Willy Viteka, grand éditeur et producteur de musique, nous a quittés

Avec le décès le 19 mai 2020 de Willy Viteka, nous perdons un entrepreneur ayant fortement contribué à faire de l’industrie musicale suisse ce qu’elle est aujourd’hui, grâce à son influence en tant que producteur et éditeur. Hommage par Stephan F. Peterer, contributeur invité

Willy Viteka, grand éditeur et producteur de musique, nous a quittés

Willy Viteka fut membre SUISA en tant qu’auteur et éditeur. (Photo: DR)

Né le 6 novembre 1949 à Madrid, il se découvrit très tôt une grande passion pour diverses formes d’art et décida d’étudier l’art plastique, la littérature et la musique. En exerçant là où la scène musicale occidentale battait son plein, il sut acquérir de vastes connaissances, se constituer un réseau et faire de nombreuses expériences. Dans les années 70, grande époque pour la musique, il fut particulièrement marqué par ses années d’apprentissage à Londres en vue de devenir musicien studio, producteur, auteur et rédacteur.

Producteur, éditeur et entrepreneur

Après des années de pérégrination, il décida en 1976 de s’installer en Suisse avec son épouse Olivia. Le couple créa alors Viteka Musik AG, entreprise auxquels sont rattachés ses propres labels ainsi qu’une maison d’édition musicale. Mais Willy resta également très attaché à son pays d’origine et exerça une bonne partie de son activité de producteur sur son lieu de prédilection, l’île de Majorque, où sa femme est lui se firent construire une résidence secondaire – le couple y passait la plupart de leur temps dans le studio de musique.

Dans le cadre de ses activités entrepreneuriales en Suisse, outre sa propre production musicale, Willy se spécialisa également dans une activité classique de sous-édition. On trouve dans son catalogue de nombreuses œuvres de premier plan, avec entre autres Kylie Minogue, Milva, Rick Astley, Bananarama, Donna Summer, Cliff Richard, Aitken & Watermann, et bien d’autres.

Très impliqué dans l’industrie musicale suisse

Willy Viteka réalisa rapidement que la création et l’entrepreneuriat n’étaient pas suffisants pour les éditeurs de musique et les producteurs. Il leur fallait aussi lutter pour un environnement exploitable économiquement. Bien qu’il exista déjà à l’époque de nombreuses associations dans l’industrie de la musique suisse, aucune ne lui semblait convenir à son statut d’«éditeur axé sur la production». Il se mit donc en quête d’autres entrepreneurs partageant sa vision afin de créer avec eux une nouvelle association. A ce titre, on peut le considérer comme le père fondateur de la SVMV, l’Association suisse des éditeurs, qu’il dirigea pendant 27 ans. En 2019, il fut nommé président d’honneur pour ses précieux services. Il participa également activement à la création de l’ASMP, l’«Association of Swiss Music Producers», qu’il présida en parallèle de la SVMV.

Mais pour Willy, il ne suffisait pas de fonder des associations spécifiques à la branche, celles-ci ayant besoin d’activités pour atteindre les objectifs escomptés. Il était nécessaire de gagner de l’influence sur les organes importants de l’industrie musicale suisse, sur de nombreuses commissions ad hoc, mais aussi et surtout, sur les autorités législatives. La formation mutuelle ainsi que l’échange entre les entrepreneurs, et tout particulièrement la formation de la génération suivante de l’industrie musicale, firent ainsi partie de ses activités principales. Il n’existait alors en Suisse aucune haute école ou école spécialisée pour ces métiers. Aussi, Willy et son épouse Olivia organisèrent pendant de nombreuses années des séminaires de formation avec d’autres membres du comité de l’association qu’ils avaient créée. Le point culminant en fut la création du Symposium de Musique de Fürigen, qui s’étalait sur deux jours et devint l’un des événements annuels les plus importants de l’industrie musicale.

