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Avancer dans son propre univers

Cécile Marti fait partie des protagonistes les plus remarquables de la musique contemporaine en Suisse. Dans ses œuvres, la compositrice et sculptrice essaie de réunir différentes formes d’expression en un grand tout. Le ballet devrait prochainement se joindre au dialogue entre la musique et la sculpture. La FONDATION SUISA soutient la vision artistique de la Zurichoise en lui attribuant une Carte Blanche d’un montant de 80 000 francs. Texte de Rudolf Amstutz, contributeur invité – La versione italiana del testo si trova sotto

Cécile Marti: Avancer dans son propre univers

Carte Blanche pour Cécile Marti. (Photo: Suzie Maeder)

On pense généralement que l’on devrait dissocier une œuvre artistique de son auteur. Cela n’est guère possible dans le cas de Cécile Marti. En effet, un seul jour de son existence l’a non seulement contrainte à faire une croix sur son plus grand rêve, mais également conduite, après une longue période de souffrance, sur la voie qui lui permet de célébrer aujourd’hui des succès artistiques.

Enfant déjà, la Zurichoise de 45 ans était empreinte de cette intransigeance avec laquelle elle poursuit aujourd’hui ses visions artistiques: «Dès mon plus jeune âge, je le savais: je serais violoniste. Violoniste, un point c’est tout.» Elle commence à jouer du violon à huit ans, et se met au piano peu après. Alors qu’elle assiste à un concert de la violoniste Bettina Boller, une chose est claire: elle veut prendre des leçons avec elle. La volonté déplace des montagnes et la jeune Cécile devient la seule élève à bénéficier de cours particuliers. «Cette période a été un tremblement de terre musical pour moi», s’exalte l’artiste. «Bettina Boller m’a sensibilisée à la nouvelle musique. À douze ans, j’écoutais déjà Alfred Schnittke. Il n’y avait plus aucun doute après cela: je devais aller au Conservatoire et faire du violon le pivot central de ma vie.»

Le rêve se brise

Cécile Marti baisse le regard une fraction de seconde, avant de poursuivre: «À 17 ans, je donnais déjà mes propres leçons, à 18 ans je fréquentais le Conservatoire et participais à des projets d’orchestre de Mahler à Bruckner. C’était merveilleux. Mais à 20 ans, le coup de massue!» Cécile est victime d’un accident vasculaire cérébral qui la paralyse d’un côté. Le rêve se brise du jour au lendemain. «Je refusais d’y croire et j’ai essayé toutes les thérapies imaginables pendant trois ans. Je me suis battue jusqu’à ce que je sois au bout de mes forces.»

Cécile Marti bannit son violon au grenier et n’écoute plus de musique pendant cinq ans. «La blessure était trop profonde.» Comme elle le dit elle-même, cette période est pour elle «une traversée du désert». Jusqu’au moment où son subconscient commence à se manifester. «Soudain, je me suis mise à entendre de la musique dans ma tête. Et j’ai commencé à l’écrire. Ça a été le début de mon activité de composition.»

Les études de composition commencent avec Dieter Ammann, et c’est là qu’elle découvre la temporalité. Sa rencontre avec le compositeur autrichien Georg Friedrich Haas au cours de ses études lui ouvre soudain une dimension supplémentaire pour l’élaboration de ses propres œuvres. Contrairement à Ammann, Haas entretient une relation avec la temporalité jusqu’ici inconnue pour elle. «Il prend un temps incroyable pour une idée, jusqu’à ce qu’il l’ait totalement exploitée. Cette idée se transforme ensuite lentement en une nouvelle idée. J’étais fascinée par ce lent processus de transformation. Il en résulte une écoute complètement différente et une toute autre notion du temps.»

Une écoute sculpturale

Avec le recul, ce n’est pas un hasard si Cécile Marti s’est sentie attirée par les possibilités des temporalités les plus diverses. Et c’est encore moins un hasard qu’elle se soit mise à composer et à sculpter au même moment. D’un côté le cours de sa vie brusquement interrompu par un accident vasculaire cérébral qui finalement débouche sur quelque chose de nouveau, et de l’autre la pierre brute qui nécessite force, endurance et volonté pour se transformer en une sculpture aboutie: la dialectique entre biographie et réflexion artistique est indéniable.

