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L’arrangement d’œuvres protégées

Les œuvres musicales libres de droits peuvent être arrangées sans autre formalité. Si une œuvre est encore protégée, c’est-à-dire si son auteur n’est pas décédé depuis plus de 70 ans, le titulaire des droits doit donner son accord avant tout arrangement. Comment obtenir une telle autorisation d’arrangement et quels aspects doivent être réglés pour qu’un arrangement puisse être déclaré auprès de SUISA? Texte de Claudia Kempf et Michael Wohlgemuth

L’arrangement d’œuvres protégées

Pour l’arrangement d’une œuvre protégée dont les auteurs ne sont pas décédés depuis plus de 70 ans, une autorisation doit être obtenue auprès des titulaires des droits. (Photo: Tabea Hüberli)

Tout auteur a le droit de décider si son œuvre peut être arrangée, entraînant ainsi la création d’une «œuvre dérivée» ou d’un «arrangement», sur la base de l’œuvre originale. Ce droit n’est pas cédé à SUISA par le contrat de gestion et reste auprès de l’auteur. Si quelqu’un souhaite réaliser un arrangement d’une œuvre, il doit s’adresser directement à l’auteur afin d’obtenir l’autorisation d’arrangement.

En règle générale cependant, l’auteur cède le plus souvent le droit d’arrangement à une maison d’édition, par le biais d’un contrat d’édition. Sur cette base, l’éditeur peut autoriser un tiers à réaliser un arrangement de l’œuvre, ou charger un tiers de réaliser de nouvelles versions d’une œuvre. Dans un contrat d’édition, il convient de définir si l’éditeur peut dans certains cas autoriser des arrangements de manière autonome, ou commander de tels arrangements, ou s’il doit dans tous les cas consulter l’auteur. Si une œuvre est éditée, l’interlocuteur pour toute demande d’autorisation d’arrangement est l’éditeur.

Dans le cas d’un répertoire de renommée internationale, l’obtention d’une autorisation d’arrangement peut être fastidieuse et n’est pas toujours couronnée de succès. Certains titulaires de droits apprécient que leurs œuvres soient arrangées et ainsi diffusées plus largement. D’autres accordent une plus grande importance à ce qu’on appelle «l’intégrité de l’œuvre» et refusent pratiquement toutes les demandes d’arrangement. Dans tous les cas, il est conseillé de prévoir un délai suffisamment long avant tout projet d’arrangement.

Important: ce n’est pas parce que de nombreuses demandes ont été envoyées à l’auteur ou à l’éditeur et qu’elles sont restées sans réponse qu’on peut en déduire qu’une œuvre peut être arrangée, en présumant une «autorisation tacite», uniquement en raison des efforts fournis dans ce but. Le principe qui s’applique est le suivant: l’arrangement d’une œuvre sans obtention préalable d’une autorisation d’arrangement constitue une infraction au droit d’auteur qui peut avoir des conséquences tant sur le plan civil que pénal.

L’obtention d’une autorisation d’arrangement ne signifie pas forcément que l’arrangeur peut disposer librement de l’œuvre et en faire ce qu’il veut. Une autorisation d’arrangement peut en effet également être octroyée seulement pour un certain type d’arrangement (p. ex. traduction des paroles d’une chanson, réalisation d’une version courte de l’œuvre, remix, nouvelle instrumentation, etc.). De plus, de par la loi, un auteur peut dans tous les cas se défendre contre une «dénaturation» de son œuvre, même s’il a accordé une autorisation d’arrangement. Dans de tels cas (souvent difficiles à évaluer), il peut y avoir atteinte au «droit de la personnalité de l’auteur».

Points essentiels d’une autorisation d’arrangement

Si un auteur ou un éditeur consentent à un arrangement, cette autorisation d’arrangement devrait être consignée par écrit dans un bref contrat. Ce document devrait faire mention des éléments suivants:

a) Nom et adresse des partenaires contractuels (éventuellement noms d’artistes)

b) Octroi de l’autorisation d’arrangement: le titre de l’œuvre qui peut être arrangée doit impérativement être mentionné. En outre, il convient de définir dans quelle mesure l’œuvre en question peut être arrangée (musique ou paroles). Il faut également déterminer si et comment la nouvelle œuvre pourra être déclarée auprès de SUISA en tant qu’arrangement.

Bon à savoir: la déclaration d’une œuvre en tant qu’arrangement n’est judicieuse que si l’œuvre originale a déjà été déclarée à SUISA et si les deux œuvres (œuvre originale et arrangement) doivent être utilisées parallèlement (et indépendamment l’une de l’autre). Souvent, dans le cadre d’un processus d’écriture de chanson, des «parts d’arrangeur» sont attribuées à des musiciens participant à la création, bien qu’il n’existe pas encore d’œuvre originale pouvant être utilisée séparément. Afin qu’il n’y ait pas de malentendu, il est conseillé dans de tels cas de considérer les musiciens en question en tant que co-compositeurs plutôt qu’en tant qu’arrangeurs.

c) Participation: le règlement de répartition de SUISA prévoit 20% pour l’arrangeur d’œuvres non éditées sans texte, 16,67% dans le cas d’œuvres éditées sans texte. S’il s’agit d’œuvres avec texte, l’arrangeur a droit à 15% (œuvre non éditée) respectivement 11,67% (œuvre éditée). La part revenant à l’arrangeur peut en principe être définie librement. Des participations entre 0% et 25% sont usuelles dans la branche. Le règlement de répartition de SUISA prévoit toutefois une exception dans le cas d’une autorisation d’arrangement octroyée par un éditeur: dans de tels cas, la part revenant à l’arrangeur ne peut pas dépasser la part réglementaire. Il s’agit ainsi de faire en sorte que la part revenant aux titulaires de droits originaux ne soit pas excessivement réduite. Il est également possible qu’un titulaire des droits autorise l’arrangement sans prévoir de participation de l’arrangeur au produit de l’œuvre.

d) Edition de l’arrangement: dans le cas de l’arrangement d’une œuvre déjà éditée, il est judicieux de spécifier dans l’autorisation d’arrangement si l’arrangement doit lui aussi être édité auprès de l’éditeur de l’œuvre originale (afin que la maison d’édition garde le contrôle des droits d’édition). En règle générale, l’éditeur original insistera pour qu’il en soit ainsi. Dans ce cas, la conclusion d’un nouveau contrat d’édition entre l’éditeur original et l’arrangeur est recommandée.

e) Garantie des droits: le titulaire des droits doit garantir qu’il dispose des droits nécessaires pour octroyer l’autorisation d’arrangement.

f) Lieu, date, signature du titulaire des droits.

g) Droit applicable et lieu de juridiction.

