Widmer. Il joua également dans de nombreuses autres pièces classiques au Sommertheater de Winterthour et au Freilufttheater Hohe Promenade de Zurich.

C’est en 1963 que commença sa carrière à la télévision; jeune comédien, il joua alors dans «Vico, ist’s wahr?» et eut ainsi l’occasion de se produire dans différents endroits de Suisse aux côtés de Vico Torriani. Il perça véritablement en 1966 grâce à «Polizischt Wäckerli», à la fois pièce radiophonique, spectacle sur scène et série TV.

Ce qui rend Jörg Schneider le plus inoubliable, ce sont probablement les 41 histoires de Kasperli qu’il a écrites et qui ont enthousiasmé des générations d’enfants. Elles ont beaucoup de succès aujourd’hui encore. De nombreux spectacles de contes et comédies musicales pour enfants ont été montés avec sa participation par la Märchenbühne de Zurich et par l’Opéra de Zurich.

A Zurich, il travailla également pour le Schauspielhaus, le Corso-Theater, le Theater am Hechtplatz et surtout pour le Bernhard-Theater. À l’occasion de la comédie musicale «Z wie Züri», j’eus en 1976 l’opportunité de me produire pour la première fois à ses côtés, en tant qu’actrice et chanteuse. Lors de ce travail, Jörg me donna de nombreux conseils et m’expliqua par exemple comment raconter une histoire pour que l’effet de la chute soit garanti. Ses conseils furent pour moi la meilleure des écoles, et j’eus la chance de pouvoir les appliquer directement sur scène.

Un parcours de vie grandiose

De nombreuses pièces suivirent ensuite, à un rythme soutenu. Jörg Schneider les présenta avec sa troupe au Bernhard-Theater puis en tournée en Suisse. En 2014, il proposa pour sa tournée d’adieux le spectacle tragi-comique «Häppi Änd», en dialecte. Pour des raisons de santé, il fut malheureusement contraint d’écourter cette tournée. Durant cette période difficile où il dut faire face à des douleurs, il travailla encore vaillamment avec Matthias Gnädinger, lui aussi décédé récemment, pour le film «Usfahrt Oerlike», du réalisateur Paul Riniker. Le film a obtenu le Prix du Public aux 50e Journées de Soleure, lors desquelles l’œuvre grandiose de Jörg Schneider a été saluée par une standing ovation. Jörg Schneider a reçu deux fois le Prix Walo: en 1995 en tant qu’acteur et 2014 pour l’ensemble de son œuvre.

Sa dernière œuvre date de mars 2015; il s’agit d’une autobiographie intitulée «Äxgüsi». Après une période de souffrance face au cancer, Jörg Schneider s’est endormi paisiblement le 22 août 2015 dans les bras de sa chère épouse Romy, à son domicile de Wetzikon, libéré de ses douleurs et le sourire aux lèvres. Il était un homme bon et va beaucoup manquer aussi bien à son public qu’à nous, collègues du monde du théâtre. Merci, cher Jörgli, pour tout ce que tu nous as offert tout au long de ta vie, avec joie, amour et engagement.

Bien à toi
Monika Kaelin

Monika Kaelin est compositrice, parolière, chanteuse, entertainer et animatrice, mais aussi organisatrice dans le domaine du théâtre et de la musique ainsi qu’organisatrice d’événements de manière générale, Présidente de l’association Show Szene Schweiz et productrice TV du Prix Walo. De 1999 à 2015, elle a été membre du Conseil de SUISA.

