Là où il nʼy a pas dʼamour, tout est vain

Le compositeur et journaliste musical zurichois Rolf Urs Ringger est décédé le 26 juin 2019 à l’âge de 84 ans. Hommage par Thomas Meyer, contributeur invité

Rolf Urs Ringger: Là où il nʼy a pas dʼamour, tout est vain

Rolf Urs Ringger était membre de SUISA depuis 1960. (Photo: Keystone / Gaëtan Bally)

Dans ses jeunes années, il avait le projet d’écrire un roman intitulé «Le Dandy»: le personnage principal y aurait pris un taxi pour se rendre à l’opéra. Ce livre aurait dû traiter de ce court et pourtant interminable voyage – et probablement aussi un peu de lui-même. Peu importe qu’il s’agisse d’une invention ou s’il se trouvera effectivement dans la succession l’ébauche d’un roman : Rolf Urs Ringger savait bien entendu qu’une telle anecdote donnerait du grain à moudre au journaliste. Malicieusement, il imaginait comment le profil du dandy Ringger prenait forme et s’en réjouissait car c’est aussi ce qu’il était: le dandy des compositeurs suisses, coquet invétéré, mais jouant de cette coquetterie. Lorsqu’Adrian Marthaler a adapté pour la télévision son œuvre orchestrale «Breaks and Takes», Ringger y joua le rôle d’un compositeur mélancolique à la Frederick Delius, se prélassant au bord d’une piscine.

«J’adore minauder. C’est aussi cela qui donne à mes productions leur aspect léger et ludique. Le public apprécie et en plus j’ai du plaisir à le faire!», avait-il dit lors d’une conversation. «Cet aspect du narcissisme est, sans jugement de valeur, très perceptible chez moi.» J’aimais chez lui cette autodérision très naturelle. Il apportait une couleur très personnelle et bien visible à la scène musicale zurichoise qui tend davantage à la modestie; il était sophistiqué, polyvalent, urbain, même s’il passait tous ses étés à Capri, où il créa de nombreux univers sonores sensuels. Le compositeur a lui-même largement contribué à entretenir cette image.

Un artiste des sons et des mots

Mais Ringger était également un Zurichois. C’est dans cette ville qu’il est né le 6 avril 1935; c’est ici qu’il a grandi, vécu et travaillé en tant qu’artiste des sons et des mots. Il a fréquenté le gymnase de Küsnacht. Au séminaire de musicologie de Kurt von Fischer à Zurich, son travail de fin d’études porta sur les Lieder pour piano de Webern. Il a également travaillé durant des décennies pour la «Neue Zürcher Zeitung» en tant que critique musical, en livrant des textes élégants et percutants, parfois délibérément lacunaires. Il a aussi dressé très tôt le portrait de certains compositeurs qui ne furent vraiment reconnus que plus tard, comme par exemple Edgard Varèse, Charles Ives, Erik Satie et Othmar Schoeck. A côté des grands personnages, il y a les originaux, et il a volontiers pensé aux nostalgiques, parmi lesquels il se comptait probablement lui-même. Il a regroupé ces portraits dans des publications telles que le recueil d’essais «Von Debussy bis Henze».

Ringger a suivi très tôt des cours de composition privés auprès de Hermann Haller. Dans le cadre des cours de vacances de Darmstadt, il a étudié auprès de Theodor W. Adorno et Ernst Krenek; peu après encore un semestre auprès de Hans Werner Henze à Rome. C’étaient des antipodes esthétiques, car Henze s’était déjà retiré de la scène avant-gardiste à cette époque. Bien que Ringger ait dit plus tard, avec un sourire suffisant et plein d’espoir, qu’il s’était mieux entendu avec Adorno qu’avec Henze, comme ce dernier, il s’est néanmoins écarté des techniques strictement sérielles et s’est tourné vers un langage sonore plus sensuel. On peut d’ailleurs l’entendre dans ses titres: «… vagheggi il mar e l’arenoso lido …» pour orchestre (1978), «Souvenirs de Capri» pour soprano, cor et sextette à cordes (1976–77), «Ode ans Südlicht» pour chœur et orchestre (1981) ou encore «Addio!» pour cordes et cloches tubulaires. Avec «Der Narziss» (1980), «Ikarus» (1991), et «Ippòlito» (1995), il a créé trois œuvres pour ballet. Il n’a apparemment jamais essayé d’aborder les grandes formes musicales dramatiques.

Langage sonore sensuel

Succédant à Henze, Ringger fut l’un des premiers à utiliser à nouveau des éléments de musique néotonale dans les années 70, mais très tôt par rapport à la tendance générale. A l’époque, j’avais publié une critique plutôt virulente dans ce sens. Il a naturellement fait part de sa vexation avec l’autodérision qui le caractérisait. Et pourtant, quelques années plus tard, il y est revenu avec plaisir et a fièrement mis en évidence que je l’avais désigné comme le premier compositeur de musique néotonale du pays. Le virage postmoderne lui avait donné raison.

Sa musique aimait jouer avec les citations (Debussy par exemple), recourait à des couleurs impressionnistes ou à des gestes très romantiques, tout en restant limpide et légère. Je l’apprécie surtout en tant que flâneur urbain. Pas lorsqu’il réunit des coupures de journaux en un collage («Chari-Vari-Etudes», «Vermischtes») pour chœur de chambre, de manière un peu enfantine, mais plutôt dans ses promenades musicales. Dans «Manhattan Song Book» (2002) pour soprano, trois voix et cinq instruments, il est en balade à New York, il observe, note et commente en onze chansons, de manière insolente et insouciante, là aussi avec la coquetterie de celui qui se contemple dans un miroir. Quand une dame peu sympathique, décrite comme une «crazy witch», lui demande s’il est le «famous composer», il répond laconiquement: «No, it’s my cousin.»
Maintenant, il n’est plus là. «Lumière!», peut-on lire tout en haut de l’avis mortuaire; puis deux phrases: «Il aimait le soleil méditerranéen, la musique et la jeunesse. Il remercie toutes celles et tous ceux qui lui ont fait du bien dans la vie et qui ont soutenu sa musique.» Il manquera à Capri. Son «Notizario caprese» (2004) se terminait par les mots suivants «(très calme, presque sans pathos): Se non c’è Amore, tutto è sprecato. (très sobre) Là où il n’y a pas d’amour, tout est vain. Epitaphe à Capri; vers 2020.»

Cet hommage de Thomas Meyer a paru tout d’abord dans la «Revue musicale suisse», No 9/10 de septembre/octobre 2019.