Grâce à la révision du droit d’auteur et des droits voisins dans les années 80, on créa Swissperform, société au sein de laquelle Willy travailla dès le début en tant que délégué. Sans oublier qu’il fit aussi partie pendant quelques temps du groupe spécialisé des producteurs de phonogrammes. Il participa également durant de nombreuses années aux discussions de l’Institut de la propriété intellectuelle (IPI) autour du droit d’auteur, ainsi qu’à la création d’un contrat standard pour les éditeurs musicaux, les sous-éditeurs et les producteurs.

Décédé à l’âge de 70 ans

Après une hospitalisation des suites d’un accident, Willy Viteka a contracté le Covid-19. Bien qu’il ait fini par guérir du virus, trop affaibli, il fut emporté à l’âge de 70 ans par une infection pulmonaire attrapée lors de sa convalescence.

Nous nous rappellerons de Willy comme d’un homme au grand cœur et extraordinairement bienveillant qui, par son ouverture aux autres et sa forte implication, sut nouer de nombreuses amitiés au sein de l’industrie musicale suisse et au-delà.

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Avec le décès le 19 mai 2020 de Willy Viteka, nous perdons un entrepreneur ayant fortement contribué à faire de l’industrie musicale suisse ce qu’elle est aujourd’hui, grâce à son influence en tant que producteur et éditeur. Hommage par Stephan F. Peterer, contributeur invité

Willy Viteka, grand éditeur et producteur de musique, nous a quittés

Willy Viteka fut membre SUISA en tant qu’auteur et éditeur. (Photo: DR)

Né le 6 novembre 1949 à Madrid, il se découvrit très tôt une grande passion pour diverses formes d’art et décida d’étudier l’art plastique, la littérature et la musique. En exerçant là où la scène musicale occidentale battait son plein, il sut acquérir de vastes connaissances, se constituer un réseau et faire de nombreuses expériences. Dans les années 70, grande époque pour la musique, il fut particulièrement marqué par ses années d’apprentissage à Londres en vue de...Continuer

«Avec cette crise, j’ai un peu l’impression de faire un séjour en centre de désintoxication»

Pendant la crise du coronavirus, dans le cadre du projet «Music for Tomorrow», SUISA propose à quelques-uns de ses membres une plateforme sur laquelle ils peuvent présenter leurs créations et parler de leurs défis. C’est au tour de la musicienne et compositrice valaisanne Tanya Barany de nous expliquer en quoi elle espère que cette crise aura permis de déclencher une prise de conscience en matière d’entraide sociale, de reconnaissance, de solidarité ou de réflexion et elle nous présente en exclusivité sa chanson «Cotton Clouds». Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo réalisée par Tanya Barany, arrangée par Nina Müller

«Aussi sombre que mon humour britannique, mais avec une touche d’air frais des montagnes», c’est ainsi que Tanya Barany décrit sa «dark pop». Née dans le Haut-Valais où elle a grandi, Tanja Zimmerman, de son vrai nom, s’est mise à la musique dès son plus jeune âge: «Je chante, je danse et je donne des spectacles depuis toujours. Les scènes sont juste devenues plus grandes avec le temps», déclare-t-elle dans le cadre d’une interview réalisée par écrit. «Ce qui au début n’était rien d’autre que mon lit s’est transformé en une scène du Gampel Openair.» Sa carrière musicale commence à 11 ans, lors de sa première apparition en solo où elle s’accompagne à la guitare dans un hit-parade pour enfants. A 14 ans, elle a créé le trio féminin vitaminé Labyrinthzero, avec lequel elle a sorti son premier EP avec ses propres compositions et donné plus de 150 concerts en Suisse et à l’étranger.

A la recherche de son identité musicale

Sa rencontre avec Jonas Ruppen, claviériste et vidéaste de son groupe, a été un élément déclencheur dans sa carrière: «Il m’a fait découvrir le monde de Radiohead, James Blake, etc. – et soudain, c’est comme si j’avais trouvé mon son!» Voilà maintenant dix ans qu’ils font de la musique ensemble et travaillent tous les deux sur le concept «Tanya Barany» – Tanya comme compositrice et Jonas comme producteur vidéo.