Elle explique également la voie qu’elle a empruntée et qui se distingue clairement de la carrière classique. «D’ordinaire, on compose sur mandat de quelqu’un. J’ai surtout suivi mes propres idées», explique-t-elle déterminée. Au début, son directeur de thèse à Londres (Cécile Marti a rédigé sa thèse de doctorat sur le thème de la temporalité musicale) a exprimé des doutes quant à ses plans de composition. «Il disait: tu écris tout simplement dans le vide», raconte-t-elle en souriant. «Tu ne trouveras jamais d’orchestre pour cela.» Il faisait référence ici au cycle pour orchestre «Seven Towers», une suite de sept morceaux pour 120 musiciens d’une durée de 80 minutes, dont la première représentation par l’OSBS s’est tenue à Bienne en 2016, et dont certains morceaux ont été rejoués par l’Orchestre Symphonique de Berne, le Geneva Camerata et le Basel Sinfonietta depuis sa création.

Dans cette œuvre, qui coupe littéralement le souffle, l’orchestre dans son ensemble rappelle également une sculpture que l’on découvre sous différents angles. «Les gens me disent que ma musique s’écoute et se ressent de manière sculpturale et je pense en effet qu’elle est très gestuelle et plastique. J’aime l’idée que l’on puisse envisager les choses sous les angles les plus divers, et il existe effectivement une interaction entre mes sculptures et mes compositions.»

«Le plus beau des cadeaux»

Cécile Marti souhaite pousser cette interaction encore plus loin avec un nouveau projet, à savoir un ballet. L’idée lui est venue il y a trois ans, alors qu’elle assistait à une chorégraphie de la Canadienne Crystal Pite dans un théâtre londonien. «Ça a été un coup de foudre pour moi», s’emballe-t-elle. «Je n’avais encore jamais assisté à un spectacle de danse lors duquel j’avais immédiatement ressenti l’envie de collaborer avec la chorégraphe.» Selon Cécile Marti, Crystal Pite fait en danse exactement ce qu’elle fait elle-même en musique. «Elle travaille aussi de manière sculpturale, avec l’aide de grands groupes. Elle façonne ensuite cette masse dans toutes les directions imaginables.»

Le fait que Crystal Pite ait été séduite par le projet mais que son emploi du temps d’étoile montante de la scène chorégraphique soit surchargé jusqu’en 2026 n’empêche pas Cécile Marti de poursuivre cette idée. Durant sa période sans musique, elle a écrit des dizaines de journaux intimes qui ne sont pas uniquement l’héritage d’une sombre période, mais qui décrivent aussi le début d’une nouvelle vie. Ces écrits devraient servir de base à un ballet d’action autobiographique sous une forme encore inédite.

Qu’il s’agisse du ballet dont la première partie a été d’abord présentée sous forme de concert à Varsovie en septembre 2019, ou du Quatuor à cordes n° 2 présenté au cours du même mois (son titre «In Stein gemeisselt» (Gravé dans la pierre) laisse déjà présager de la présence de 26 sculptures en pierre) : la démarche proposée pour rendre visible la temporalité est aussi bien au centre du travail créatif de Cécile Marti que de son travail de recherche. En toute logique, elle continue donc de travailler sur le concept «Seven Towers» afin d’en faire à l’avenir également une expérience physiquement sculpturale.

La «Carte Blanche» de la FONDATION SUISA lui permet désormais de se consacrer sans pression au développement de ce projet. «La Carte Blanche est simplement le plus beau des cadeaux que l’on puisse imaginer», s’enthousiasme-t-elle. «Je cherche à réaliser des choses qui me tiennent à cœur et qui peuvent sembler impopulaires sur le papier. Mais mon travail doit être précis en termes de contenu, et aussi authentique que possible. C’est pourquoi des contraintes temporelles ne devraient y jouer aucun rôle.»