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Le compositeur et journaliste musical zurichois Rolf Urs Ringger est décédé le 26 juin 2019 à l’âge de 84 ans. Hommage par Thomas Meyer, contributeur invité

Rolf Urs Ringger: Là où il nʼy a pas dʼamour, tout est vain

Rolf Urs Ringger était membre de SUISA depuis 1960. (Photo: Keystone / Gaëtan Bally)

Dans ses jeunes années, il avait le projet d’écrire un roman intitulé «Le Dandy»: le personnage principal y aurait pris un taxi pour se rendre à l’opéra. Ce livre aurait dû traiter de ce court et pourtant interminable voyage – et probablement aussi un peu de lui-même. Peu importe qu’il s’agisse d’une invention ou s’il se trouvera effectivement dans la succession l’ébauche d’un roman : Rolf Urs Ringger savait bien entendu qu’une telle anecdote donnerait du grain à moudre au journaliste. Malicieusement, il imaginait comment le profil du dandy Ringger prenait forme et...Continuer

Omaggio a Claudio Taddei

Lo scorso 9 agosto, all’età di 52 anni, è morto il cantautore e pittore Claudio Taddei. Omaggio di Rossana Taddei e Sara Ravarelli – Vous trouvez le texte en français en dessous.

Omaggio a Claudio Taddei

Rossana e Claudio Taddei. (Foto: Alejandro Persichetti)

Nato in Uruguay da famiglia ticinese, Claudio cresce tra il Ticino e il paese sudamericano, dove intraprende una fortunata carriera musicale che lo porta a raggiungere i vertici delle classifiche sudamericane. Nel 2002, quando in Uruguay Claudio è considerato una vera e propria star, viene colpito da un grave problema di salute che lo riporta in Svizzera. Qui alterna periodi di impegnative terapie mediche a periodi densi di concerti e performance artistiche, diventando anche in Ticino, in pochissimi anni, un personaggio popolare, un musicista conosciuto e un pittore molto apprezzato.

Claudio Taddei aveva iniziato a coltivare sin dall’infanzia la sua passione per la musica con la sorella Rossana. Anche Rossana Taddei vanta un’importante carriera musicale in Uruguay. Iscritta alla SUISA da diversi anni, Rossana ha voluto condividere con noi questo suo tenero e personale ricordo di Claudio, come fratello e come artista. (Sara Ravarelli)

Caro fratello, amico, compagno di un viaggio pieno di avventure e di sogni

Un sole, una stella gigante piena di luce.
Hai sempre amato percorrere i destini del sole e ora torni a lui.
L’ addio non esiste perché vivi in tutte le tue canzoni, in ogni pennellata, nei tuoi colori, nella nostra mente e nel nostro cuore.
Caro fratello, amico, compagno di un viaggio pieno di avventure e di sogni, complici eterni, come due gemelli.
I tuoi occhi vivaci, sorridenti e curiosi rispecchiano il sorriso aperto del tuo cuore-bussola. Hai raccontato e cantato la tua storia, la tua allegria, la tua tristezza, la tua bontà.
Che la tua mano sincera guidi ora il cammino di tutti noi che ti abbiamo amato e che vogliamo ricominciare a camminare, ad andare avanti cercando di accogliere il dolore e il vuoto della tua assenza.
Mi mancherai, ci mancherai. Riempirò lo spazio cantando e raccontando la nostra storia, il nostro essere fratello e sorella (o come dicevi tu il nostro essere «fratella e sorello»).
Creare ci salva sempre e sempre ci ha salvati.
Creare ci unisce sempre e sempre ci ha uniti.
È stato il filo conduttore più potente del nostro legame e quello che sempre ci unirà.
Ogni immagine che mi regalano i ricordi inizia e finisce con un sorriso del cuore.

Intensamente tranquillo
Inquietamente intenso
Silenziosamente rumoroso
Disordinatamente ordinato
Appassionatamente calmo
Quietamente appassionato
Testardamente timido
Timidamente esuberante
Ti conosco come la mia mano, fratello mio, e ti ignoro nella profondità e nell’infinito che sei stato e continui ad essere.

Grazie per essere stato un Maestro; la vita è un regalo: bisogna capire come affrontarla affinché il regalo si converta in luce.

«Te toca la pena, también la alegría y el amor. No dejes que nada espere, la vida hace siempre lo que quiere, más vale echarle picante y hacer que las cosas se vivan bien pa’delante.»

Rossana Taddei
(traduzione di Franca Taddei)


Hommage à Claudio Taddei

Le 9 août dernier, Claudio Taddei, auteur-compositeur-interprète et peintre, est décédé à l’âge de 52 ans. Hommage de Rossana Taddei et Sara Ravarelli

Hommage à Claudio Taddei

Rossana et Claudio Taddei. (Photo: Alejandro Persichetti)

Né en Uruguay dans une famille tessinoise, Claudio a grandi entre le Tessin et ce pays d’Amérique du Sud où il entreprit une carrière musicale réussie qui le porta en tête des classements sud-américains. En 2002, alors que Claudio est considéré comme une véritable star en Uruguay, il est touché par un grave problème de santé qui le contraint alors à rentrer en Suisse où il jongle entre des périodes de lourds traitements médicaux, des activités artistiques et des concerts. En quelques années seulement, il devient ainsi une personnalité populaire, un musicien célèbre et un peintre très apprécié, également au Tessin.

Claudio Taddei découvre et cultive sa passion pour la musique déjà depuis son enfance, en compagnie de sa sœur Rossana. Rossana Taddei, elle aussi, entreprit une importante carrière musicale en Uruguay. Membre SUISA depuis plusieurs années, Rossana a souhaité partager avec nous son souvenir affectueux et personnel de Claudio, en tant que frère et artiste inoubliable. (Sara Ravarelli)

Très cher frère, ami, compagnon de ce voyage aventureux et extraordinaire

Comme le soleil, une immense étoile remplie de lumière.
Tu as toujours aimé parcourir les voies ensoleillées et aujourd’hui, tu te tournes vers cet astre lumineux.
Il n’est pas question de te dire adieu car tu vis dans chacune de tes chansons, dans chaque coup de pinceau, dans tes couleurs, dans notre esprit et notre cœur.
Très cher frère, ami, compagnon de ce voyage aventureux et extraordinaire, tel un frère jumeau, compagnon éternel.
Ton regard étincelant, souriant et curieux reflète la générosité de ton cœur et agit telle une boussole sur mon chemin. Dans tes chansons, tu racontes ta vie et chantes la joie, la tristesse et la bonté.
Que ta main sincère nous montre aujourd’hui le chemin, à nous tous qui t’avons aimé et qui voulons maintenant repartir pour surmonter la douleur et le vide que tu laisses derrière toi.
Tu vas me manquer, tu vas nous manquer. Je remplirai l’espace en chantant et en racontant notre histoire, notre passé de frère et sœur (ou comme tu disais, notre passé de «frœur et sère»).
La création nous sauve toujours et nous a toujours sauvés.
La création nous unit toujours et nous a toujours unis.
Ce fut le fil conducteur le plus puissant de notre relation et celui qui nous unira toujours.

Nos souvenirs illumineront à tout jamais mon coeur.