Elle a débuté sa formation musicale en 2014 avec un cursus à la Haute école d’art de Zurich où elle a pu bénéficier de l’enseignement d’excellents professeurs. «En même temps, j’ai appris à utiliser le logiciel d’enregistrement LogicX, qui m’a permis de donner une nouvelle direction à mes compositions – ma ‹dark pop› commençait à voir le jour!»

«Lights Disappear» – son premier album

«Lights Disappear», le premier album de Tanya Barany, sort en 2019. Elle le défendra ensuite sur scène dans le cadre d’une tournée de concerts en Suisse et à l’étranger, comme par exemple au Gampel Openair, au Zermatt Unplugged, au Swiss Live Talents ou au Blue Balls Festival.

Outre son projet «Tanya Barany», elle travaille comme chanteuse et musicienne studio, compositrice, parolière et coach vocal.

«Cotton Clouds»

Pour «Music for Tomorrow» Tanya Barany a joué et enregistré sa chanson «Cotton Clouds». A ce propos, elle déclare: «‹Cotton Clouds› décrit la sensation de l’immersion dans l’eau, lorsque tout autour de nous devient soudainement silencieux et qu’un monde nouveau nous apparaît. D’un côté, l’eau qui nous submerge est oppressante (presque écrasante) et, d’un autre côté, elle n’est pas sans évoquer la sécurité d’une étreinte. Totalement inédit ‹Cotton Clouds› est mon titre caché. A l’instar des chansons issues de mon album ‹Lights Disappear›, c’est dans les ténèbres de mon âme que j’ai puisé ‹Cotton Clouds›, mais ce morceau n’a pas trouvé sa place sur l’album. Initialement, ‹Cotton Clouds› a été composée au piano; en fait, je préfère jouer du piano juste pour moi, sans que personne ne m’écoute. J’ai choisi ‹Cotton Clouds› pour ‹Music for Tomorrow› parce que j’aimerais inviter les auditeurs dans mon petit salon et les emmener dans un petit voyage personnel … :-)»

Tanya Barany, à quoi ressemble ton quotidien d’auteure-compositrice pendant la pandémie de coronavirus?
Tanya Barany: En ce moment, j’ai davantage de temps pour convertir mes idées de chansons en morceaux concrets et aboutis. C’est la raison pour laquelle j’essaye d’être aussi productive que possible – pas seulement pour moi en tant que Tanya Barany, mais aussi en tant que parolière anonyme pour d’autres artistes. Mon partenaire, David Friedli – lui aussi musicien et compositeur –, et moi-même écrivons souvent ensemble. Nous explorons tous les styles possibles et imaginables – folk, rock, schlager, électro, pop, soul, etc. – c’est vraiment amusant!

Comment vis-tu cette crise sanitaire?
Avec cette crise, j’ai un peu l’impression de faire un séjour en centre de désintoxication. Je n’ai aucune envie d’y être – les concerts, la vie culturelle et même le simple fait de faire des projets me manquent (qui l’aurait cru) – et j’attends avec impatience le retour à la normalité. Mais cette crise nous apporte aussi quelque chose de positif: du temps! On dirait que le monde tourne un peu plus lentement. Soudain, je peux me consacrer à des trucs que j’avais envie de faire depuis longtemps, et non pas uniquement à ce que je dois faire – ça fait un bien fou! Cette période m’a permis de souffler pour mieux redémarrer, j’ai l’impression d’avoir plus d’énergie et d’être plus créative qu’avant.

Comment le public peut-il te soutenir en ce moment?
Si mes fans veulent me soutenir, ils peuvent parler de ma musique à leurs amis et à leur famille, leur dire qu’il faut ab-so-lu-ment qu’ils achètent «Lights Disappear» en CD! 🙂 Les chansons mélancoliques, ça aide dans les moments sombres … 🙂

Est-ce une bonne chose que les gens écoutent ta musique sur Spotify et autres plateformes de streaming?
Pour les spectacles en live, les organisatrices et organisateurs tiennent compte, entre autres, du nombre d’écoutes sur Spotify, de vues sur YouTube, etc. C’est donc clairement un avantage si ma musique est régulièrement diffusée sur ce type de plateformes. C’est aussi agréable de voir que l’on écoute mes chansons à l’autre bout du monde! Mais pour me soutenir en tant qu’artiste directement, je suis toujours très reconnaissante pour la musique achetée sur iTunes, etc. ou directement lors des concerts.