Le cas particulier du «sous-arrangement»

Le droit d’arrangement est fréquemment transmis de l’éditeur original au sous-éditeur par l’intermédiaire du contrat de sous-édition. Dès lors, le sous-éditeur a le droit d’autoriser des arrangements, respectivement d’en commander. Dans de tels cas, l’arrangeur est enregistré en tant que «sous-arrangeur» ou, s’il y a un nouveau texte, par exemple dans une autre langue, en tant que «sous-parolier». Le règlement de répartition de SUISA prévoit ici aussi que la part revenant au sous-arrangeur ne peut pas dépasser la part réglementaire.

Comment un arrangement doit-il être déclaré à SUISA?

Lors de la déclaration d’un arrangement d’une œuvre encore protégée, il faut impérativement joindre l’autorisation d’arrangement, ou la télécharger si la déclaration est effectuée en ligne. L’arrangeur touchera des parts sur le produit de l’œuvre uniquement si l’autorisation d’arrangement prévoit que l’arrangeur y a droit. Si aucun pourcentage spécifique n’est mentionné, l’arrangeur obtient les parts prévues dans le règlement de répartition. S’il n’y a aucune indication concernant la participation, SUISA saisit le nom de l’arrangeur (dans les informations concernant la version originale), avec la mention qu’un arrangement autorisé existe, mais que l’arrangeur ne touche aucune participation. Dans ce cas, l’arrangeur n’obtient aucune rémunération.

Lorsqu’un éditeur déclare de nouvelles versions d’œuvres dont il est l’éditeur original, SUISA renonce à exiger une autorisation d’arrangement, car l’éditeur doit clarifier le droit d’arrangement directement avec «ses» auteurs. Il en va de même pour les sous-arrangements.

Résumé

Pour pouvoir effectuer un arrangement d’une œuvre protégée, il est impératif d’obtenir une autorisation d’arrangement auprès du titulaire des droits; selon la situation, cette autorisation doit être acquise auprès de l’auteur, auprès de ses héritiers ou auprès de l’éditeur compétent. L’autorisation d’arrangement est une condition indispensable pour la déclaration d’un arrangement d’une oeuvre encore protégée auprès de SUISA.

SUISA se tient à la disposition de ses membres pour identifier le titulaire des droits dans un cas donné. Si l’œuvre est éditée, SUISA donne des renseignements sur l’éditeur et fournit les coordonnées de celui-ci, afin qu’il soit possible de prendre contact directement avec l’éditeur. Si l’œuvre n’est pas éditée, elle transmet les demandes d’arrangement à l’auteur ou à ses héritiers. Vos demandes peuvent être envoyées à l’adresse suivante: publisher (at) suisa (dot) ch
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Pour l’arrangement d’une œuvre protégée dont les auteurs ne sont pas décédés depuis plus de 70 ans, une autorisation doit être obtenue auprès des titulaires des droits. (Photo: Tabea Hüberli)

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Arrangement d’œuvres libres de droits

Dans le cas d’un projet d’arrangement musical, il vaut la peine de connaître les pièges existants en lien avec le droit d’auteur, car un faux pas peut parfois coûter cher. Texte d’Ernst Meier et Claudia Kempf

Arrangement d’œuvres libres de droits

Il y a arrangement musical dès lors qu’une nouvelle oeuvre est créée sur la base d’une composition déjà existante. (Photo: Tabea Hüberli)

Trouver son inspiration auprès d’autres compositeurs, adapter des œuvres existantes pour d’autres instrumentations ou même utiliser dans une œuvre nouvelle des parties entières d’une composition existante: ce sont là des traditions déjà anciennes.

Du point de vue du droit d’auteur, de quoi faut-il tenir compte en ce qui concerne les arrangements musicaux? – Cette question va être traitée dans une série d’articles publiés sur le SUISAblog et dans le SUISAinfo. Pour commencer, nous allons nous intéresser à l’arrangement d’une œuvre libre (de droits), c’est-à-dire une œuvre dont les auteurs sont décédés depuis plus de 70 ans.

Qu’est-ce qu’un arrangement?

Selon la loi sur le droit d’auteur, un arrangement est une «œuvre dérivée». Pour qu’un arrangement soit protégé, les conditions sont les mêmes que celles définies pour une «œuvre»: les arrangements d’une œuvre, qui sont des créations intellectuelles personnelles de l’arrangeur, sont protégés comme s’il s’agissait d’œuvres indépendantes. L’acte de création existe en lien avec la transformation, la modification ou l’expansion reconnaissable de la substance musicale du modèle.

On parle d’arrangement lorsqu’une œuvre musicale protégée est créée sur la base d’une œuvre existante, de telle façon que l’œuvre musicale préexistante reste reconnaissable dans son caractère individuel. Les éléments nouvellement créés doivent également présenter un caractère individuel. Comme exemples typiques d’arrangements, on peut mentionner l’adaptation d’œuvres pour une instrumentation différente ou la traduction du texte dans une autre langue.

Le règlement de répartition de SUISA contient au chiffre 1.1.3.5 toute une liste de travaux qui ne constituent pas des arrangements. Cette liste a fait ses preuves dans la pratique. Les modifications suivantes ne sont donc pas considérées comme des arrangements:

  • adjonction de notations dynamiques ou agogiques;
  • indication de nuances, de phrasés ou de doigtés;
  • registration pour orgue ou autre instrument à clavier;
  • introduction ou/et réalisation d’ornements;
  • transformation de notations anciennes en écriture usuelle;
  • correction d’erreurs d’écriture dans un manuscrit original et autres aménagements analogues;
  • transposition dans une autre tonalité ou registre (transpositions);
  • élimination de certaines parties vocales ou instrumentales;
  • redoublement ou permutation de parties vocales ou instrumentales;
  • adjonction de simples voix parallèles;
  • attribution de parties vocales ou instrumentales existantes à d’autres instruments (transcriptions simples).

Arranger une œuvre libre et la déclarer auprès de SUISA

Les œuvres musicales qui sont libre de droit d’auteur peuvent être arrangées ou transformées sans autorisation particulière. Lors d’une déclaration d’un arrangement d’œuvre libre, il convient de fournir le document utilisé, afin qu’il soit possible de vérifier si le travail d’arrangement est protégé. Cela vaut pour les œuvres dont l’auteur est décédé depuis plus de 70 ans ou dont l’auteur est inconnu. Cela vaut également pour les œuvres de tradition populaire, considérées comme traditionnelles.

Le service musical de SUISA examine pour les œuvres déclarées si l’on est en présence d’un arrangement protégé par le droit d’auteur. Cela se fait dans chaque cas en comparant l’original et la version arrangée. Dans ce contexte, la qualité musicale du morceau de musique déclaré ou la qualité d’une phrase ne jouent aucun rôle.

Quels sont les différents types d’arrangements et quelle est la part revenant à l’arrangeur?

Lors de l’évaluation, on distingue les cinq types d’arrangements suivants:

(Graphiques: Crafft Communication)

1. Arrangement de type normal

Le cas normal est l’arrangement au sens strict du terme (env. 90% des déclarations). Une mélodie appréciée est préparée pour une certaine instrumentation par l’ajout de voix ou d’instruments (p.ex. pour un chœur mixte, un quatuor à cordes, un orchestre, un groupe de musique folklorique, un big band, etc.). La mélodie ou voix principale est reprise de manière fidèle; seul l’accompagnement est nouveau.