Intensément tranquille
Nerveusement intense
Silencieusement bruyant
Confusément ordonné
Passionnément calme
Paisiblement passionné
Obstinément timide
Timidement exubérant

Je te connais comme la paume de ma main, mon frère, et je t’ignore dans la profondeur et l’infini que tu as été et seras toujours.

Merci d’avoir été un Maestro; car la vie est un cadeau: il faut comprendre comment l’affronter pour que ce cadeau se transforme en lumière.

«Te toca la pena, también la alegría y el amor. No dejes que nada espere, la vida hace siempre lo que quiere, más vale echarle picante y hacer que las cosas se vivan bien pa’delante.»

Rossana Taddei

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Lo scorso 9 agosto, all’età di 52 anni, è morto il cantautore e pittore Claudio Taddei. Omaggio di Rossana Taddei e Sara Ravarelli – Vous trouvez le texte en français en dessous.

Omaggio a Claudio Taddei

Rossana e Claudio Taddei. (Foto: Alejandro Persichetti)

Nato in Uruguay da famiglia ticinese, Claudio cresce tra il Ticino e il paese sudamericano, dove intraprende una fortunata carriera musicale che lo porta a raggiungere i vertici delle classifiche sudamericane. Nel 2002, quando in Uruguay Claudio è considerato una vera e propria star, viene colpito da un grave problema di salute che lo riporta in Svizzera. Qui alterna periodi di impegnative terapie mediche a periodi densi di concerti e performance artistiche, diventando anche in Ticino, in pochissimi anni, un personaggio popolare, un musicista conosciuto e un pittore molto apprezzato.

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KT Gorique, à la conquête de l’Est

KT Gorique, membre de SUISA, a été invitée à participer au panel «Hit the World» organisé par SUISA au M4music Festival 2019 en tant qu’experte en composition de chansons dans le domaine du rap. Peu de temps après, elle est lauréate du Prix suisse de la musique 2019. Rencontre avec la rappeuse vivant en Valais qui diffuse son rap dans toute la Suisse. Texte du contributeur invité José Tippenhauer, Swissmusic.ch

KT Gorique, à la conquête de l’Est

«Elle se produit entre autres au Sénégal, au Canada et dans l’Europe entière et tient une place considérable sur la scène du rap suisse», écrit l’Office fédéral de la culture à propos de la nouvelle lauréate du Prix suisse de la musique 2019, KT Gorique. (Photo: Jérémie Carron)

KT Gorique mérite son surnom de «Couteau suisse». Après sa victoire au concours international d’improvisation rap «End of the Weak» à New York en 2012, il y a eu le film «Brooklyn» de Pascal Tessaud, où elle interprétait la jeune rappeuse Coralie. En 2016, elle a sorti son premier album, «Tentative de Survie». Et l’an dernier, elle est entrée dans les charts avec son projet «Kunta Kita». Quelques semaines après sa nomination aux Swiss Music Awards, elle continue son ascension. Elle ouvrira le concert de Nicki Minaj au Hallenstadion à Zürich, et fait partie des rares francophones à l’affiche du festival Frauenfeld. 2019 promet pour la rappeuse valaisanne avec qui nous avons parlé de la Suisse, de ses inspirations et de ses processus créatifs.

«Kunta Kita» est sorti en juillet 2018. Quel bilan en tires-tu?
KT Gorique: Ce projet a produit un gros changement dans ma carrière. Je n’aurais pas espéré la moitié de ce qui m’est arrivé grâce à lui!
Depuis sa sortie, j’ai fait une quarantaine de dates, dont mes premières en tant que tête d’affiche, et plusieurs fois c’était complet (à Saint-Gall, Lucerne, etc.). Jusqu’ici, pendant 6 ans je faisais toujours le concert de la découverte, les gens ne me connaissaient pas spécialement. Là, avec «Kunta Kita», une fan base solide s’est établie. Le paradoxe, c’est que la majeure partie vient de Suisse alémanique – alors que je chante en français. C’est incroyable!
Ce qui a beaucoup joué là-dedans, c’est que le projet est distribué par un label zurichois, FarMore Records. Et surtout, en septembre, SRF3 m’a nommée «Best Talent» du mois. C’est une radio généraliste, donc beaucoup de gens pas forcément hip-hop y ont entendu mes sons. Ça m’a amené un public différent, je le remarque à mes concerts: il y a des personnes hip-hop, des punks, des rastas, des mecs rocks, des petits, des vieux. Pour moi, c’est le plus beau cadeau. Je fais de la musique pour tout le monde, pas que pour ceux qui ont déjà les codes rap.

Maintenant que tu tournes beaucoup en Suisse allemande, comment identifies-tu ce fameux Roestigraben (barrière symbolique entre les parties francophone et germanophone du pays)?
Une grosse différence, c’est le budget que le public est prêt à débloquer. Dernièrement, j’ai fait une date à Lausanne avec des artistes de Romandie (partie francophone de la Suisse), l’entrée était 25 CHF. J’ai tout de suite pensé que les gens trouveraient ça cher, et effectivement la salle n’était pas remplie. La semaine suivante, j’étais en Suisse allemande, il y avait moi et une première partie pour 30 CHF… C’était full!
J’ai l’impression que nous les Romands, on cherche notre identité du côté français. Alors que les Suisses alémaniques, dans leur tête, ils sont Suisses! Quand ils voient des artistes suisses qui assurent, ils se disent «c’est cool parce qu’ils sont forts et surtout parce qu’ils sont Suisses!», et ils vont les encourager. Nous les Romands, comme on s’identifie plus aux Français, on a tendance à valider nos artistes que s’ils sont validés en France, ou en tout cas à l’extérieur de nos frontières. Heureusement, ça commence à changer. Dans une date récente, j’étais avec Danitsa, Comme1Flocon, SWK, et Chien Bleu. Un line-up pareil, avec que des Romands, sans aucun étranger, c’était impossible il y a 3 ans!
Pour revenir au Roestigraben, c’est marrant car quand je dis à des Romands que je vais faire des concerts en Suisse allemande, ils me répondent: «mais ils ne sont pas pire fermés d’esprit?!» Alors qu’au contraire, je me rends compte qu’ils sont deux fois plus ouverts que nous! La preuve, c’est qu’eux nous accueillent, mais que les rappeurs alémaniques sont inconnus ici.

Dans ton titre «Outta Road», tu frappes des gens vêtus de gilets jaunes. C’était avant la formation du mouvement, mais dans ta «NAYUNO Session», tu parles des «vrais» Gilets jaunes, en disant: «le jaune a la cote cet hiver, ils le portent en gilet, moi je veux tout l’ensemble». Est-ce une pique?
Au contraire, c’est un message d’encouragement. Si j’étais Française, je serais sur la route tous les jours avec eux, avec des gilets jaunes partout, même sur mes jambes!
Tout ce que j’écris, c’est de l’instinct. Quand je vois des personnes pas forcément issues des mêmes milieux sociaux se rassembler pour faire valoir leurs droits en tant qu’humains – parce qu’elles sont dans une position injuste et invivable –, je trouve ça beau! Donc «je veux tout l’ensemble», c’est pour dire «je suis avec vous jusqu’au bout»!