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Jörg Schneider était, sans conteste, l’un des acteurs les plus appréciés de Suisse. De plus, il travaillait également comme metteur en scène, a prêté sa voix au personnage de «Kasperli» et a écrit des contes et des comédies musicales. Il était membre SUISA depuis longtemps, en tant que parolier de plus de 200 chansons, dont il écrivait parfois la musique. Jörg Schneider est décédé à la fin août 2015, à l’âge de 80 ans. Hommage par Monika Kaelin, contributrice invitée

Joerg Schneider Portrait

Jörg Schneider en 2013; il a écrit les paroles de nombreuses chansons et en a parfois composé la musique. (Photo: Christoph Kaminski)

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Les succès intemporels de Beny Rehmann lui survivront

Beny Rehmann, trompettiste, bandleader et compositeur suisse très apprécié, est décédé en décembre dernier à l’âge de 78 ans. Parmi ses compositions, plusieurs vont continuer à faire leur chemin et perpétuer son héritage musical: «Schiffsfeger-Polka», «Oh Katharina», «Morgenmuffel» ou encore «Jeden Tag geht die Sonne auf». Hommage par Hans «Housi» Bracher, rédacteur invité

Beny-Rehmann-Trompete

Beny Rehmann, décédé en décembre 2014, était membre de SUISA depuis 1967. (Photo: StudioArt.ch)

Beny Rehmann naquit le 11 septembre 1936 à Kaisten (AG); il était l’avant-dernier d’une fratrie de treize enfants. A 16 ans, il commença à jouer de la trompette, instrument offert par son frère. Il fit son école de recrue dans la fanfare, où Georges Hofer décela son talent de soliste, et rejoignit alors la Musikgesellschaft Strengelbach (MGS).

Avec son quatuor «Die lustigen Tiroler Musikanten», il donna son premier concert lors de la Saint-Silvestre 1962/63. Avec des morceaux tels que «Tanz beim Dorfwirt» ou «Die Dorfschöne» (signé Slavko Avsenik), le succès fut au rendez-vous. Beny avait entendu à la radio un concert donné par les «Original-Oberkrainern» et son enthousiasme fut si grand qu’il me demanda de jouer avec lui cette musique tellement épatante. A l’époque, rares étaient en Suisse les personnes connaissant cette musique si entraînante trouvant son origine dans le folklore slovène.

Le succès avec ses propres compositions

Encouragé par le succès rencontré lors de la Saint-Silvestre 1962/63, Beny Rehmann se mit à composer. Il veilla à mettre en évidence un style personnel, avec notamment des enchaînements d’accords n’apparaissant pas dans la musique folklorique slovène.

Beny-Rehmann-Tiroler-Musikanten

L’une des premières photos du quatuor «Die lustigen Tiroler Musikanten»: avec de gauche à droite, Beny Rehmann, Ueli Aebi et Albert König ; et devant, Housi Bracher (Photo: DR / archives privées Hans Bracher, 1963)

En 1965, il participa avec «Die lustigen Tiroler Musikanten» au «Blick-Festival», bien connu à cette époque. Lors de la finale au Kursaal de Berne, le groupe prit la troisième place derrière Paola del Medico et le Eugster-Quartett. De premiers enregistrements s’ensuivirent.

Beny rebaptisa son groupe «Beny Rehmann Quintett», agrandit la formation pour en faire un sextuor, élargit la palette de genres musicaux joués, et adopta finalement le nom de «Beny Rehmann Showorchester».

4000 concerts!

Avec près de 4000 apparitions en directe, à la radio et à la télévision (SRF, ORF, ZDF, ARD), et notamment huit présences au Musikantenstadel avec Karl Moik, il constitua l’un des piliers du monde du spectacle de cette époque.

Dans le monde du spectacle, Beny Rehmann fut un pionnier en son domaine. Au milieu des années 80, alors que plusieurs agents prédisaient un échec pour sa série de concerts, il se lança dans une tournée d’automne avec vingt dates dans les salles suisses les plus connues. Au final: des salles combles et un public enthousiaste!

Certains hits de Beny Rehman sont devenus des classiques

Ses enregistrements eurent un succès retentissant: 16 disques d’or, 7 disques de platine et 1 double disque de platine. En 1984, il reçut le Prix Walo de la meilleure showstar suisse. Il fut à nouveau distingué en 2012, par le Prix Walo d’honneur.

Ses succès intemporels vont lui survivre: «Schiffsfeger-Polka», «Dreamland», «Morgenmuffel», «Jeden Tag geht die Sonne auf», ou encore «Oh Katharina», perpétueront un riche héritage musical.