Selon toi, qu’est-ce qui pourrait ressortir de positif de la situation actuelle?
J’espère sincèrement que cela aura déclenché une réelle prise de conscience chez chacun d’entre nous – à tous les niveaux! Un peu plus d’entraide sociale, de reconnaissance, de solidarité, de réflexion – ça nous ferait du bien à tous!

Quel message souhaites-tu adresser à tes fans?
Même si vous n’entendez pas beaucoup parler de Tanya Barany en ce moment, je travaille à fond sur un nouveau concept qui va tout déchirer – profitez bien du calme avant la tempête! 🙂 J’ai vraiment hâte de pouvoir vous proposer mes nouvelles chansons! Merci pour votre soutien! Take care <3

www.tanyabarany.ch

«Music for Tomorrow»
La crise du Covid-19 est particulièrement rude pour les membres de SUISA. En effet, jusqu’à nouvel ordre, les représentations de toute sorte sont interdites. De nombreux compositeurs, compositrices, éditeurs et éditrices ont ainsi perdu leur principale source de revenus. Au cours des prochaines semaines, nous aurons le plaisir de partager le portrait de certains d’entre eux sur le SUISAblog. L’occasion pour ces professionnels de nous confier ce qui les touche et de raconter leurs défis et leur quotidien. Les musiciens et musiciennes ont également filmé leur performance pour notre blog, depuis chez eux ou depuis leur studio. SUISA verse une rémunération aux artistes pour leur participation à ce projet.
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«Cette crise est un révélateur d’une société malade»

Dans le cadre du projet « Music for Tomorrow », nous présentons le musicien suisse de jazz et d’improvisation Cyril Bondi et son morceau « We Need To Change ». Dans une interview réalisée par écrit, Cyril explique pourquoi, à son avis, c’est la politique et non le virus qui est responsable de la crise actuelle. Texte de Nina Müller; vidéo de Cyril Bondi, adaptée par Nina Müller

Âgé de 40 ans, Cyril Bondi, se définit comme un expérimentateur qui aime les collaborations. Ce natif de Genève évolue musicalement dans les domaines du jazz et du free jazz. Il estime que l’improvisation est la colonne vertébrale de sa musique. « C’est cette dernière qui m’a permis de jouer dans des contextes différents et de me sentir autant à l’aise dans un trio de jazz (Plaistow), de musique expé/trad (La Tène), dans un duo de pop/rock (Cyril Cyril) ou encore en collaboration avec d’incise dans une multitude de projets », dit-il dans l’ interview écrite accordée à SUISA. Avec sa musique, Cyril franchit régulièrement certaines barrières que la société s’est fixées au fil des ans. « Jʼai depuis toujours cherché à développer des nouvelles choses, des nouveaux concepts, chercher à jouer différemment de mon instrument, le déconstruire, le réinventer, chercher de nouveaux sons, de nouvelles textures », dit Cyril à propos de son évolution musicale.

En exclusivité pour « Music for Tomorrow », Cyril Bondi a composé le morceau « We Need To Change ». Avant le confinement, Cyril était occupé à composer différents morceaux pour son album solo à venir. En raison de la pandémie de coronavirus, il a dû interrompre tous les projets. Lorsqu’il a reçu l’invitation pour « Music for Tomorrow », il a réalisé à quel point son besoin de changement est grand. Il a vécu de manière très intense l’élaboration du morceau. « Intense parce que j’y ai vu l’opportunité d’exprimer un sentiment lié à ce que nous vivons, ce curieux mélange entre le constat évident de l’effondrement de la société et le déni de celui-ci », explique Cyril Bondi. « Je ressens profondément cette tension, et l’espace de création dans lequel je me suis plongé m’a permis de l’exprimer à ma manière. » Il n’est pas non plus habitué à travailler seul, car il collabore généralement avec des groupes ou des orchestres.