La part revenant à l’arrangeur est dans ce cas de 15% (dans le cas d’œuvres avec texte) ou de 20% (dans le cas d’œuvres sans texte).

Arrangement de type normal

2. Co-composition

La mélodie libre n’est pas la 1re voix, mais est cachée à l’intérieur de la création musicale. Pour ce cas spécial (p.ex. musique pour chœur ou musique d’orgue), la travail de l’arrangeur a une valeur plus élevée, car il doit créer une 1re voix ou voix principale, en intégrant dans la plupart des cas la mélodie reprise au moyen de techniques de contrepoint.

La part revenant à l’arrangeur est dans ce cas de 50% de la part revenant au compositeur.

Arrangement de type normal

3. Reconstruction

Une œuvre originale est interrompue à un ou plusieurs endroits, laissée inachevée par le compositeur (ou du fait de pertes lors de la transmission); elle est complétée par l’arrangeur.

La part revenant à l’arrangeur est dans ce cas de 50% de la part revenant au compositeur.

Reconstruction

4. Versions jazz complexes avec différents solistes

Le déroulement se présente sous la forme d’un bref exposé du thème (mélodie originale libre), suivi d’improvisations de plusieurs solistes ou «registres» (saxophones, trombones à coulisse, piano, batterie) reprenant partiellement la mélodie à tour de rôle. Les improvisations constituent la partie principale de l’œuvre. Visuellement, cela peut se traduire par le fait que les solistes ou les registres se lèvent durant leur solo. A la fin, le thème est souvent rejoué par plusieurs musiciens.

La part revenant à l’arrangeur est dans ce cas de 50% ou 100% de la part revenant au compositeur, selon l’ampleur et l’importance des solos.

Versions jazz complexes avec différents solistes

5. Cycles de variations

Les variations sur des thèmes issus de l’histoire de la musique (Variations Diabelli, Variations Paganini, Variations Gershwin, etc.) sont par excellence des exemples montrant que le modèle d’origine passe dans de tels cas complètement au second plan dans la version nouvelle. Le thème de départ n’est plus que le prétexte à une œuvre entièrement nouvelle. Dans ces conditions, le seul ayant droit est le créateur des variations. Cela ressort souvent dans le titre: «Variations Diabelli de Beethoven», par exemple.

La part revenant à l’arrangeur est dans un tel cas de 100% de la part revenant au compositeur.

Cycles de variations

Que signifie «domaine public»?
Vous trouverez des informations sur le délai de protection des œuvres dans l’article «Pour la première fois depuis 20 ans, des œuvres tombent dans le domaine public» (PDF), paru dans le numéro 1.14 du SUISAinfo.
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«L’intuition et l’impact émotionnel sont plus importants que certains concepts figés»

La FONDATION SUISA attribue à Balz Bachmann le Prix de Musique de Film 2017 pour ses compositions originales pour le film documentaire de Wilfried Meichtry «Bis ans Ende der Träume». Markus Ganz, contributeur invité, s’entretient avec Balz Bachmann.

Balz Bachmann: «L’intuition et l’impact émotionnel sont plus importants que certains concepts figés»

«Chaque film est très individuel; je cherche donc pour chaque film un langage musical particulier», explique Balz Bachmann. (Photo: Patrick Hari)

Balz Bachmann, comment en êtes-vous arrivé à créer la musique du film documentaire de Wilfried Meichtry «Bis ans Ende der Träume»?
Balz Bachmann: il s’agissait de ma première collaboration avec Wilfried Meichtry, qui débutait en tant que réalisateur. Jusqu’ici, cet historien de formation avait travaillé, dans le domaine du cinéma, uniquement en tant que scénariste. Nous sommes entrés en discussion lors des Journées de Soleure et avons parlé de ce projet de film, et également de la possibilité d’une collaboration. Après d’autres entretiens avec des personnes impliquées dans le projet, j’ai reçu le scénario. Après l’avoir lu, j’en ai discuté avec Wilfried Meichtry, le producteur Urs Schnell (DokLab Sàrl, Berne) et la monteuse Annette Brütsch.

Comment votre travail a-t-il concrètement commencé?
Le déroulement a été classique au départ: j’ai reçu des extraits du film, parfois montés de manière brute. J’ai ainsi pu me faire une idée de l’ambiance générale. Ensuite, j’ai commencé à créer des esquisses musicales, en les intégrant aux extraits montés. Nous avons ensuite observé ce qui se passait dans l’interaction entre images et musique. Une sorte de ping-pong a ainsi eu lieu entre ma musique et le montage, l’un réagissant à l’autre et inversement.

Qu’est-ce qui a été particulier dans ce travail?
J’ai dû trouver une dramaturgie pour une combinaison complexe d’images documentaires, d’une part, et d’images de fiction, d’autre part. La difficulté était de tout de même trouver un fil conducteur dramaturgique sur l’ensemble du film. Une étroite collaboration a été nécessaire entre la monteuse, le réalisateur et moi-même pour trouver une solution. Au début, nous pensions qu’environ 25 minutes de musique suffiraient (le film dure 82 minutes). Mais nous avons remarqué que le matériel iconographique était assez statique, comprenant beaucoup de photos, et qu’il a également délibérément été mis en scène d’une manière assez statique, même dans les parties de fiction. Par conséquent, nous avons pris conscience qu’un certain mouvement était nécessaire, un niveau supplémentaire susceptible de contribuer à raconter l’histoire et à la commenter: davantage de musique.

Avez-vous dès le départ constitué une bibliothèque de sons pour la musique du film?
Cela aurait pu être une approche intéressante, mais j’ai procédé différemment. A chaque fois je dois faire des essais sur la rencontre entre l’image et le son. J’essaie de ressentir intuitivement ce qu’il m’arrive en tant que spectateur au contact de certaines ambiances, timbres ou thèmes musicaux. Dans le cas de ce film, j’ai recherché une large palette de timbres, afin de bien faire ressentir les différents temps et lieux. Délibérément, j’ai eu recours à des éléments très différents les uns des autres, du point de vue du style: des parties classiques avec alto, par exemple, mais également des éléments qui se référaient directement aux lieux. Je voulais éviter de tomber dans le cliché de la musique «ethno».

«Pour un film, il faut développer un langage musical particulier, et ce n’est possible que si la musique est composée tout spécialement pour le film en question.»

Pas de romantisme folklorique des mers du sud pour le lieu où l’idylle des protagonistes commence?
Exactement, la musique devait dans ce cas aussi constituer une forme spécifique de récit, dans laquelle le lieu conservait son autonomie tout en participant au récit. Cela explique pourquoi ma palette musicale pour ce film va même jusqu’à de la musique purement électronique, qui crée par exemple un contraste intéressant avec la vieille femme. Longtemps, j’ai douté que cela puisse fonctionner, que le spectateur puisse y croire. Il en va pour la musique de film comme pour le jeu d’un acteur: on voit un personnage et on doit y croire, sans réaliser que la situation est jouée. La musique doit permettre une plongée émotionnelle du spectateur dans le film; c’est ma priorité absolue.