Sa trompette dorée enchantait le public

Beny Rehmann était un musicien ouvert d’esprit, sincère, modeste, mais également ambitieux et parfois tatillon. Sa famille était tout pour lui et lui apporta un grand soutien tout au long de sa carrière. Il mettait toute son âme et tout son cœur dans ses compositions. Et surtout, le jeu de Beny, brillant et sensible, avec sa trompette dorée, était et reste reconnaissable entre mille.

Beny Rehmann nous a quittés le 19.12.2014.

Merci Beny de m’avoir donné l’occasion de t’accompagner musicalement durant des décennies, et merci d’avoir offert du bonheur à des dizaines de milliers de personnes avec ta musique.

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Beny Rehmann, trompettiste, bandleader et compositeur suisse très apprécié, est décédé en décembre dernier à l’âge de 78 ans. Parmi ses compositions, plusieurs vont continuer à faire leur chemin et perpétuer son héritage musical: «Schiffsfeger-Polka», «Oh Katharina», «Morgenmuffel» ou encore «Jeden Tag geht die Sonne auf». Hommage par Hans «Housi» Bracher, rédacteur invité

Beny-Rehmann-Trompete

Beny Rehmann, décédé en décembre 2014, était membre de SUISA depuis 1967. (Photo: StudioArt.ch)

Beny Rehmann naquit le 11 septembre 1936 à Kaisten (AG); il était l’avant-dernier d’une fratrie de treize enfants. A 16 ans, il commença à jouer de la trompette, instrument offert par son frère. Il fit son école de recrue dans la fanfare, où Georges Hofer décela son talent de soliste, et rejoignit alors la Musikgesellschaft Strengelbach (MGS).

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Hommage à Erwin Ernst Kunz

Musicien, chef d’orchestre, compositeur, arrangeur, théoricien de la musique – Erwin Ernst Kunz, souvent appelé simplement Ernst Kunz, faisait preuve de multiples talents et a marqué différents domaines de la création musicale suisse. Membre SUISA depuis de nombreuses années, cet artiste est décédé le 11 juillet 2014 à l’âge de 97 ans.

Erwin-Ernst-Kunz

Erwin Ernst Kunz à la contrebasse lors d’un enregistrement en octobre 1988. (Photo: Rolf W. Kunz)

Erwin Ernst Kunz, né le 24 mars 1917, a grandi avec ses frères Jakob et Willy à Uster (ZH), qui était alors encore à la campagne. À l’âge de 10 ans, il reçut en cadeau de sa maman son premier instrument: un vieil accordéon défectueux. Un professeur de musique d’Uster lui prêta un instrument de meilleure qualité et donna des cours au jeune garçon. Les moyens financiers de la famille Kunz étaient modestes et les conditions d’existence laissaient peu de place aux activités musicales. Un tuteur large d’esprit permit au jeune Erwin de s’inscrire à l’examen d’admission au Conservatoire de Zurich. Il passa cet examen avec succès à l’âge de 17 ans.

Musicien professionnel en un temps record

Ayant la chance d’avoir l’oreille absolue, Ernst Kunz acquit en un temps record le bagage nécessaire pour pouvoir rejoindre un orchestre symphonique. A l’âge de 20 ans, il fut admis dans l’Orchestre de la Tonhalle, auquel il resta fidèle de 1937 à sa retraite en 1982. Il y joua du tuba et de la contrebasse. Jeune musicien, il étudia avec un grand intérêt les techniques de composition des grands maîtres tels que Wagner, Brahms ou Bruckner et poursuivit sa formation dans le domaine de la théorie musicale. Différents orchestres symphoniques internationaux de Vienne, Milan, Berlin, Pékin ou Buenos Aires firent appel aux services d’Ernst Kunz pour des engagements temporaires. Ses collègues musiciens l’appelaient souvent simplement «Tuba-Kunz».