Cyril Bondi, à quoi ressemble ton quotidien de compositeur pendant la pandémie de coronavirus?
Cyril Bondi : Mes journées de travail s’organisent avant tout avec ma vie de famille. Etant donné que j’ai mes trois enfants à la maison, je dois constamment m’occuper d’eux, les aider dans leurs devoirs, les occuper. Pour avancer dans mon travail, je dois parfois me lever tôt ou bien passer mes soirées pour avancer dans mes différents projets. Ne nous mentons pas, cette pandémie a touché le milieu culturel de plein fouet et encore plus les musicien-ne-s, révélant la précarité dans laquelle ils/elles vivent depuis plusieurs années. Je passe donc énormément de temps à régler les annulations et reports de concerts, à faire le tri dans les différentes aides octroyées. Je fais également partie de la Fédération genevoise des musiques de création qui rassemble les musicien-ne-s professionnel-le-s, du hip-hop à la musique contemporaine, avec laquelle nous essayons de mettre en place des revendications communes pour ce milieu dévasté par la pandémie. Il ne me reste du coup que peu de temps pour le travail artistique : jʼai eu besoin à un moment de retourner vers mon travail de composition ; je me suis plongé dans de nouvelles pièces sans savoir pour qui j’écrivais et dans quel but à part celui de me replonger dans la création. J’en profite aussi pour avancer dans l’enregistrement de l’album de Cyril Cyril (pop rock) ainsi que mon album solo (expérimentale).

Comment vis-tu cette crise sanitaire ?
Cette crise est un révélateur d’une société malade. Nous nous retrouvons dans cette situation non pas car un virus s’est propagé mais parce que des choix politiques ont mené nos sociétés dans cette situation. On démantèle les services publics, les hôpitaux, on déforeste, on exploite, on pille et on consomme. Personnellement, j’essaye de lire, me documenter, débattre avec les autres, écouter de la musique. C’est une période sombre et elle me fait comprendre à quel point nous avons besoin de la culture, des arts, des artistes, pour nous inspirer, nous faire rêver, nous évader et nous faire réfléchir. Jamais nous n’en avons eu autant besoin.

Comment le public peut-il te soutenir en ce moment ?
Le public doit prendre conscience de l’urgence qui touche les milieux culturels et ne pas penser que derrière leurs ordinateurs ou leur téléphone, ils apportent une quelconque aide. Il faut acheter des disques, soutenir les artistes vivants qu’on aime, écouter les musiciens qui vivent autour de vous et surtout ne pas laisser tomber les salles de concerts, les théâtres, les festivals lorsque ceux-ci pourront rouvrir, car ma grande crainte est à venir. Si les gens restent effrayés de se croiser, se toucher, se serrer dans les bras, s’embrasser, danser ensemble, comment pourrons-nous partager à nouveau un véritable moment de musique ?

Est-ce une bonne chose que les gens écoutent davantage ta musique sur Spotify et d’autres plateformes ?
Je pense que chacun dira la même chose. Spotify, youtube, facebook, ce sont des compagnies qui cherchent à se faire un maximum d’argent en exploitant les ressources des autres. Voilà, je suis les autres. Ils ne me donneront jamais rien de ce que vous consommez.

Selon toi, quel pourrait-être le côté positif de cette situation inédite ?
Mon espoir réside dans l’expérience collective que nous vivons. Sommes-nous assez intelligents pour nous rendre compte qu’un monde avec moins d’avions, de voitures, une nature plus présente, un rythme moins effréné, plus de temps passé en famille, une solidarité plus forte est un monde où l’espoir peut à nouveau naître. Cette société capitaliste nous mène à notre perte, saisissons cette opportunité pour inventer, créer, imaginer un monde nouveau. C’est naïf mais j’ai le sentiment que chacun est à même de comprendre cela aujourd’hui !