Au niveau de la mise en musique, avez-vous fait une différence entre matériel documentaire et matériel fictif, afin de bien faire apparaître la différence?
Non, au contraire, j’ai essayé de relier les deux types de matériel, ou de réaliser des chevauchements. Je souhaitais des transitions fluides, afin que le spectateur passe presque sans s’en apercevoir des scènes documentaires aux scènes de fiction.

Que pensez-vous des deux approches fondamentales pour la musique de film: le renforcement ou le contraste?
Pour moi, l’intuition et l’impact émotionnel sont plus importants que certains concepts figés. Chaque film est extrêmement individuel, représente un monde propre. Pour chaque film, je pense qu’il faut rechercher un langage musical particulier. Cela explique d’ailleurs l’existence du domaine de la musique de film, bien que d’innombrables musiques soient déjà disponibles. Mais nous sommes là au cœur de la question: on doit développer un langage propre au film, et ce n’est possible qu’en composant une musique «sur mesure».

Dans ce cas, vous ne travaillez probablement pas avec des «temp tracks» (bande-son provisoire avec de la musique existante, pour tester l’effet du matériel filmé)?
Pour un compositeur de musique de film tel que moi, c’est une idée qui a le don de m’énerver (il rit). Les temp tracks sont notamment utilisés par les monteurs pour donner un rythme aux images ou parce qu’ils ont peur qu’une scène ne fonctionne pas bien. J’estime que ces arguments sont faux, car à mon avis on peut juger du rythme des images sans musique provisoire. Je pense qu’il est préférable de faire cela «à sec», sans temp track. Il existe également la possibilité, très intéressante à mon avis, de composer sur la base du scénario, sans avoir d’images. En tant que compositeur, je peux dans un tel cas créer à partir d’une vision née lors de la lecture du scénario. Cela permet beaucoup d’espace et de liberté.

Vous pouvez ainsi agir dans un univers intact, pas encore influencé par les images?
Exactement. Le deuxième avantage est qu’il est possible de travailler déjà durant le montage avec la musique créée et faire des essais pour tester son effet. Il y a un troisième avantage: dès le début, on travaille de manière entièrement originale. En effet, le grand inconvénient de la musique «temp» est que (et c’est spécialement vrai pour le réalisateur et le monteur) ces sons deviennent inévitablement une référence dont il est très difficile de se détacher. L’être humain associe les deux niveaux (image et son) automatiquement de manière émotionnelle et il est ensuite très difficile de défaire ce lien.

«Dans un film documentaire, la dramaturgie doit être développée différemment que dans un film de fiction, où les scènes et la dramaturgie sont fortement déterminées par le scénario.»

La bande-son est toujours également un moyen d’accompagner le spectateur dans le récit. Etablissez-vous une liaison entre personnages ou lieux et sons ou motifs?
Oui, dans presque tous les films, j’utilise des motifs qui correspondent à un élément précis et qui se répètent, ce qui facilite l’orientation pour le spectateur. Si l’on a vu une scène avec une certaine musique et que cette musique se répète ultérieurement, l’accès à la nouvelle scène se fait automatiquement et rapidement, car un lien est établi. Plus je connais un personnage et je lui attribue des éléments musicaux et plus cela renforce la structure du film, surtout au plan émotionnel.

Est-ce qu’une grande partie de votre travail se fait parallèlement au montage?
Oui, c’est en règle générale ainsi, mais pas toujours dans une mesure aussi grande que pour le film «Bis ans Ende der Träume». Dans ce cas, le travail sur la musique et celui sur le montage se sont faits durant presque six mois de manière quasiment synchrone et se sont terminés à peu près en même temps. La raison est que le montage s’est orienté plus que d’habitude en fonction de la musique. Dans un film documentaire, la dramaturgie doit être développée différemment que dans un film de fiction, où les scènes et la dramaturgie sont fortement déterminées par le scénario.

La collaboration entre vous et la monteuse Annette Brütsch a donc été très étroite?
Oui, car nous étions en présence d’un processus où le montage et la musique devaient réagir l’un avec l’autre. Cette interaction était indispensable car de nombreux blocs thématiques devaient être mis en évidence: par exemple les voyages ou l’ancien prieuré bénédictin de Suisse romande dans lequel la femme se retire finalement complètement – avec ainsi une grande différence de vie par rapport à sa jeunesse, durant laquelle cette même femme avait voyagé sans argent dans des pays que les femmes visitaient peu. Nous avons réalisé que la demeure en piteux état demandait une certaine atmosphère. Mais il était également clair qu’une musique très mélodieuse aurait pris trop de place, aurait raconté trop de choses. J’ai tout d’abord trouvé intéressant de jouer avec l’écho réel de l’intérieur de la maison. Puis j’ai constaté que le lieu à lui seul ne suffisait pas. J’ai ainsi créé un son spécialement pour cette maison, un son particulièrement «statique».

Comment avez-vous fait face au défi de devoir créer un fil conducteur dramaturgique durant 82 minutes?
Il est important que, lors des visionnements, on regarde le film en entier, car j’ai toujours travaillé sur des scènes isolées. En regardant le tout, on constate immédiatement lorsque quelque chose cloche au niveau du rythme du film, or le rythme est déterminant. A un moment donné, nous avons constaté qu’on tombait en quelque sorte dans un trou lorsqu’il n’y avait plus de musique. Finalement, progressivement, il y a eu davantage de musique – maintenant il y en a 60 minutes, ce qui est beaucoup, surtout que je préfère normalement les films où il y a peu de musique. Mais dans ce cas, cela se justifiait, car la musique y joue un rôle important pour la transmission des émotions.

90 minutes, ce n’est pas seulement une durée habituelle pour les films de cinéma, mais également pour les concerts. Vous êtes également musicien et jouez notamment dans le groupe de Sophie Hunger: y a-t-il des parallèles à tirer?
Ce qui est comparable qu’il s’agisse d’un concert ou de la projection d’un film au cinéma: je suis tout autant excité. Car la musique est très différente à mon oreille en présence d’un public, mes sens sont beaucoup plus aux aguets. Ce qui est différent dans le cas d’un film comme par exemple «Bis ans Ende der Träume»: j’ai eu une demi-année pour construire une dramaturgie.

Est-ce que votre expérience en tant que musicien live influence votre travail pour les musiques de film?
C’est évident. En tant que musicien live, il s’agit de rechercher des moments de bonheur durant lesquels quelque chose de particulier se produit. Avec mes musiques de film, je cherche à recréer de tels moments.