Parlons de ton processus créatif justement. Qu’entends-tu par «écrire à l’instinct»?
Pour créer des textes, avant toute chose, j’ai besoin d’un beat. Si je n’en ai pas, ça m’arrive d’écrire un peu, mais ce ne sera jamais un morceau entier. Quand je veux me lancer dans une chanson, j’ai automatiquement besoin d’avoir de la musique, c’est elle qui dicte mes mots.
Niveau inspiration, ma source, c’est le quotidien. Il y a plein de choses dans la vie auxquelles je suis sensible. Ça peut venir de ce que je vois, ce que je vis, ce que j’entends, des expériences de gens autour de moi, de ma famille, ou de difficultés que je rencontre. Ça peut être très personnel, mais aussi plus global – comme dans l’exemple des Gilets jaunes.
De là, la musique et les émotions vont me guider. J’essaie de me connecter à ce que je ressens et le mettre en forme sur le rythme. J’écris assez souvent sur mon ordinateur, sinon, quand je veux garder ce truc de l’instinct justement, être incisive, j’écris mes textes directement dans la tête. Je fais une phrase après l’autre, et je les retiens au fur et à mesure, sans avoir besoin de retranscrire tout ça sur une feuille. Les mélodies de voix et le flow suivront alors naturellement, en fonction de ce que je veux raconter. Via cette méthode, j’ai l’impression d’être beaucoup plus instinctive, directe dans ce que je veux dire et dans ma manière de poser.

En plus d’écrire tes textes, tu composes aussi tes propres beats. Là encore, comment procèdes-tu? Tu commences par quelles sonorités?
Je compose de temps à temps, oui. En principe, je vais avoir une base, une petite vibe, comme une énergie, soit mélancolique, soit un peu reggae, soit un peu cainfri (NDLR : «africaine») par exemple. Je pars toujours d’une sorte de couleur qu’il y a dans ma tête, c’est vraiment très abstrait en fait. J’essaie ensuite de retranscrire mélodieusement parlant ce que j’ai en tête, en utilisant plein de samples sur mon clavier MIDI. Je cherche, je cherche, je cherche … Jusqu’à trouver le son ou les notes qui me parlent. Je commence alors avec la mélodie de base, et de là je vais construire autour. Je vais continuer comme ça jusqu’à ce que mon instrumental soit composé.

KT Gorique sur Youtube

L’interview avec KT Gorique a été réalisée pour le dossier «A la découverte du rap romand» sur Swissmusic.ch et y a été publiée en mars 2019.

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Michel Legrand, toute sa vie pour la musique

Michel Legrand est décédé le 26 janvier 2019 à l’âge de 86 ans. Le compositeur laisse derrière lui 60 ans d’une carrière prestigieuse qui lui a valu une renommée mondiale. Le maître au tempérament de feu a mené son existence à la baguette. Hommage par Bertrand Liechti, membre du conseil de SUISA

Michel Legrand, toute sa vie pour la musique

Michel Legrand, photographié ici le 17 mai 2017 avant la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes, était membre de SUISA depuis 1998. (Photo: Regis Duvignau / Reuters))

Il est né à Paris dans le quartier de Menilmontant, en 1932, d’une famille de musiciens: son père, Raymond Legrand, était compositeur et chef d’orchestre, son oncle était le chef d’orchestre Jacques Hélian (Der Mikaëlian). Au conservatoire de Paris, il étudie le piano, la trompette et l’écriture dans la classe de Nadia Boulanger. Il se passionne pour le jazz et enregistre même un album à New York (1958), côtoyant des stars de la discipline comme Chet Baker, Miles Davis et John Coltrane. La Nouvelle Vague du cinéma français amorce alors son virage définitif vers le cinéma. Il travaille avec Jean Luc Godard, Claude Chabrol, Jean Paul Rappeneau …

Dans les années 60, Michel Legrand rencontre également Jacques Demy, avec lequel il collabore sur 9 films dont «Les Parapluies de Cherbourg» (1964), Palme d’or à Cannes, «Les Demoiselles de Rochefort» (1967) et «Peau d’Âne» en 1970. La petite histoire retiendra que «Les Parapluies de Cherbourg» et «Les Demoiselles de Rochefort» ont été conçus, scenario, paroles et musique, dans la station valaisanne de Verbier.

«Un géant de la musique et d’un compositeur, jazzman et chef d’orchestre de génie!»

Michel Legrand poursuit ensuite l’aventure à Hollywood où il décroche 3 Oscars pour la bande originale de «L’Affaire Thomas Crown» («The Thomas Crown Affair»,1969), de Norman Jewison, avec le tube «The Windmills of Your Mind» («Les moulins de mon coeur»). Il réitère cet exploit en 1972 pour «Un été 42» («Summer 42») de Robert Mulligan, et en 1984 pour «Yentl» de Barbra Streisand. En parallèle, il enregistra avec des vedettes internationales: Frank Sinatra, Charles Aznavour, Ella Fitzgerald, Claude Nougaro et plus récemment Nathalie Dessay.

J’ai eu personnellement le privilège de superviser, en mars 2018, sa composition pour le dernier film –inédit – d’Orson Wells, «The Other Side of the Wind», pour Netflix. Pour l’anecdote, les héritiers du grand cinéaste américain avaient découvert dans un carnet de notes accompagnant ce drame inachevé, une inscription intimant un ordre d’outre-tombe: «Appelez Michel Legrand!»

Après 20 ans de collaboration avec Michel Legrand, je garderai le souvenir d’un géant de la musique et d’un compositeur, jazzman et chef d’orchestre de génie!

www.michellegrandofficial.com

Michel Legrand est devenu membre SUISA en 1998. En 2002, le compositeur français a été récompensé pour ses œuvres à l’occasion du Festival International du Film de Locarno par la FONDATION SUISA, Fondation de musique de SUISA.
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Michel Legrand est décédé le 26 janvier 2019 à l’âge de 86 ans. Le compositeur laisse derrière lui 60 ans d’une carrière prestigieuse qui lui a valu une renommée mondiale. Le maître au tempérament de feu a mené son existence à la baguette. Hommage par Bertrand Liechti, membre du conseil de SUISA

Michel Legrand, toute sa vie pour la musique

Michel Legrand, photographié ici le 17 mai 2017 avant la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes, était membre de SUISA depuis 1998. (Photo: Regis Duvignau / Reuters))

Il est né à Paris dans le quartier de Menilmontant, en 1932, d’une famille de musiciens: son père, Raymond Legrand, était compositeur et chef d’orchestre, son oncle était le chef d’orchestre Jacques Hélian (Der Mikaëlian). Au conservatoire de Paris, il étudie le piano, la trompette et l’écriture dans la classe de Nadia Boulanger. Il...Continuer

Les membres de SUISA en chiffres

Plus de 38 000 auteurs et éditeurs ont confié à SUISA la gestion de leurs droits. D’où viennent-ils, quel est leur âge et quel est le pourcentage de compositions entre femmes et hommes? Les chiffres et graphiques ci-dessous donnent des renseignements sur la structure des membres de SUISA. Texte de Claudia Kempf

Les membres de SUISA en chiffres

(Graphiques: Crafft Communication)

Structure par âge

Une grande partie des membres a entre 31 et 60 ans. Cela s’explique par le fait que l’âge moyen des auteurs est de 33 ans lors de leur affiliation à SUISA; en outre, les nouvelles affiliations ont fortement augmenté au cours des 20 dernières années.