Quel message souhaites-tu faire passer à tes fans ?
Ecoutez, chantez, dansez, sortez !

www.cyrilbondi.net

«Music for Tomorrow»
La crise du Covid-19 est particulièrement rude pour les membres de SUISA. En effet, jusqu’à nouvel ordre, les représentations de toute sorte sont interdites. De nombreux compositeurs, compositrices, éditeurs et éditrices ont ainsi perdu leur principale source de revenus. Au cours des prochaines semaines, nous aurons le plaisir de partager le portrait de certains d’entre eux sur le SUISAblog. L’occasion pour ces professionnels de nous confier ce qui les touche et de raconter leurs défis et leur quotidien. Les musiciens et musiciennes ont également filmé leur performance pour notre blog, depuis chez eux ou depuis leur studio. SUISA verse une rémunération aux artistes pour leur participation à ce projet.
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Âgé de 40 ans, Cyril Bondi, se définit comme un expérimentateur qui aime les collaborations. Ce natif de Genève évolue musicalement dans les domaines du jazz et du free jazz. Il estime que l’improvisation est la colonne vertébrale de sa musique. « C’est cette dernière qui m’a permis de jouer dans des contextes différents et de me sentir autant à l’aise dans un trio...Continuer

Hommage à un homme exceptionnel et d’un musicien doué

Le pianiste Willy Bischof était une figure marquante du monde suisse du jazz et a notamment exercé une grande influence sur les programmes de la radio DRS en tant que rédacteur musical et directeur des programmes. Membre SUISA de longue date, il est décédé en décembre 2019 à l’âge de 74 ans. Hommage par Pietro Schaller, contributeur invité

Willy Bischof: Hommage à un homme exceptionnel et d’un musicien doué

Willy Bischof au Studio Mulinetti de Gênes lors de la production du CD «A Pianist In Paris» en septembre 2004. (Photo: Pietro Schaller)

Caro Willy,

C’est en 1968 que je t’ai vu et entendu pour la première fois; tu étais le pianiste d’un quintette jouant dans un local de danse. En tant que guitariste et tromboniste, je jouais moi aussi dans un dancingband. La décision de «démissionner», je l’ai prise à la mi-mai 1978. Le déclencheur fut un contact avec Radio Bern, qui avait produit en juillet 1974 un enregistrement live de notre groupe au Kursaal de Berne, à l’initiative de Georges Pilloud.

Ala fin du mois de mai 1978, je t’avais contacté au studio de la radio à Berne: «Avez-vous par hasard besoin d’un collaborateur aux archives? – Non! Par contre, nous recherchons d’urgence un producteur; viens à Berne, on parlera des détails plus tard.» La première rencontre eut lieu dans le studio audio. Tu étais assis au grand Steinway. «Connais-tu Cantaloupe Island?», t’avais-je demandé, et tu le jouas immédiatement. Ce fut apparemment le déclic à notre longue relation.

Le lundi 3 juillet 1978 fut mon premier jour de travail au studio de la radio à Berne. Je fus livré à moi-même, car ton lieu de travail était déplacé à Montreux pour le festival de jazz, où tu étais accompagné de Ruedi Kaspar. Pendant plusieurs années, vous formiez la «dreamteam radiophonique» à Montreux, sans oublier vos interviews en différentes langues avec des musiciens de renommée mondiale. A l’époque, je ne savais pas que tu avais réussi un coup brillant bien des années plus tôt en acquérant les droits pour la retransmission en direct de tous les concerts du festival sur la chaîne DRS2.

Les deux mois suivants ont été consacrés à un cours accéléré «Comment fonctionne Radio DRS»: structures des départements, lecture et interprétation de procès-verbaux, langage et états d’âme des journalistes. Lorsque les heures de travail «usuelles» étaient dépassées, des cours supplémentaires avaient lieu dans le jardin d’un café voisin.