Balz Bachmann (né en 1971 à Zurich) est imprimeur de formation et a étudié la contrebasse à la Swiss Jazz School de Berne. Depuis 1997, il est compositeur professionnel pour des longs-métrages et pour des films documentaires, dont «Yalom`s Cure (2015)», «Die Schwarzen Brüder» (2013), «Eine wen iig, dr Dällebach Kari» (2012), «Day is Done» (2011), «Giulias Verschwinden» (2009), «Sternenberg» (2004) et «Ernstfall in Havanna» (2002). Balz Bachmann est également actif en tant que musicien et a donné de nombreux concerts notamment avec Sophie Hunger et son groupe. Il est en outre Président de la Smeca, l’association professionnelle des compositeurs suisses pour les médias.
Balz Bachmann a déjà obtenu le Prix de Musique de Film de la Fondation SUISA en 2003 («Little Girl Blue») et en 2006 («Jeune homme», en collaboration avec Peter Bräker qui, avec Michael Künstle, a également participé au développement des thèmes musicaux pour le film «Bis ans Ende der Träume»). La distinction (25 000 francs) est remise annuellement en alternance dans les catégories long-métrage et film documentaire.
Le film «Bis ans Ende der Träume» raconte, dans une alternance de séquences documentaires et de fiction, l’histoire de la journaliste-voyageuse suisse Katharina von Arx (1928 – 2013) et du photographe français Freddy Drilhon (1926 – 1976). Tous deux étaient aventuriers, globe-trotters et amoureux. Le couple s’établit dans un couvent en ruine en Suisse romande et se trouve alors confronté à la question de la force de leur amour. La sortie du film au cinéma est prévue pour 2018.

Informations sur le Prix de Musique de Film de la FONDATION SUISA
Contribution vidéo sur le Prix de Musique de Film 2017 de la FONDATION SUISA sur Art-tv.ch

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La FONDATION SUISA attribue à Balz Bachmann le Prix de Musique de Film 2017 pour ses compositions originales pour le film documentaire de Wilfried Meichtry «Bis ans Ende der Träume». Markus Ganz, contributeur invité, s’entretient avec Balz Bachmann.

Balz Bachmann: «L’intuition et l’impact émotionnel sont plus importants que certains concepts figés»

«Chaque film est très individuel; je cherche donc pour chaque film un langage musical particulier», explique Balz Bachmann. (Photo: Patrick Hari)

Balz Bachmann, comment en êtes-vous arrivé à créer la musique du film documentaire de Wilfried Meichtry «Bis ans Ende der Träume»?
Balz Bachmann: il s’agissait de ma première collaboration avec Wilfried Meichtry, qui débutait en tant que réalisateur. Jusqu’ici, cet historien de formation avait travaillé, dans le domaine du cinéma, uniquement en tant que scénariste. Nous sommes entrés en discussion lors des Journées de Soleure et avons parlé de ce projet de film, et également...Continuer

«Avec un film contenant de la musique africaine, j’aurais probablement été plus libre»

Le compositeur suisse Niki Reiser a reçu le 7 août 2016 le Prix de Musique de Film de la FONDATION SUISA (25’000 francs) dans le cadre du Festival international du film de Locarno. Le Prix lui a été décerné pour la musique du film «Heidi» réalisé par Alain Gsponer. Le processus de composition pour cette musique de film a constitué un défi particulier pour Niki Reiser. Il raconte en interview que les deux thèmes «Heidi» et «Suisse» l’ont quelque peu bloqué au départ.

«Avec un film contenant de la musique africaine, j’aurais probablement été plus libre»

Niki Reiser (au milieu) a reçu le 7 août le Prix de Musique de Film de la FONDATION SUISA lors du Festival international du film de Locarno, et cela pour la troisième fois. De g. à d.: Mario Beretta (président du jury du Prix de Musique de Film), le lauréat Niki Reiser et Urs Schnell (Directeur de la FONDATION SUISA). (Photo: Otto B. Hartmann)

Niki, grâce à la bande-son du film «Heidi», tu as gagné pour la troisième fois le Prix de Musique de Film de la FONDATION SUISA. Quelle a été ta réaction lorsque tu as appris que tu avais gagné ce Prix?
J’ai bien entendu ressenti une grande satisfaction. La première récompense reçue de la FONDATION SUISA pour mon travail remonte à 2001. C’est très gratifiant de savoir que, 16 ans plus tard, mon travail est toujours apprécié et reconnu. Cela confirme que je suis encore dans le coup. Et le fait que le Prix soit attribué par un jury très compétent représente beaucoup pour moi.

Les compositeurs de musiques de film sont en règle générale un peu en arrière-plan. Le public connaît surtout les acteurs et le réalisateur. Est-ce important pour toi qu’une telle distinction puisse faire connaître ton travail de création?
Bien sûr, c’est réjouissant. Mais ce que j’apprécie encore plus, c’est quand des spectateurs viennent vers moi après avoir vu un film et me disent qu’ils ont prêté une attention particulière à la musique. Cela signifie que, pour eux, la musique n’est pas passée inaperçue et c’est important pour moi. On entend parfois l’affirmation suivante: «la bonne musique de film est celle qu’on ne perçoit pas.» Dans ma démarche, je souhaite que la musique de film soit perçue et bien présente, mais sans qu’elle soit au premier plan. Pour moi, cette distinction est un peu la cerise sur le gâteau. Mais ce qui est encore plus enthousiasmant, c’est que des personnes continuent à venir me voir et me disent: «La musique de ce film m’a beaucoup plu.» La musique n’est donc pas seulement en arrière-plan.

En tant que flûtiste, tu t’es produit par le passé avec différents groupes et tu as pu jouer tes propres compositions en direct pour un public. Ce contact direct avec le public te manque-t-il?
Ce qui me manque surtout, c’est d’avoir la possibilité de faire évoluer des compositions propres et de les interpréter différemment soir après soir. Avec la musique de film, c’est différent: une fois enregistrée et mixée, il n’est plus possible de la modifier. Dans le cas de la musique live, un morceau peut être modifié en cours de route – cet aspect me manque beaucoup. D’un autre côté, le travail au sein d’un groupe implique forcément certaines limites thématiques, ce qui n’est pas le cas avec la musique de film. Pour chaque film, il y a un autre thème.

Dans ton discours de remerciement lors de la cérémonie de remise du Prix, tu as expliqué que le processus de composition avait été difficile pour toi. En quoi ce processus a-t-il été particulier? Quelle approche as-tu adopté pour la composition de cette musique de film?
Ce qui a été particulier dans ce cas, c’est que les thèmes «Heidi» et «Suisse» m’ont davantage bloqué qu’inspiré dans un premier temps. En outre, il faut constater qu’on est beaucoup plus critique face à quelque chose qui nous est proche, avec une tendance à baisser les bras en disant: «cela ne convient pas et je ne vais rien trouver de satisfaisant.» Il y a une forme d’autolimitation. Si j’avais travaillé pour un film contenant de la musique africaine, j’aurais probablement été plus libre, car la proximité aurait été moins intimidante. Au début, j’ai connu de grandes difficultés. Le film commence avec une scène de vol. La consigne était la suivante: «compose quelque chose de léger, d’aérien.» Dans de telles circonstances, toutes mes écoutilles se ferment, car cela paraît être un défi insurmontable. L’essence de la musique est arrivée petit à petit, après de nombreux essais.