L’activité musicale d’Ernst Kunz ne se limita pas à son travail de musicien d’orchestre; artiste polyvalent, il apporta sa contribution à de nombreux projets dans les domaines les plus variés. Il dirigea différents groupes de musiciens professionnels et amateurs de même que des chœurs et a travaillé comme répétiteur pour des chanteuses et chanteurs d’opéra. Il fut également actif en tant que producteur musical en studio. Il fut ainsi entre autre responsable de production d’une série de CD présentant des chansons et des marches suisses, réalisée à l’occasion du 700e anniversaire de la Confédération («Kantons-Märsche aus der ganzen Schweiz») Vol. 1 + Vol. 2, «Schweizer-Lieder aus allen Kantonen» Vol. 1 + Vol. 2, parus chez K-Tel, 1991).

Engagé à de nombreux niveaux: musique folklorique, chœur d’enfants, chorale de détenus, etc.

Durant de nombreuses années, Ernst Kunz fut organiste et directeur de chœur au pénitencier de Regensdorf. Sous sa direction, le chœur enregistra au début des années 70, avec la fanfare de l’Armée du salut et quelques solistes, une collection de chants de Noël qui eut un grand succès: «Der Gefangenenchor der Strafanstalt Regensdorf singt Weihnachstslieder» (Editions Ex-Libris).

Il se produisit régulièrement par plaisir avec des groupes de musique folklorique, et joua ainsi du tuba ou de la contrebasse avec notamment la Ländlerkapelle Edi Bär, la Freudenberger Dorfmusik d’Otto Würsch ou la Seldwyler Dorfmusik de Jakob Farner. Après sa retraite de l’Orchestre de la Tonhalle, il enseigna le tuba au Conservatoire de Lucerne.

A une certaine période de sa vie, Ernst Kunz fut actif en tant que compositeur, arrangeur et parolier. Il adhéra à SUISA en 1964. Il composa des marches, des pièces pour orchestre et pour chœur ainsi que des «singspiele». Il écrivit également de nombreuses orchestrations et un grand nombre d’arrangements. Il appréciait beaucoup d’écrire des chansons pour enfants: les nombreuses chansons qu’il avait créées et mises en musique ont été réunies dans un ouvrage: «Kinderlieder: wenn die Kinder singen, lacht der Himmel froh, alle Engel singen laut ein Jubilo» (paru en 2000).

Avec «Heavenly Club» et Les Sauterelles, il fait partie de l’histoire de la musique pop suisse

Cet artiste doué de nombreux talents a également marqué de sa patte l’histoire de la musique pop en Suisse. Pour l’album «View To Heaven» du groupe Les Sauterelles, il a créé les arrangements de cordes et a dirigé un orchestre à cordes de 16 musiciens lors de l’enregistrement au Studio Bauer de Ludwigsburg. Parmi les morceaux orchestrés par Ernst Kunz, il y a le single «Heavenly Club», qui fut no1 du hit parade suisse en 1968. Cette chanson est tout simplement la première production suisse à s’être hissée à la tête du hit parade officiel suisse. Grâce à ce morceau et à l’album, Les Sauterelles réussirent à percer au plan international.

Une vie bien remplie et placée sous le signe de la musique a pris fin au bel âge de 97 ans: Ernst Kunz est décédé le 11 juillet 2014.

Nous remercions Rolf W. Kunz, neveu du défunt, pour les nombreuses indications biographiques sur la vie et l’œuvre d’Erwin Ernst Kunz.

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Musicien, chef d’orchestre, compositeur, arrangeur, théoricien de la musique – Erwin Ernst Kunz, souvent appelé simplement Ernst Kunz, faisait preuve de multiples talents et a marqué différents domaines de la création musicale suisse. Membre SUISA depuis de nombreuses années, cet artiste est décédé le 11 juillet 2014 à l’âge de 97 ans.

Erwin-Ernst-Kunz

Erwin Ernst Kunz à la contrebasse lors d’un enregistrement en octobre 1988. (Photo: Rolf W. Kunz)

Erwin Ernst Kunz, né le 24 mars 1917, a grandi avec ses frères Jakob et Willy à Uster (ZH), qui était alors encore à la campagne. À l’âge de 10 ans, il reçut en cadeau de sa maman son premier instrument: un vieil accordéon défectueux. Un professeur de musique d’Uster lui prêta un instrument de meilleure qualité et donna des cours au jeune garçon. Les...Continuer