L’artiste doit avoir ressenti le coup du destin qui l’a frappée à 20 ans comme un trou noir absorbant toute la matière. Le big-bang qui s’est produit après des années d’obscurité, et dont est né un univers totalement nouveau, unique et encore inexploré en de nombreux endroits, est d’autant plus impressionnant.

www.cecilemarti.ch

C’est en 2018 que la FONDATION SUISA a commencé à allouer ses nouvelles contributions à la création. La «Carte Blanche» de 80 000 francs, qui n’est pas mise au concours mais se voit directement attribuée tous les deux ans par un jury de professionnels, doit permettre au créateur/à la créatrice de musique qui en bénéficie de se concentrer sur ses projets artistiques sans pression financière.


Alla scoperta di un nuovo universo

Cécile Marti è una delle protagoniste di maggior spicco della musica svizzera contemporanea. Nelle sue opere la compositrice e scultrice cerca di avvicinare forme espressive diverse per ottenerne un tutt’uno coeso. In futuro, al dialogo tra musica e scultura si aggiungerà anche il balletto. FONDATION SUISA sostiene la visione artistica della talentuosa zurighese con una Carte Blanche da 80’000 franchi svizzeri. Contributo ospite di Rudolf Amstutz

Cécile Marti: Alla scoperta di un nuovo universo

Carte blanche a Cécile Marti. (Foto: Suzie Maeder)

È convinzione diffusa che l’opera non vada confusa con il suo autore. Un’impresa che ha dell’impossibile nel caso di Cécile Marti – perché in un solo giorno la vita non solo l’ha costretta a chiudere per sempre il suo sogno più grande nel cassetto dei ricordi ma l’ha anche condotta, al prezzo di tante sofferenze, ai suoi odierni successi artistici.

La 45enne di Zurigo ha sempre perseguito le sue mire artistiche senza sconti né compromessi e lo ha fatto sin da bambina: «Mi era chiaro sin da piccola: volevo diventare violinista. Violinista e nient’altro.» Così, a otto anni, ha imbracciato il violino e poco dopo ha iniziato anche con il pianoforte. A un concerto di Bettina Boller ha poi partorito un altro proposito: «Voglio prendere lezioni da quella violinista.» La forza di volontà, si sa, fa miracoli e difatti la Boller divenne l’insegnante privata della giovane Cécile. «Per me quel periodo è stato un terremoto sul piano musicale», ricorda entusiasta la Marti. «Bettina Boller mi ha avvicinata alla Neue Musik. A 12 anni ascoltavo già Alfred Schnittke. A quel punto ho capito che dovevo andare assolutamente al conservatorio e fare del violino l’unica priorità della mia vita.»

La fine di un sogno

Prima di proseguire, la Marti abbassa lo sguardo per una frazione di secondo: «A 17 anni davo già lezioni, a 18 seguivo il conservatorio e vari progetti orchestrali che spaziavano da Mahler a Bruckner. È stato grandioso. A 20 anni, però, è arrivata la batosta.» Colta da un ictus, la Marti si è ritrovata emiplegica. Così il suo sogno è sfumato da un giorno all’altro. «Non volevo rendermene conto e per tre anni ho tentato ogni terapia possibile e immaginabile. Ho lottato fino allo stremo delle forze.»

Bandito il violino in soffitta, Cécile non ha ascoltato più musica per cinque anni. «La ferita era troppo grande.» In quel periodo – queste le parole dell’artista stessa – le sembrava di essere «in un deserto». Fino a quando il subconscio non ha cominciato a farsi sentire. «All’improvviso ho sentito la musica dentro me stessa. E ho cominciato a buttarla giù su carta. È così che è iniziata la mia attività di compositrice.»

Cécile ha quindi iniziato a studiare composizione da Dieter Ammann, confrontandosi per la prima volta con le progressioni temporali che si compiono da un momento all’altro. L’incontro con il compositore austriaco Georg Friedrich Haas, risalente al periodo degli studi, l’ha poi proiettata in una nuova dimensione della produzione componistica. A differenza di Ammann, Haas praticava infatti un approccio alle forme di progressione del tempo che la Marti ignorava. «Dedicava tantissimo tempo a un’idea e continuava fino a quando non l’aveva completamente sviscerata. E poi quella stessa idea, vorticando, si innestava lentamente in un’altra. Sono rimasta affascinata da questa lenta trasformazione. Questo approccio dà luogo a un ascolto e a una percezione del tempo assolutamente nuovi.»