Tu as donc reçu des consignes concrètes sur la question de savoir comment la musique devait sonner?
Pas sur comment elle devait sonner, mais sur ce qu’elle devait provoquer. La musique devait transmettre de la légèreté et un aspect de flottement. En même temps, il fallait qu’elle exprime de la nostalgie, et comporter également une dimension de consolation. Mais plus les adjectifs se bousculent dans mon esprit et moins cela laisse de la place à l’inspiration musicale. Le plus souvent, un déclic a lieu lorsque la réflexion cesse, et quand je commence à composer. C’est seulement en jouant que les thèmes musicaux sont apparus.

Film pour enfants, film patriotique, belles images du monde alpestre – n’est-on pas tenté de recourir à des clichés musicaux?
Pas de doute, les images sont magnifiques. Si j’avais composé de la musique typiquement suisse, le tout aurait pu ressembler à un film publicitaire. Dans ces conditions, nous avons décidé d’éviter la jovialité des tonalités majeures et l’esprit suisse typique. Ce n’est pas que je n’aime pas les mélodies suisses, mais je ne voulais pas m’inscrire dans une tradition de mélodies populaires. En recourant à des tonalités mineures, nous ouvrions la porte à une dimension dramatique. Heidi est également un drame, et pas seulement un film pour enfants.

Il existe de nombreuses versions filmées de Heidi. En outre, certaines mélodies sont associées à cette histoire. La plupart des personnes vivant en Suisse ont un lien avec ce récit – et cela également pour les aspects musicaux. Est-ce que cela a influencé ton travail?
Non. Délibérément, je n’ai pas regardé les anciens films de Heidi. D’une part, pour ne pas être influencé et, d’autre part également pour ne pas me limiter; il peut arriver qu’on ne fasse pas telle ou telle chose uniquement parce que d’autres ont déjà fait un travail similaire. J’ai raconté l’histoire en me basant sur le personnage de Heidi. C’est-à-dire que la musique accompagne les émotions de Heidi et reflète en quelque sorte ses états d’âme. C’est donc davantage une histoire émotionnelle qu’une histoire helvétique. J’ai essayé de  créer une musique qui correspondrait aux émotions ressenties par un enfant.

Tu as composé une musique de film pour la première fois il y a 30 ans. Dans l’intervalle, la technique a beaucoup changé. Comment cela a-t-il influencé ta manière de travailler?
Pour Heidi, cela n’a eu aucune influence; j’ai enregistré chaque instrument en direct et n’ai utilisé aucun outil technique. Pour d’autres films, surtout des films plus modestes, les méthodes de travail ont davantage changé. J’ai la possibilité d’enregistrer et de retravailler la musique directement à mon domicile. Je peux ainsi créer toute la production pour un film sans sortir de chez moi! Le travail de composition n’a pas été modifié par l’évolution technologique. Il s’agit toujours de trouver des thèmes et des sons. En revanche, le processus de dialogue avec la table de montage a changé. Lorsque j’ai composé quelque chose, je peux envoyer par Internet des fichiers entiers avec des images et du son et discuter de questions de montage une demi-heure plus tard sur Skype. Par le passé, il fallait envoyer des bandes par la poste. Cela durait une semaine jusqu’à l’arrivée du matériel et une autre semaine jusqu’à ce que le réalisateur réagisse. La communication est devenue beaucoup plus rapide. Cela a également des aspects négatifs: par le passé, lorsque tout n’était pas encore numérique, le temps à disposition pour développer un travail était plus long. Aujourd’hui, tout va plus vite. Cela signifie que les idées doivent également germer plus vite.

Tu es membre de SUISA depuis 1986. En tant que compositeur, en quoi cette affiliation t’est-elle utile?
Je peux en toute confiance compter sur un revenu de base. En fait, il s’agit là de mon revenu principal. Les revenus tirés des films et les honoraires ne me suffiraient pas pour vivre. Les redevances de droit d’auteur garantissent que les comptes s’équilibrent à chaque fois en fin d’année. Parmi mes collègues, certains me disent que je devrais adhérer à la GEMA, parce que beaucoup de mes œuvres sont diffusées en Allemagne. Je ne sais pas si je vais changer un jour. SUISA n’est pas une gigantesque machine ; le personnel peut ainsi réagir plus rapidement.

Niki Reiser est né en 1958 à Reinach dans le canton d’Argovie et a grandi à Bâle. C’est par la pratique de la flûte traversière qu’il découvre sa passion pour la musique et il commence dès l’adolescence à composer pour divers groupes et formations musicales. Après la maturité, il suit des études au célèbre Berklee College Of Music de Boston (États-Unis), où il étudie le jazz et la composition classique, avec comme spécialisation la musique de film. C’est notamment grâce à ses longues années de collaboration avec les réalisateurs Dani Levy et Caroline Link que Niki Reiser se fait ensuite un nom dans le monde du cinéma allemand et international. Ses œuvres ont entre autres été récompensées à cinq reprises par le Prix du Film Allemand. Niki Reiser vit et travaille à Bâle, la ville de son enfance. (Texte: FONDATION SUISA) www.nikireiser.de
Le Prix de Musique de Film de la FONDATION SUISA (CHF 25’000) récompense des efforts extraordinaires dans le domaine de la composition de musique de film et a pour but de soutenir et de faire connaître les lauréats et lauréates tant sur le plan national qu’international. Le Prix est attribué chaque année en alternance dans les catégories long-métrage de fiction et film documentaire. Il est remis dans le cadre du Festival international du film de Locarno.
Composition du jury du Prix de Musique de Film 2016 de la FONDATION SUISA
• Président: Mario Beretta (compositeur de musique pour la scène et de musique de film, Zurich)
• Jürg von Allmen (ingénieur du son, Digiton Tonstudio, Zurich)
• André Bellmont (compositeur, chef d’orchestre, professeur à la Haute Ecole d’art de Zurich)
• David Fonjallaz (producteur de films, Lomotion AG, Berne)
• Zeno Gabaglio (compositeur et interprète, Vacallo)
• Corinne Rossi (directrice Praesens-Film AG, Zurich)
• Yvonne Söhner (responsable de production Baloise Session, festival de musique à Bâle, Ehrendingen)

Petit film sur Niki Reiser et sa musique de film pour «Heidi», sur Art-tv.

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Candidatures pour le Prix de Musique de film 2016 de la FONDATION SUISA

La musique de film est souvent quelque peu négligée. Le Prix de Musique de film de la FONDATION SUISA veut mettre en évidence l’importance du travail musical pour un film. Les candidatures pour le Prix de cette année, dans la catégorie «film de fiction» peuvent être déposées jusqu’au 13 mai 2016.