Structure par âge

Sexe

Les auteurs actifs sont en grande majorité des hommes. Une tendance au changement est cependant perceptible: 45% des auteurs femmes ont adhéré à SUISA ces dix dernières années.

Sexe

Langue

En ce qui concerne les langues, les pourcentages correspondent à peu près à la répartition linguistique en Suisse; les auteurs francophones sont tout de même un peu surreprésentés.

Langue

Domicile

Il arrive malheureusement assez fréquemment que les changements d’adresse ne soient pas communiqués à SUISA. Ainsi, SUISA ne connaît pas l’adresse d’environ 15% des membres. Si SUISA ne dispose durant cinq ans d’aucune adresse de notification valable d’un mandant ou d’un sociétaire, le contrat de gestion prend fin et le sociétariat se termine à la fin de l’année en cours. Les droits retournent à l’auteur et ne sont plus gérés par SUISA.

Domicile

Mandants, sociétaires

Dans un premier temps, les compositeurs et éditeurs sont affiliés en tant que mandants. Après au minimum une année d’affiliation et au moins CHF 2000 de recettes de droits d’auteur, le mandant devient sociétaire avec droit de vote et d’éligibilité. Les sous-éditions ne peuvent en aucun cas obtenir le statut de membre; cela explique la grande proportion d’éditeurs sans droit de vote.

Mandants, sociétaires

Années d’affiliation

Le graphique montre de manière très nette la forte augmentation du nombre de nouvelles adhésions au cours des dernières années, en particulier en ce qui concerne les auteurs. Les nouvelles adhésions sont par contre stables depuis plusieurs années en ce qui concerne les éditeurs.

Années d’affiliation

Toutes les indications selon l’état en avril 2018.

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Plus de 38 000 auteurs et éditeurs ont confié à SUISA la gestion de leurs droits. D’où viennent-ils, quel est leur âge et quel est le pourcentage de compositions entre femmes et hommes? Les chiffres et graphiques ci-dessous donnent des renseignements sur la structure des membres de SUISA. Texte de Claudia Kempf

Les membres de SUISA en chiffres

(Graphiques: Crafft Communication)

Structure par âge

Une grande partie des membres a entre 31 et 60 ans. Cela s’explique par le fait que l’âge moyen des auteurs est de 33 ans lors de leur affiliation à SUISA; en outre, les nouvelles affiliations ont fortement augmenté au cours des 20 dernières années.

Structure par âge

Sexe

Les auteurs actifs sont en grande majorité des hommes. Une tendance au changement est cependant perceptible: 45% des auteurs femmes ont adhéré à SUISA ces dix dernières années.

Sexe

Langue

En ce qui...Continuer

«On écrit bien plus de chansons qu’il n’en faut pour un album» | avec vidéo

Lors d’une visite dans son studio en janvier 2018, Marc Sway, membre de longue date de SUISA, nous a offert un aperçu de son travail et de son quotidien en tant que musicien professionnel. Le single «Beat Of My Heart» est sorti mi-octobre 2018, annonçant d’ores et déjà le prochain album dont le processus de création fut l’un des thèmes principaux de cet interview-vidéo. Texte et vidéo de Sibylle Roth

Marc Sway est membre de SUISA depuis 2003. Après s’être beaucoup produit récemment en live, il est désormais impatient de sortir son prochain opus. Son dernier album, «Black & White», date de 2014.

Les chansons de l’album à venir sont le fruit de trois années de collaboration avec ses partenaires de longue date, compositeurs et musiciens. «Quand on fait de la musique ensemble, on est si proche et on se côtoie si souvent que cela n’est possible qu’avec de très bons amis», déclare Marc Sway. «C’est pourquoi je travaille avec les mêmes compositeurs depuis des années.»

Lors de l’interview, l’artiste de 39 ans nous explique que la composition a une énorme influence sur le résultat final d’un album, car c’est avec elle qu’il pose les premières pierres. Marc Sway aime avoir un but et un concept en tête, et il est convaincu que «chaque album offre l’opportunité de se réinventer».

Le single «Beat Of My Heart» est sorti mi-octobre 2018; quant au nouvel album, «Way Back Home», il sera disponible au printemps 2019.

www.marcsway.ch, site Internet de Marc Sway

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Les chansons de Charles Aznavour sont une partie de notre identité collective

Charles Aznavour était membre de SUISA depuis 1976 et comptait parmi nos membres les plus célèbres. Les innombrables hommages qui résonnent depuis le jour de son décès sur toutes les chaines de radio et de télévision du monde entier et dans la presse internationale nous rappellent, s’il le fallait, l’ampleur de sa renommée et nous donnent aussi plusieurs leçons. Hommage par Xavier Dayer, Président de SUISA

Les chansons de Charles Aznavour sont une partie de notre identité collective

Charles Aznavour, sur la photo lors d’une représentation au Théâtre royal de Parme le 30 octobre 2009, a écrit les paroles et composé la musique de nombreuses chansons tout au long de sa carrière. (Photo: Fabio Diena / Schutterstock)

Charles Aznavour était un génie du chant et de la scène mais aussi un auteur hors du commun. A de nombreuses reprises il avait souligné lui-même l’aspect essentiel de cette activité.

Dans les archives publiques de la SACEM, nous pouvons trouver son examen d’entrée en 1947 pour accéder à la position d’auteur dans la société française. Oui, à cette époque il en allait ainsi: tout nouveau membre devait passer un examen d’entrée! Il est particulièrement émouvant de lire un texte intitule «Si je voulais», corrigé en rouge par les services de la SACEM.

Cela nous rappelle avec force les étapes progressives franchies par Charles Aznavour, d’une position d’inconnu à la plus haute reconnaissance mondiale. Nous ne pouvons nous empêcher de penser que la trajectoire de ce fils d’immigré arménien est un hymne à l’ouverture de nos sociétés modernes vers l’accueil et la prise de conscience constante que les cultures s’enrichissent par les liens. Un «Charles Aznavour» de demain est peut-être à cet instant sur un bateau traversant la méditerranée.

Ainsi cette voix au «grain de sable» et ces chansons aux textes et mélodies si marquantes sont aujourd’hui une partie de nous et de notre identité collective. Notre «aujourd’hui» est habité par l’œuvre de Charles Aznavour et son parcours donne un message d’espoir à tous les créateurs.