L’ascolto scultoreo

In retrospettiva, non è un caso che la Marti sia stata ammaliata dalle tante forme possibili di progressione temporale. E non è nemmeno un caso che l’inizio della sua attività compositiva coincida proprio con la scoperta della scultura. La progressione di una vita che, interrotta repentinamente dall’ictus, sfocia in un qualcosa di nuovo; e la pietra viva, che la forza, la costanza e la forza di volontà trasformano in una scultura compiuta – c’è una dialettica innegabile tra biografia e opera artistica.

Questo dialogo spiega anche la strada battuta dalla Marti – una strada che si distingue nettamente dalla classica carriera di artista. «Generalmente le composizioni nascono su commissione di qualcuno. Io ho seguito quasi sempre le mie idee», spiega Cécile in tono deciso. Inizialmente il direttore della sua tesi di dottorato (incentrata sulle progressioni temporali nella musica) era scettico rispetto alle mire componistiche della Marti. «Mi diceva che scrivevo a vanvera», racconta sorridendo. «Non troverai mai un’orchestra per le tue opere.» Si riferiva a «Seven Towers», un ciclo in 7 parti della durata di 80 minuti concepito per 120 musicisti, la cui prima è stata eseguita dalla SOBS di Bienne nel 2016. Dalla sua genesi alcuni brani sono stati persino interpretai dalla Berner Symphonieorchester, dalla Geneva Camerata e dalla Sinfonietta Basel.

In questa opera che mozza (letteralmente) il fiato il complesso orchestrale ricorda una scultura da sentire e vivere in vari modi. «La gente mi dice che la mia musica si sente e si percepisce come una scultura. Penso che sia effettivamente molto gestuale e plastica. Mi piace l’idea di poter osservare le cose dai punti di vista più diversi e difatti c’è una vera e propria interazione tra il mio lavoro di scultrice e le mie composizioni.»

«Il dono più grande»

Ora Cécile Marti punta a estendere questa interazione con un nuovo progetto – e intende farlo con il balletto. L’idea le è venuta tre anni fa mentre assisteva a una rappresentazione coreografica della canadese Crystal Pite in un teatro londinese. «Sono stata folgorata», ricorda emozionata la Marti. «Era la prima volta che vedevo uno spettacolo di danza che facesse scattare in me il desiderio di collaborare con un coreografo.» Cécile vede nella Pite la sua omologa nel mondo del balletto. «Anche il suo lavoro è scultoreo e fa ricorso a grandi gruppi. Poi dà forma a questa massa muovendosi in tutte le direzioni possibili e immaginabili.»

La Pite era favorevole al progetto ma l’astro nascente della danza aveva ingaggi a non finire fino al 2026. Ciononostante la Marti non ha abbandonato l’idea. Durante il periodo in cui non ha ascoltato la musica ha scritto decine di diari che testimoniano non solo un periodo buio ma anche l’inizio di una nuova vita. Queste memorie costituiranno le basi di una rappresentazione coreografica dalla trama autobiografica che non ha precedenti.

L’opera creativa e sperimentale della Marti è incentrata sulla visualizzazione delle forme di progressione temporale. Prova ne sono il balletto, la cui prima parte è stata eseguita in anteprima, seppur solo a livello concertistico, a Varsavia nel settembre 2019, e la composizione per quartetto d’archi (altra prima risalente allo stesso periodo) il cui titolo «Scolpito nella pietra» (originale «In Stein gemeisselt») rimanda alla presenza di 26 opere in pietra. Per questo, Cécile continua a lavorare con coerenza anche al concetto di «Seven Towers», con l’intento di renderlo percettibile a livello fisico e scultoreo.