Prix de Musique de film Locarno Piazza

La remise du Prix de Musique de film de la FONDATION SUISA aura lieu en août dans le cadre du Festival international de Films de Locarno. (Photo: Vogel / Shutterstock.com)

«Il n’y a en fait aucune raison qui expliquerait pourquoi un compositeur exigeant, qui travaille avec des producteurs intelligents à un projet de film à vocation artistique n’aurait pas le droit de voir sa musique de film jugée selon les mêmes critères que ceux qui sont appliqués pour sa musique de concert.»

Cette citation d’Aaron Copland, tirée de l’ouvrage «Musique de film: les grands compositeurs de musiques de film – leur art et leur technique» de Tony Thomas, date de 1949. Copland, qui a marqué de son empreinte la musique contemporaine américaine «savante», a également composé de la musique de film.

L’importance de la musique de film

Aujourd’hui encore, la musique de film est souvent sous-estimée: «Précisément lorsqu’elle joue parfaitement son rôle. Il arrive alors fréquemment qu’on ne la perçoive quasiment pas, car on ne l’écoute pas de manière consciente – et c’est pourtant ainsi qu’elle remplit habituellement sa fonction», déclarait Mathias Spohr lors d’une interview pour le SUISAblog. Le musicologue et spécialiste des médias était le directeur artistique du coffret «Swiss Film Music» publié par la FONDATION SUISA. Cette anthologie offre avec trois CD, un DVD et un livre un fascinant aperçu de l’histoire de la musique de film suisse de 1923 à 2012.

Le jury du Prix de Musique de film de la FONDATION SUISA écoutera quant à lui attentivement les compositions proposées. La Fondation de promotion de la musique de SUISA décerne ce Prix depuis plus de 15 ans, et met ainsi en évidence l’importance des travaux musicaux pour le 7e art.

Prix 2016 dans la catégorie Film de fiction

La liste des lauréats précédents comprend les noms de compositeurs suisses de musique de film renommés tels qu’Alex Kirschner (lauréat en 2000), Balz Bachmann (2003 et 2006), Niki Reiser (2001 et 2011), les frères et sœurs Baldenweg (2010) et Marcel Vaid (2009). La distinction de l’année passée, décernée pour la première fois dans la catégorie Film documentaire, est revenue à Peter Scherer, qui se voyait ainsi remettre le Prix pour la deuxième fois après 2007.

En 2016, le Prix de Musique de film, avec 25 000 francs à la clé, sera décerné dans la catégorie Film de fiction. Peuvent être proposées des compositions originales intégrées à un film de fiction de 60 minutes au minimum, publié soit en 2015 soit en 2016. Les candidatures peuvent être déposées jusqu’au vendredi 13 mai 2016 dernier délai.

Vous trouverez à l’adresse ci-après des informations complémentaires sur la mise au concours et le règlement du Prix de Musique de film de la FONDATION SUISA: www.fondation-suisa.ch/fr/prix-et-bourses/prix-de-musique-de-film

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La remise du Prix de Musique de film de la FONDATION SUISA aura lieu en août dans le cadre du Festival international de Films de Locarno. (Photo: Vogel / Shutterstock.com)

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Filmmusikpreis-2015

Des mines réjouies lors de la remise du Prix de musique de film de la FONDATION SUISA le 7 août 2015 dans le cadre du Festival international de film de Locarno (d.g.à.d.): Zeno Gabaglio (membre du jury du Prix de musique de film 2015 et du Conseil de SUISA), Marco Blaser (Festival du film de Locarno), le lauréat Peter Scherer et Urs Schnell (Directeur FONDATION SUISA). (Photo: Giorgio Tebaldi)

Sincères félicitations pour l’obtention du Prix de musique de film 2015 de la FONDATION SUISA. Après 2007, c’est la deuxième fois que tu gagnes ce prix. Quelle est signification de cette distinction?
Il est bien entendu merveilleux de se voir témoigner une telle reconnaissance, et cela me touche beaucoup parce que ce prix est décerné par un jury de spécialistes reconnus.

Tu as obtenu le Prix de musique de film pour la bande originale du film documentaire «Dark Star – l’univers de Giger». HR Giger s’est fait connaître grâce à ses œuvres sombres et apocalyptiques et était une forte personnalité. Comment as-tu procédé pour la composition de la musique de ce film documentaire?
Tout d’abord, j’ai beaucoup discuté avec la réalisatrice, Belinda Sallin, pour bien comprendre comment le personnage principal allait être présenté et ce que le film souhaitait montrer. De nombreux films pourraient être tournés sur HR Giger, mais pour moi en tant que musicien, la question principale n’était pas celle de mon sentiment par rapport à HR Giger ou à ses œuvres, mais plutôt la suivante: quel est le point de vue adopté dans le film? De quoi parle le film et que souhaite-t-il montrer?
Ensuite, sur la base d’un extrait du film, j’ai essayé d’imaginer quel climat sonore pourrait convenir pour ce film. C’est la question la plus difficile, en plus de savoir à quels moments il serait judicieux d’utiliser de la musique. C’est généralement un long processus de recherche, d’esquisse et de choix.

HR Giger s’est souvent adressé à un public assez particulier, qui s’intéresse à des films sombres ou à de la musique rock plutôt dure. Dans quelle mesure pense-t-on, en composant, au public qui viendra voir le film?
Bien entendu, la personne qui crée un film a toujours en tête ce futur regard extérieur. Que ce soit au stade du scénario, lors du montage, pour le choix des acteurs ou d’un concept – on imagine toujours également un récepteur. On se demande quel sera l’effet du film, qu’est-ce qui pourra être transmis ou non. Dans cette optique, le spectateur est bien entendu important. Mais savoir si un certain groupe cible sera satisfait, cela ne joue aucun rôle, ni lors de la création du film ni pour la composition de la musique de film.

Connaissais-tu HR Giger?
Je ne le connaissais pas personnellement. Comme probablement la plupart d’entre nous, je connaissais ses créations, ou plutôt ses œuvres les plus en vue et peut-être les plus accessibles. En lien avec la création de ce film, j’ai beaucoup appris sur sa personne, et notamment qu’il avait eu de nombreuses activités très diverses à côté de son travail d’artiste. La réalisatrice a délibérément voulu montrer HR Giger en tant qu’être humain, son côté fascinant, et mettre en évidence le caractère riche de sa vie.  Son intention était également de déconstruire certains préjugés et de faire connaître des facettes ignorées de Giger.

HR Giger a-t-il fixé certaines exigences par rapport au film ou à la musique du film, ou avez-vous été complètement libres, la réalisatrice et toi?
Il n’était malheureusement déjà plus de ce monde lorsque j’ai commencé mon travail de composition. Mais la réalisatrice m’a dit  qu’il était satisfait de la forme que prenait le film.