Ton objectif était de diriger le domaine «musique de divertissement» de DRS1. Avec Ruedi Kaspar, tu inventas «5 nach 4», la première émission de radio dédiée à la musique pop et rock. Polo Hofer fut l’une de vos découvertes; la présence de l’artiste dans cette émission jeta les bases de la carrière de Polo et plus largement du rock en dialecte alémanique.

Tes consignes pour un programme musical équilibré sur DRS1 furent faciles à respecter. Comme toi, j’étais ouvert à tous les genres de musique; selon notre conception, elle devait être de bonne qualité et devait bien sonner. Il y avait de nombreux disques de presque tous les genres et chaque rédacteur-trice musical-e disposait de leurs propres archives. Je ne savais pas à l’époque que tu avais mis en place, cinq ans plus tôt, un système de remise «dʼéchantillons gratuits» grâce à tes excellentes relations avec l’industrie du disque – une véritable situation gagnant-gagnant. Sans un tel exploit, tes idées d’un programme musical à succès pour la radio DRS1 auraient échoué – tout simplement parce que le répertoire musical souhaité n’était pas disponible.

En 1978 tu as été nommé «chef de la musique de divertissement à DRS1» et dès l’année suivante, ton nouveau lieu de travail fut le studio de Zurich; Ruedi Kaspar partit au studio de Bâle. Je ne pris pas tout de suite conscience que c’était les débuts de DRS3. A l’interne, on chuchotait certes qu’un 3e programme était en projet. A l’automne 1982, j’ai suivi ton appel au studio de Zurich, pour renforcer la rédaction musicale zurichoise. En lien avec le succès de Radio 24 (émission dès le 28.11.1979), la radio DRS augmenta le tempo de réalisation.

Le 1er novembre 1983, Leo Schürmann, Directeur général de la SSR, appuya symboliquement sur le bouton de mise en marche: DRS3 était née.

Les cinq années qui suivirent furent les plus fructueuses de DRS3, malgré quelques divergences d’opinion majeures entre les trois rédactions de Bâle, Berne et Zurich. En tant que «chef du secteur musique», tu parvins à maîtriser ces difficultés grâce à ton expertise, ton attention et une pression tout en douceur.

En 1988, tu quittas DRS3 pour rejoindre DRS2. Il est possible que les discussions récurrentes sur le thème de la «musique» ainsi que les réunions excessives et la bureaucratie aient laissé quelques traces. Il se peut aussi que ton amour du jazz et de la pratique de la musique ait un peu souffert dans ta position de cadre au sein de DRS3. Lorsque tu as repris le secteur «Jazz», il y a eu le lancement du projet «CHJazzszene», avec des sessions en studio pour la relève, offrant une plateforme notamment pour des formations en devenir. Il s’agissait d’une étape importante pour la chaîne DRS2, qui s’est ainsi établie en tant qu’institution encourageant la culture.

1991 a été l’année de naissance de l’émission «Apéro», que tu as créée pour DRS2. Lors d’une des «studioparty» annuelles au studio 2 à Zurich, je me souviens que tu as joué un medley de Duke Ellington et que toutes les personnes présentes – notamment le directeur de la radio Andreas Blum – ont pu constater que, à l’évidence, tu étais un pianiste brillant.

J’ai toujours été un grand fan d’Hazy Osterwald. Mon idée était de reproduire le répertoire de jazz du Osterwald-Sextet avec une formation identique, composée de toi et d’anciens membres du DRS-Band. Ensemble, nous avons découvert dans les archives de la radio à Zurich plus de 70 enregistrements de la meilleure formation de Hazy dans les années 1951-1964. Du jazz de très haut niveau avec une excellente qualité d’enregistrement, produit par Radio Beromünster au studio de Bâle, avec Eddie Brunner comme ingénieur du son – membre puis directeur du fameux groupe Teddy Stauffer Band. Avec ton aide, il a été possible de proposer en 1994 un document important pour le jazz suisse des années 1951-1964, le CD-box «50 Years of Music with a Touch of Swing»; ce fut un grand succès.