Les mots sont toujours peu de chose face à la force de l’expression musicale. Ils ne peuvent parvenir à exprimer l’ampleur de la reconnaissance que SUISA lui doit d’avoir été sa société de gestion pour les droits d’auteur. C’est un immense honneur et nous adressons nos messages de condoléances à ses proches.

www.aznavourfoundation.org

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Charles Aznavour était membre de SUISA depuis 1976 et comptait parmi nos membres les plus célèbres. Les innombrables hommages qui résonnent depuis le jour de son décès sur toutes les chaines de radio et de télévision du monde entier et dans la presse internationale nous rappellent, s’il le fallait, l’ampleur de sa renommée et nous donnent aussi plusieurs leçons. Hommage par Xavier Dayer, Président de SUISA

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«Le violoncelle s’exprime telle une personne»

Beat Richner, pédiatre de profession, fut également musicien durant toute sa vie. Dès 1972, il se produisit sous le nom d’artiste «Beatocello». Il composa lui-même les musiques et textes de nombreuses œuvres de ses spectacles de cabaret poétique. Membre de SUISA depuis de nombreuses années, il est décédé dans la nuit du dimanche 9 septembre 2018 à l’âge de 71 ans. Texte de Manu Leuenberger

Beat Richner: «Le violoncelle s’exprime telle une personne»

Le pédiatre et musicien Beat Richner -ici dans une scène du film «L’Ombrello di Beatocello» de Georges Gachot- était membre de SUISA depuis 1978. (Photo: Gachot Films / www.lombrellodibeatocello.com)

Beat Richner naît le 13 mars 1947 et grandit à Zurich. Après la maturité, il se consacre à la musique pendant un an. A l’âge de 19 ans, il se produit en public dans le cadre du spectacle «Träumerei eines Nachtwächters» (Rêverie d’un veilleur de nuit). Il entame ensuite des études de médecine, durant lesquelles il invente le personnage du clown musicien «Beatocello». Sous ce pseudonyme, Beat Richner devient alors connu dans le monde du cabaret en Suisse. Son engagement humanitaire au Cambodge le rend également célèbre à l’étranger.

En 1978, Beat Richner devient membre de SUISA. Il compose la musique et écrit les textes des chansons qu’il crée principalement pour ses représentations en tant que «Beatocello». Ses compositions, comme «Chatz und Muus», «SʼTröpfli», «Zirkus», «Doctor PC», «De Sprinti und de Läbi» ou encore «Dong und Deng», sont immortalisées sur différents CD. Sur d’autres enregistrements, le violoncelliste interprète également des œuvres de Bach, Vivaldi et Bruch.

Le violoncelle accompagnera Beat Richner tout au long de sa vie. Lors d’une interview pour le «Schweizer Illustrierte», il expliquait en jouer 30 à 40 minutes par jour, afin de se préparer pour les représentations qu’il donnait tous les samedis à Siem Reap (Cambodge) devant des personnes du monde entier. Ces concerts lui permettaient d’informer sur les hôpitaux qu’il avait fondés lui-même et de récolter des fonds pour ces derniers. «Le violoncelle s’exprime telle une personne,», déclarait Beat Richner durant l’interview. «D’une voix simple, chaleureuse et familière, qui réconforte.»

www.beat-richner.ch

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  1. Dodo Leo dit :

    An Beatocello erinnere ich mich oft, immer wieder gerne und, als wenn es gestern gewesen wäre, dass ich seine Lieder gehört habe.
    Das trifft es aber eigentlich nicht ganz, viel mehr war Hr. Richners Figur eine ständige und haltgebende Begleitung meiner Kindheit. Der Umstand, warum ich seiner Musik und Geschichten als Kind begegnete, kommt daher, dass ein erheblicher Teil dieser Kindheit – vor allem in der früheren Phase – im Kinderspital stattfand. Ich hatte ein kleines, silbergraues Kassettengerät, mit dem man nur vorwärt spulen konnte, und das ein bisschen schepperte. Das machte mir nichts aus, denn was ich hörte, war viel mehr als Musik. Es waren Gefühle des Trostes, Linderung der Angst.
    Wenn Hr. Richner in dem Interview mit der »Schweizer Illustrierten« davon sprach, das Cello würde « sprechen wie ein Mensch », dann kann ich das nur bestätigen. Für mich war es ganz genau so, ich erinnere mich gut. Einmal, so meine ich mich jedenfalls ebenfalls erinnern zu können, war er sogar bei uns auf der Station. Aber, vielleicht ist das auch Wunschdenken eines Erwachsenen, der sich wünscht, es wäre damals so gewesen. Irgendwie war er sowieso immer da.
    Ich halte inne und senke mein Haupt, verbeuge mich in tiefer Annerkennung und Dankbarkeit an einen selbstlosen Mann, der mir und vielen anderen im Leben so viel gegeben hat und sage; Danke Hr. Richner.
    Dodo Leo

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Beat Richner: «Le violoncelle s’exprime telle une personne»

Le pédiatre et musicien Beat Richner -ici dans une scène du film «L’Ombrello di Beatocello» de Georges Gachot- était membre de SUISA depuis 1978. (Photo: Gachot Films / www.lombrellodibeatocello.com)

Beat Richner naît le 13 mars 1947 et grandit à Zurich. Après la maturité, il se consacre à la musique pendant un an. A l’âge de 19 ans, il se produit en public dans le cadre du spectacle «Träumerei...Continuer

L’homme de l’ombre du rock en dialecte

C’est de sa plume que sont nés les hits suisses rendus avant tout célèbres par Polo Hofer. Hanery Amman nous a quittés à l’âge de 65 ans. Hommage par Ane Hebeisen, contributeur invité

L’homme de l’ombre du rock en dialecte

Hanery Amman, membre de SUISA depuis 1976, photographié dans le cadre d’une réunion de SUISA à Berne le 10 novembre 2009. (Photo: Wolfgang Rudigier)

Lorsqu’on l’interrogeait sur ses rêves, Hanery Amman avait toujours la même réponse: l’espoir de faire de la musique jusqu’à son dernier souffle. Ce souhait a été exaucé, même si la vie n’a pas toujours été juste avec lui et qu’il a régulièrement été confronté à des situations difficiles ou décevantes. Il a cependant pu faire jusqu’au bout ce qu’il aimait le plus – de la musique.

Il serait exagéré de prétendre qu’il avait une productivité supérieure à la moyenne. Il avait bien trop d’adversaires à combattre pour ça. De toute sa production pendant toutes ces années, seule une petite partie a été publiée. On peut donc supposer qu’il reste encore de nombreux trésors d’archives, d’essais et d’études à découvrir chez Hanery Amman à Interlaken.