Ora la Carte Blanche di FONDATION SUISA le consente di perseguire questo obiettivo con la dovuta serenità. «La Carte Blanche è il dono più grande che ci si possa immaginare», afferma emozionata Cécile. «Perseguo ciò che mi sta a cuore e che, sulla carta, potrebbe non riscuotere consensi. Il mio lavoro, però, deve essere il più preciso e autentico possibile sul piano contenutistico. Per farlo occorre disinnescare il fattore tempo.»

La sventura che ha travolto la Marti a 20 anni deve esserle sembrata un buco nero che inghiotte tutto ciò che lo circonda. Il big bang scaturito da anni di oscurità, che ha dato vita a un universo assolutamente nuovo, unico e in parte ancora sconosciuto, lascia a maggior ragione esterrefatti.

www.cecilemarti.ch

Nel 2018 la FONDATION SUISA ha iniziato ad assegnare nuovi contributi alla creazione. La «Carte Blanche» da 80’000 franchi non viene bandita ma assegnata direttamente da una giuria di specialisti a cadenza biennale. Il suo scopo è permettere ai musicisti di maturare dal punto di vista artistico con la dovuta serenità finanziaria.

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La culture et les médias en Suisse romande

D’une façon générale, la situation s’améliore. Les créateurs culturels et artistiques sont mieux perçus et acceptés par nos médias. Une prise de conscience s’opère en ce que les créateurs romands ne sont plus systématiquement comparés à ceux de Paris (voire Londres, New York, etc). Leurs qualités, mais aussi les difficultés qui peuvent être les leurs donnent droit à un minimum de considération, ceci est maintenant admis. Carte blanche à Claude Prélo, Président de l’Académie Romande

Claude-Prelo-Portrait

Claude Prélo, Président de l’Académie Romande, est membre de SUISA depuis 1959. (Photo: DR)

Avant d’aborder le cas des écrivains, poètes, dramaturges, puis celui des cinéastes, des compositeurs classiques et des artistes lyriques, envisageons la situation des «chansonniers», auteurs, compositeurs (interprètes ou non), qui est la plus problématique puisque ce secteur ne comporte aucun critère (contrairement au secteur lyrique, par ex.). Et c’est justement pour cette raison bien précise que des critères de substitution remplacent ce vide: critères qui sont la notoriété, la perfection technique – donc, indirectement (ou directement) la fortune. Parfois, ce critère est simplement un aspect juvénile, mignon …

Considérons un(e) artiste de chez nous, inconnu(e) – ou connu(e) au plan local: il travaille «à côté» pour gagner sa vie et ne dispose que de peu de temps. Il met plusieurs années pour réaliser un disque: peut-être cinq ans, parfois dix! (Preuves à l’appui.) Il doit tout faire lui-même, connaître à fond la musique, jouer de plusieurs instruments, peut-être réaliser la prise de son et les mixages, dessiner la jaquette et le livret de son CD … Ce qui représente d’innombrables heures de travail.

Tout ceci est méritoire et respectable; tout ceci mérite, au minimum, des encouragements! Autre chose que le mépris, le silence (aucune réponse) ou des réponses comme «vos chansons ne sont pas assez abouties» ou encore «même quand vous aurez 80 ans, elles ne seront pas diffusées». Ont-elles seulement été écoutées? Pas toujours, nous le savons. En entier? Rarement, cela est notoire. AU MIEUX UNE SEULE FOIS: impossible de lutter contre des chansons que l’on entend depuis des dizaines d’années – parfois 50 ans et plus!

Raison pour laquelle la plupart des programmateurs ont été longtemps incapables de détecter la qualité dans les chansons inédites: seules étaient appréciées à leur juste valeur les oeuvres connues de (très) longue date. (Même à Paris, durant la grande époque du «show-biz», il n’existait que quelques spécialistes capables d’anticiper, de prévoir, à l’écoute de chansons inconnues, celles qui pouvaient plaire, éventuellement devenir des succès en cas de grande diffusion.) De telles aptitudes supposent beaucoup de flair, une réelle formation. Mais, là encore, les choses progressent.

Pour revenir aux artistes romands, ceux-ci ont su, durant longtemps, que toute création de leur part serait considérée d’office comme «insuffisante», «démodée», «n’entrant pas dans le cadre des programmes», «ne correspondant pas au format de LEUR radio», «insuffisamment abouties» etc. Et ceci QUOI QU’ILS FASSENT!