En plus  de la musique de film, tu composes et joue également de la musique électronique minimaliste. Tu connais donc différentes facettes de la création musicale. Quel est ton sentiment sur les changements au niveau du business musical, avec notamment de grandes évolutions ces dernières années en ce qui concerne les supports sonores? Un compositeur de musique de film est-il touché par ces évolutions?
Il y a différents univers et différentes réalités. Par exemple, de nombreux groupes vivent principalement grâce à leurs concerts. Dans le secteur de la musique de film, nous sommes moins directement touchés par le recul dans le marché des supports sonores. Les supports sonores ne constituent qu’une très petite partie de mon activité.

Quels sont tes prochains projets?
Je me réjouis de pouvoir réaliser un projet avec Markus Imhof. Il tourne en ce moment un film sur le thème de la migration, une problématique très actuelle, qui m’intéresse beaucoup. Il est un très grand réalisateur. En outre, j’écris la musique d’un film documentaire de Heidi Specogna sur un thème politique, qui concerne la République centrafricaine. D’autres projets sont prévus, mais je ne peux rien en dire pour l’instant.

Plein succès et un tout grand merci pour l’entretien.

Peter Scherer est compositeur, pianiste et guitariste. Il est né en 1953 à Zurich. Il a obtenu son diplôme de pianiste en 1977 au Conservatoire de Bâle et a ensuite étudié la théorie et la composition à la Hamburger Hochschule für Musik und darstellende Kunst. En 1980, il s’est installé à New York, où il a travaillé principalement dans le domaine de la musique électronique, et a créé le duo noise pop Ambitious Lovers. En tant que musicien de studio, producteur ou arrangeur, Peter Scherer a collaboré avec de nombreux artistes, dont notamment Laurie Anderson, Arto Lindsay, Caetano Veloso, John Zorn et Bill Frisell. Dès la fin des années huitante, il a régulièrement écrit de la musique pour des projets multimédias et de danse. Depuis 2010, Peter Scherer vit à nouveau à Zurich, sa ville d’origine, et il se concentre principalement sur la musique de film. Ses compositions pour le long-métrage «Marmorera» (metteur en scène: Markus Fischer) lui ont permis d’obtenir en 2007 une première fois  le Prix de musique de film de la FONDATION SUISA. Parmi ses travaux les plus connus, il  y a la musique du film de Markus Imhof «More Than Honey», pour laquelle Peter Scherer a gagné en 2013 le Prix du cinéma suisse pour la meilleure musique. (Texte: FONDATION SUISA)
Le Prix de musique de film de la FONDATION SUISA (CHF 25 000.-) récompense des prestations extraordinaires dans le domaine de la composition de musique de film et a pour objectif d’apporter un soutien aux lauréates et aux lauréats, et de les faire mieux connaître en Suisse et à l’étranger. Le Prix est décerné chaque année à l’occasion du Festival international du film de Locarno, en alternance dans les catégories film de fiction et film documentaire.

Le jury du Prix de musique de film 2015:
Jürg von Allmen (studio d’enregistrement Digiton, Zurich)
André Bellmont (Haute école d’art, Zurich)
Mario Beretta (compositeur de musique de film et de musique pour la scène, Zurich)
Zeno Gabaglio (compositeur et interprète, Vacallo)
Corinne Rossi (Praesens Film, Zurich)
Yvonne Söhner (anciennement Radio et Télévision Suisse SRF, Ehrendingen)

Sujet sur Peter Scherer et sa musique pour le film «Dark Star – l’univers de HR Giger» sur art-tv

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Lors du Festival international du film de Locarno en août,  le compositeur suisse Peter Scherer a reçu le Prix de musique de film 2015 de la FONDATION SUISA. Il s’est ainsi vu remettre un montant de 25 000 francs suisses pour la musique du film «Dark Star – l’univers de HR Giger» de la réalisatrice Belinda Sallin. Lors d’un entretien avant la cérémonie d’attribution, Peter Scherer, membre de SUISA, a notamment évoqué les difficultés particulières rencontrées lors de la composition d’une musique de film.

Filmmusikpreis-2015

Des mines réjouies lors de la remise du Prix de musique de film de la FONDATION SUISA le 7 août 2015 dans le cadre du Festival international de film de Locarno (d.g.à.d.): Zeno Gabaglio (membre du jury du Prix de musique de film 2015 et du Conseil de...Continuer

En 2015, le Prix de la musique de film sera attribué dans la catégorie «film documentaire»

Le Prix de musique de film de la FONDATION SUISA (15 000 francs) sera décerné en 2015 pour la première fois dans la catégorie «film documentaire». Dès maintenant, le Prix sera remis, toujours annuellement, alternativement entre les catégories film de fiction et film documentaire. Les dossiers de candidature pour le Prix de cette année peuvent être envoyés jusqu’au 15 mai 2015. Texte: Marcel Kaufmann, FONDATION SUISA

Filmmusikpreis-2014-Preisverleihung

Attribution du Prix de musique de film 2014: le lauréat Roman Lerch (au centre) présente la distinction (15 000 francs), reçue pour sa première grande musique de film («Shana – The Wolf’s Music»). A côté du lauréat, Urs Schnell (à g.), Directeur de la FONDATION SUISA, et le Président du jury Marco Blaser (à d.). (Photo: Otto B. Hardmann)

Le Prix de musique de film 2015 de la FONDATION SUISA est ouvert aux compositions originales pour films documentaires d’une durée totale de 60 minutes au minimum, sortis soit en 2014 soit en 2015. Les compositrices et compositeurs ayant un rapport avec la création musicale suisse actuelle sont invités à présenter leur candidature en soumettant leurs œuvres jusqu’au 15 mai 2015. Il est possible de proposer des candidatures de tiers.

Les compositions reçues seront évaluées par un jury constitué de spécialistes. La cérémonie d’attribution aura lieu le 7 août 2015 dans le cadre du Festival international du film de Locarno.

Informations, règlement et inscription au Prix de musique de film

Les formulaires d’inscription, le règlement et toutes autres informations utiles sont accessibles à l’adresse suivante: www.fondation-suisa.ch/prix-musique-de-film

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Le Prix de musique de film de la FONDATION SUISA (15 000 francs) sera décerné en 2015 pour la première fois dans la catégorie «film documentaire». Dès maintenant, le Prix sera remis, toujours annuellement, alternativement entre les catégories film de fiction et film documentaire. Les dossiers de candidature pour le Prix de cette année peuvent être envoyés jusqu’au 15 mai 2015. Texte: Marcel Kaufmann, FONDATION SUISA

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Attribution du Prix de musique de film 2014: le lauréat Roman Lerch (au centre) présente la distinction (15 000 francs), reçue pour sa première grande musique de film («Shana – The Wolf’s Music»). A côté du lauréat, Urs Schnell (à g.), Directeur de la FONDATION SUISA, et le Président du jury Marco Blaser (à d.). (Photo: Otto B. Hardmann)

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