L’âme de Rumpelstilz

Sa carrière musicale démarre très tôt. A l’école, il joue du banjo et du ukulélé. Mais ce piano, l’instrument qui va décider du destin de Hanspeter «Hanery» Amman, trône déjà dans la salle de musique de l’établissement. Il commence à en jouer et sent très rapidement qu’il peut y exprimer de bien plus grandes émotions qu’avec un instrument aux cordes pincées et au son nasillard.

Après un apprentissage comme mécanicien de précision et un court passage par le théâtre (on lui connaît le rôle du Général dans la pièce «Treffpunkt Vietnam» au Zimmer-Theater de Zurich), il retrouve régulièrement son vieux voisin, un certain Urs «Polo» Hofer, pour faire de la musique. Ces deux amis et leurs familles vivent longtemps dans le même bâtiment à Interlaken. Les Hofer sont témoins de mariage des Amman et à sept ans, le jeune Polo promène le petit Hanery dans sa poussette.

A l’époque, personne ne se doutait qu’ils allaient rester unis jusqu’à la fin de leur vie, parfois très proches, parfois moins, et encore moins qu’un jour une place d’Interlaken porterait leurs noms.

Dès leur première rencontre musicale, les tâches sont clairement réparties. Hanery Amman compose, Polo Hofer écrit. Hofer vend, chante et joue le rôle de mascotte tandis qu’Amman est l’âme du projet et joue un rôle décisif dans le son du rock en dialecte 1.0. Le modèle musical est celui d’Udo Lindenberg, lui qui a réussi à allier la langue allemande à la musique de son temps. L’objectif est donc de faire la même chose en dialecte alémanique.

Le premier reggae suisse

Rumpelstilz est un groupe où s’expriment avec vigueur les tendances musicales les plus variées. Le jeu d’Hanery Amman est par exemple influencé par des modèles musicaux aussi divers qu’Elton John et Chick Corea, on admire les saxophonistes de jazz fusion Jim Pepper et Bob Dylan – et puisque le percussionniste intérimaire Res Hassenstein, plus tard l’un des papes de la musique du monde, connaît aussi la musique caribéenne, on décide d’inclure le reggae au répertoire.

C’est à cette époque que les premiers grands hits naissent sous la plume d’Hanery Amman: «Teddybär» (officiellement le premier reggae en dialecte alémanique) ou le morceau de six minutes et demie «D Rosmarie und i», précédé d’une longue intro perlée au piano par Amman pour glisser en un rien de temps du boogie au jazz en passant par le blues dans le solo au milieu du morceau. Il adore les fusions.

Hanery Amman décrira plus tard les années de Rumpelstilz comme les plus marquantes de sa carrière. Il aimera dire que c’était un groupe «multi-culturel» à une époque où le concept n’existait pas encore. Rumpelstilz lui aura permis de trouver son style non seulement comme musicien, mais aussi comme compositeur.

Dissolution de Rumpelstilz

Si Rumpelstilz a énormément de succès, le groupe n’est certainement pas un monument national. Hanery Amman, l’homme aux longs cheveux blonds, n’est pas encore perçu dans sa ville natale comme le bon berger de la chanson suisse, mais plutôt comme quelqu’un qui devrait exercer un vrai métier.

Des tensions entre Hanery et Polo conduisent en 1979 à la rupture puis à la dissolution du groupe, ce qui peut arriver lorsque deux fortes têtes de l’Oberland bernois se heurtent. Après la dissolution du groupe, Hanery décrit les disputes en ces termes dans une interview: «Nous étions deux béliers dans ce groupe. A un moment donné, le succès auprès du public est monté à la tête de Polo Hofer. Cela a détruit le groupe.»

Et il est aussi question d’argent: selon lui, malgré le succès, on est toujours à court d’argent sans que personne n’ait une bonne explication à cela. Avec un peu de distance, il décrit son rapport à Hofer de façon un peu plus mesurée: «Nous avions besoin l’un de l’autre et nous nous sommes complétés mutuellement». C’est ainsi qu’avec l’âge ils se qualifient d’amis.

Un hit pour l’éternité

Après la dissolution de Rumpelstilz, Polo Hofer fonde le groupe Polo’s SchmetterDing alors qu’Hanery Amman s’essaie à une carrière solo sous son propre nom. Son album solo en anglais «Burning Fire», produit en Allemagne, sort en 1980. Le style est celui d’un rock américain enjoué. Dans des interviews, il dit vouloir voyager avec sa musique et affirme que le dialecte bernois n’est pas vraiment une langue pour le rock.

Dans l’Oberland bernois, ces propos ne sont pas vraiment bien accueillis. C’est pourquoi il donne plusieurs concerts en Allemagne et en Autriche. En outre, il compose des musiques de film et écrit des chansons pour la star italienne Rita Pavone. Il dénonce bientôt sa collaboration avec la maison de production allemande, installe à Interlaken son propre studio, donne quelques concerts et fait ce qu’il aime par-dessus tout: composer des chansons.

L’une d’entre elles s’appelle «Kentucky Rose». Elle serait probablement restée enterrée quelque part dans les archives personnelles de Hanery si Polo Hofer, en tournée avec son groupe SchmetterBand, ne l’avait pas enregistrée en dialecte bernois sur une cassette de démonstration, faisant naître ainsi l’un des plus grands hits de la chanson suisse: «Alpenrose» rend Hofer et Amman immortels.

Sous ses airs de Bernois parfois têtu, Hanery Amman cache un grand cœur. Ses amis parlent d’une personnalité originale et très attachante. On lui attribue des qualificatifs comme direct, franc, buté et hypersensible. L’homme a de l’humour et même dans les pires moments, il continue à plaisanter et à être cordial.

Ce qui lui déplaît par-dessus tout en revanche, c’est le manque d’attention au niveau musical. En mai 1984, il se rend en studio avec son groupe, le Hanery Amman Band, pour enregistrer un album. Mais il trouve le rendu tellement mauvais qu’il ne veut pas le publier. La raison est vite trouvée: furieux, il dira dans une interview que cela relève de la façon dont ses musiciens ont travaillé. Le groupe n’avait pas assez de motivation. Résultat: on renonce! Et on reconsidère la composition du groupe!

«Le Chopin de l’Oberland bernois»

Il s’ensuit des années difficiles. Hanery Amman souffre d’un acouphène en raison d’une opération suite à une otite qui l’empêche pratiquement de faire de la musique pendant un long laps de temps. Néanmoins, il se produit en concert, organise une réunion de Rumpelstilz et enregistre trois concerts au Anker à Interlaken (il habite juste au-dessus de la salle). L’album «Live im Anker» qui en résulte se classe parmi les albums live les plus populaires de Suisse.

Il faudra attendre l’an 2000 pour la sortie du prochain album solo. «Solitaire» récolte des critiques euphoriques mais ne parvient pas à dépasser la 90e place du hit-parade suisse. A ce moment-là, le monde écoute Manu Chao, les Red Hot Chili Peppers ou encore Britney Spears. Les chansons en dialecte d’Amman, longuement mûries et soigneusement arrangées, semblent passées de mode. La médecine n’a pas non plus de bonnes nouvelles à lui annoncer. On lui diagnostique un cancer du poumon en 2007. Une maladie qui l’emporte dix ans plus tard, cinq mois après Polo Hofer.