Encore actuellement, certains souffrent, depuis des années, de dépression sévère; un mal qui peut conduire au suicide, comme cela s’est déjà produit. Et pourtant, les créateurs artistiques ne font rien de mal, et ils le savent.

Répétons-le, leurs disques n’auraient jamais dû être comparés aux productions OFFICIELLES de Paris et autres grandes capitales.

Mettons maintenant en parallèle la vie d’un artiste connu, introduit, «immergé» dans le système francilien, américain, etc. Souvent, il est né dans le milieu du spectacle; peut-être, même, que l’un de ses parents est déjà une star! Il peut consacrer TOUT SON TEMPS et toute son énergie à son activité artistique. Il possède notoriété, fortune, relations (interconvertibles comme chacun le sait). Il n’a aucun souci technique, matériel ou d’intendance. Les meilleurs auteurs, compositeurs, orchestrateurs, musiciens, studios, sont à sa disposition… En cas de besoin, les meilleurs professeurs de chant, phoniatres, etc. seront à son service. De même que les meilleurs coiffeurs, maquilleurs, photographes, tailleurs. Parfois (ou régulièrement), on importe à son intention des productions musicales éprouvées (Etats-Unis, Brésil, etc.) dont le succès est acquis par avance. D’autre part, ses disques sont, en général, produits, présentés, promus, par des «labels» dont le poids – psychologique autant qu’économique – ne saurait être nié. Et ce n’est pas (encore) tout: il peut aussi arriver que notre artiste apparaisse sur «France Dimanche», «Ici Paris», voire «Paris Match»!

Il est heureux que les comparaisons entre artistes romands et «officiels» de grands pays appartiennent maintenant au passé: pour les raisons dites ci-dessus, elles étaient véritablement irrationnelles, insensées. De telles comparaisons excluaient, d’emblée, tout créateur suisse. A ce propos, le programmateur d’une de nos radios locales disait: «Quand je reçois un disque provenant de Suisse romande, je ne l’écoute même pas… c’est la poubelle!».

Un «chansonnier» romand d’un certain âge disait: «D’accord qu’on ne puisse pas devenir vedettes internationales avec nos chansons, mais qu’on n’ait rien le droit d’en faire DU TOUT; on ne pourra jamais l’admettre!».

Or, lentement mais sûrement, une idée fait son chemin: celle d’une radio nationale, en quatre langues, consacrée (totalement) aux cultures suisses – donc à leurs musiques. En ce qui nous concerne, une radio exclusivement romande est maintenant indispensable. Elle mettrait un point final, enfin, à toute discrimination musicale anti-romande.
Où serait le mal? La question se pose! …

Un autre concept est de mieux en mieux accepté: c’est celui de la priorité – ou tout au moins de la préférence – sur les ondes en fonction de l’âge des créatrices et créateurs, de l’amplitude de leur œuvre.

Ceux qui débutent (4 ou 5 chansons) peuvent attendre quelques temps puisque d’autres attendent depuis de nombreuses décennies – parfois 50 ans et plus – un accès normal aux ondes radio et télévision.

A ce niveau-là le hasard intervient de plus en plus rarement dans les choix, et c’est tant mieux.

Tout ceci exposé – et pour conclure – il serait intéressant de savoir si les créateurs artistiques alémaniques souffrent de la concurrence de Berlin, si nos collègues italophones pâtissent de la concurrence de Rome (ou Milan?) comme nous souffrons de celle de Paris.

Cette carte blanche reflète l’opinion personnelle de l’auteur et n’engage pas la rédaction ou SUISA.

Texte révisé à la demande de l’auteur le 2.9.2016.

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Claude Prélo, Président de l’Académie Romande, est membre de SUISA depuis 1959. (Photo: DR)

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«Trouver sa voie dans le monde professionnel de la musique? Respect!»

A propos de la musique comme composante essentielle de notre vie, de la découverte d’artistes, des possibilités du commerce en ligne, des moments magiques offerts par les concerts et de l’encouragement de la musique suisse dès les premiers pas. Carte blanche à Hedy Graber, Cheffe de la division Culture et affaires sociales, Fédération des coopératives Migros

Hedy-Graber-Porträt

Hedy Graber, née en 1961, a étudié l’histoire de l’art et la littérature allemande à l’Université de Genève, ainsi que la photographie à l’Ecole d’Arts Visuels. La «cheffe de la culture de Migros» apprécie beaucoup les moments magiques offerts par les concerts: «A mon avis, rien ne va au-delà de ce qui peut se passer musicalement sur une scène.» (Photo: Nathalie Bissig)

Récemment, dans le TGV qui m’emmenait en vacances dans le sud de la France, j’ai enfin à nouveau eu l’occasion de dévorer plusieurs journaux. Je suis alors tombée sur une critique élogieuse de «Taziri», l’album de deux musiciens que je ne connaissais pas, Titi Robin et Mehdi Nassouli. Ma curiosité ayant été éveillée, j’ai téléchargé cet album sur Spotify et ai beaucoup aimé cette musique. Il y a quelques années, j’aurais certes noté le nom du groupe, mais des semaines se seraient certainement écoulées jusqu’à un éventuel achat en magasin. Je profite de plus en plus des possibilités offertes par le commerce en ligne, en sachant que les droits des artistes sont respectés, c’est-à-dire que ceux-ci toucheront leurs droits. Je serais passée à côté de beaucoup de musique et de beaucoup de découvertes – comme l’album mentionné – si les possibilités de téléchargement immédiat n’avaient pas existé.

Le Pour-cent culturel Migros a créé son propre label de CD Musiques Suisses en 1987, pour la musique classique suisse, le jazz suisse et la nouvelle musique populaire, avec comme objectif de constituer en quelque sorte des archives vivantes de la musique suisse. Il est vrai que les ventes de CD diminuent également constamment pour Musiques Suisses, mais le téléchargement constitue dans ce cas un moyen d’accéder rapidement et aisément à la musique. Nous constatons que «notre» musique est écoutée par un cercle grandissant d’amateurs, particulièrement au Japon, mais également dans d’autres pays éloignés. Les musiciennes et musiciens présentés dans le cadre de Musiques Suisses gagnent ainsi en notoriété, et c’est réjouissant.

La musique fait partie de nos vies, de la musique qui nous fait patienter au téléphone à la musique de fond dans les magasins en passant par celle des musiciens de rue. Ces sons parviennent à nos oreilles souvent indépendamment de notre volonté. La musique, probablement l’art le plus immédiat, devient une composante de notre environnement immédiat. Et c’est précisément pour cela qu’il devient important de savoir distinguer et écouter de manière attentive. Et où peut-on le faire mieux qu’en concert? A mon avis, rien ne va au-delà de ce qui peut se passer musicalement sur une scène: interprétation, nuances, jeu d’ensemble, talent, forme du jour et public, tels sont les ingrédients nécessaires pour une grande authenticité et des moments magiques. Comme lorsque le chef d’orchestre italien Claudio Abbado parvient à donner l’impression que les notes s’immobilisent dans l’espace ou que la chanteuse nigériane de hip-hop et de soul Nneka imprime une formidable tension aux rythmes et aux paroles.

Le Pour-cent culturel Migros tient également à accompagner les jeunes musiciennes et musiciens lors de leurs premiers pas sur scène. Nos efforts de promotion des talents sont complétés par l’organisation de la Demotape Clinic et de notre festival de musique pop m4music. Ce n’est qu’en offrant aux artistes la chance de pouvoir se produire qu’ils pourront accumuler des expériences précieuses.

La musique m’accompagne par bonheur depuis mon enfance et j’ai un très grand respect pour toutes les personnes qui parviennent à trouver leur voie dans ce monde professionnel.

Hedy Graber dirige depuis 2004 la division Culture et affaires sociales auprès de la Fédération des Coopératives Migros à Zurich et est ainsi responsable de l’orientation des projets culturels et sociaux du Pour-cent culturel Migros. Sa fonction inclut également le développement du Fonds de soutien Engagement Migros, créé en 2012.

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