Il ne s’est jamais plaint de ses échecs, même sa vie a été «un coup du destin après l’autre», comme il l’a dit récemment. Bien au contraire, il est très reconnaissant. Hanery Amman n’a jamais aimé être au premier plan. Ses chansons ont fait connaître Polo Hofer, lui est resté dans l’ombre. A son sens, le show-business est un monde d’imposteurs et de faux-semblants, et il ne s’y est jamais vraiment senti à l’aise.

C’est au piano, en laissant courir ses doigts sur le clavier, qu’il s’est toujours senti le mieux. Il s’y mettait le plus souvent la nuit (et volontiers nu, comme il l’a confié une fois), c’était sa façon à lui de méditer contre les humeurs du monde. «Si tout ‹foire›, il te reste la musique»: telle était sa devise.

Si l’on avait placé à ses côtés quelqu’un capable d’organiser un tant soit peu son travail et de l’aider à surmonter les doutes qui l’assaillaient fréquemment, l’homme que Polo Hofer qualifiait de «Chopin de l’Oberland bernois» aurait laissé une œuvre beaucoup plus importante. Mais le natif d’Interlaken n’avait que faire de conseillers.

Et pourtant: ce qu’il a publié est inscrit dans la mémoire à long terme de la musique en dialecte alémanique suisse. Jusqu’au bout, il a travaillé sur un album instrumental qu’il espérait terminer avant sa mort. Ce vœu n’aura pas été exaucé. Hanery Amman est décédé dans la nuit du Nouvel An à l’âge de 65 ans, entouré des siens.

Comme il le chantait si bien sur son album «Solitaire»: «U we de meinsch, die Wält göng under, de si d Stärne geng no da (Et si tu penses que le monde s’écroule, les étoiles sont quand même toujours là – NdT)». Une nouvelle étoile brille maintenant au firmament.

www.haneryamman.ch

Cette nécrologie par Ane Hebeisen a été publiée sous une forme similaire dans le Bund et le Tages Anzeiger en janvier 2018.

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L’homme de l’ombre du rock en dialecte

Hanery Amman, membre de SUISA depuis 1976, photographié dans le cadre d’une réunion de SUISA à Berne le 10 novembre 2009. (Photo: Wolfgang Rudigier)

Lorsqu’on l’interrogeait sur ses rêves, Hanery Amman avait toujours la même réponse: l’espoir de faire de la musique jusqu’à son dernier souffle. Ce souhait a été exaucé, même si la vie n’a pas toujours été juste avec lui et qu’il a régulièrement été confronté à des situations difficiles ou décevantes. Il a cependant pu faire jusqu’au bout ce qu’il aimait le plus – de la musique.

Il serait exagéré de prétendre qu’il avait une productivité supérieure à...Continuer

«Les idées de chansons naissent souvent d’un mot unique» | avec vidéo

Le Lausannois Alejandro Reyes, compositeur et parolier, fait partie des finalistes de la Suisse pour le Concours Eurovision de la chanson 2018 avec deux titres: «Kiss Me» et «Compass». Il est également interprète de la deuxième chanson. Ces chansons ont été écrites durant le camp de composition de chansons organisé par Pele Loriano Productions et SUISA. Pour Alejandro Reyes, l’écriture en équipe a été une expérience nouvelle et un véritable enrichissement personnel. Dans une interview, le jeune compositeur nous en dit plus sur la création de ses deux chansons pour le CEC. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Manu Leuenberger

«Je n’aurais jamais imaginé avoir deux chansons en finale suisse du concours de l’Eurovision», avoue Alejandro Reyes dans l’interview vidéo. Il faut dire que le jeune Alejandro, âgé de 25 ans, ne fait de la musique que depuis sept ans. Pour lui, tant le concours Eurovision de la chanson (CEC) que le camp de composition de chansons ont été des expériences totalement inédites. C’était également la première fois qu’il écrivait des chansons avec d’autres compositeurs et paroliers. Il est d’autant plus heureux que son travail ait été récompensé: «Avant d’arriver au camp, je n’imaginais pas pouvoir apporter autant aux compositions.»

Le jeune compositeur a été séduit par cette expérience: «J’ai pu partager ma façon de travailler et mon point de vue sur les choses», explique-t-il. «J’ai également beaucoup reçu en retour: des critiques positives (et moins positives) qui me font progresser en tant que compositeur.» Alejandro Reyes retient une chose en particulier. Le camp de composition de chansons lui aura permis de collaborer, le temps d’une seule journée, avec d’autres compositeurs que l’on rencontre le plus souvent pour la première fois: «Ce rapprochement donne quelque chose d’unique, d’authentique – un instantané qui reste gravé.»

Alejandro Reyes a pu choisir d’interpréter une des deux chansons qu’il a co-composées: «Compass» ou «Kiss Me». Il s’est finalement décidé pour «Compass», car l’histoire de cette chanson l’a plus fortement marqué et parce que c’est «une chanson qui touche profondément», confie-t-il. «Dès les premières strophes, on est plongé dans une atmosphère profonde et particulièrement saisissante. La chanson délivre un message.»

Pour «Compass», il a travaillé avec le compositeur et producteur suisse Lars Christen et la compositrice canadienne Laurell Barker. Alejandro Reyes nous explique le déroulement de sa création: «La tonalité de la chanson et l’idée de l’histoire ont été élaborées en premier lieu.» La trame principale de la chanson a été définie en assez peu de temps.

Quand on l’interroge sur l’origine de ses chansons, Alejandro Reyes répond: «Les idées de chansons naissent souvent d’un mot unique.» Pour «Compass», il s’agissait de quelqu’un qui devait retrouver son chemin, à l’aide une boussole justement. La direction indiquée par la boussole d’Alejandro Reyes est quant à elle sans équivoque: représenter la Suisse lors de la finale du CEC 2018.

www.alejandro-reyes.com

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Le Lausannois Alejandro Reyes, compositeur et parolier, fait partie des finalistes de la Suisse pour le Concours Eurovision de la chanson 2018 avec deux titres: «Kiss Me» et «Compass». Il est également interprète de la deuxième chanson. Ces chansons ont été écrites durant le camp de composition de chansons organisé par Pele Loriano Productions et SUISA. Pour Alejandro Reyes, l’écriture en équipe a été une expérience nouvelle et un véritable enrichissement personnel. Dans une interview, le jeune compositeur nous en dit plus sur la création de ses deux chansons pour le CEC. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Manu Leuenberger

«Je n’aurais jamais imaginé avoir deux chansons en finale suisse du concours de l’Eurovision», avoue Alejandro Reyes dans l’interview vidéo. Il faut dire que le jeune Alejandro, âgé de 25 ans, ne...Continuer