Après mûre réflexion, notre projet de «reproduction» des «Hazy Osterwald Jazz Hits» ne s’est pas concrétisé: le son, le charme et le groove de cette époque étaient trop uniques et ne pouvaient pas être reconstitués … Avec le recul, ce fut une décision intelligente avec une mise en évidence des extraordinaires techniques d’enregistrement de Radio Beromünster à l’époque, et du talent de producteur d’Eddie.

En novembre de la même année, il y eut au Bierhübeli les «Berner Song-Tage». Ta formation fondée en 1993, le Willy Bischof Jazztet (avec Hazy Osterwald, Willy Schmid, Peter Schmidlin et Stefan Kurmann) y fut présente en tant qu’invitée d’honneur. La radio DRS1 enregistra le concert. Le CD «Swiss Air» qui s’en est ensuivi est encore disponible aujourd’hui.

En 1998, tu as reçu le «Prix Walo» pour l’émission de radio «Apéro».

Willy Bischof au «warm-up» en studio. (Photo: Pietro Schaller)

En 2004, j’ai eu l’idée de produire un enregistrement sur lequel tu jouerais en solo. Nous avions prévu le studio Mulinetti de Gênes. J’avais évoqué l’envie de proposer des versions de mélodies classiques italiennes comme par exemple Roma Nun Fa‘ Stupido Stasera ou Estaté. Aucun travail de persuasion n’a été nécessaire de ma part; tu as immédiatement été enthousiasmé par le projet. Ensemble, nous avons constitué un répertoire. Le projet était financé par Victor Eugster d’«Activ Records». La date de production était fixée à fin septembre 2004. Coup de théâtre! Juste avant la date d’enregistrement, tu changes d’avis: «Je préférerais enregistrer des chansons française dans des versions personnelles – un titre de CD est déjà trouvé: ‹A Pianist In Paris›» … L’évaluation de chansons qui pourraient convenir se fait rapidement. Je prends la route pour Camogli, mon deuxième chez-moi – à 30 km à l’ouest de Gênes – pour préparer la production.

La session fut un succès; tous les participants se sont très bien entendus et tu as joué magnifiquement, comme toujours. J’ai le souvenir d’un moment musical heureux, peut-être l’un des plus beaux moments pour toi.

Ton départ à la retraite en 2005 m’a encouragé à prendre ma retraite un an plus tard également. Dans les années qui suivirent, nos rencontres se sont espacées. J’ai appris un peu par hasard que ta santé était devenue instable. La dernière fois que je t’ai vu, c’était à l’occasion d’un concert que j’ai organisé avec ton trio le 21 janvier 2011 à l’Hôtel Palace de Lucerne.

Il me reste le souvenir d’une personne extraordinaire et dʼun musicien doué. Je ne t’ai jamais perçu comme mon chef, mais bien comme un ami.

Addio Willy

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Le pianiste Willy Bischof était une figure marquante du monde suisse du jazz et a notamment exercé une grande influence sur les programmes de la radio DRS en tant que rédacteur musical et directeur des programmes. Membre SUISA de longue date, il est décédé en décembre 2019 à l’âge de 74 ans. Hommage par Pietro Schaller, contributeur invité

Willy Bischof: Hommage à un homme exceptionnel et d’un musicien doué

Willy Bischof au Studio Mulinetti de Gênes lors de la production du CD «A Pianist In Paris» en septembre 2004. (Photo: Pietro Schaller)

Caro Willy,

C’est en 1968 que je t’ai vu et entendu pour la première fois; tu étais le pianiste d’un quintette jouant dans un local de danse. En tant que guitariste et tromboniste, je jouais moi aussi dans un dancingband. La décision de «démissionner», je l’ai prise à la mi-mai 1978. Le déclencheur...Continuer

«Le monde de la musique dans son ensemble vit une épreuve difficile»

Par le projet «Music for Tomorrow», SUISA souhaite apporter son soutien à ses membres en ces temps difficiles. Une plateforme a été mise en place en faveur des artistes afin que chacune et chacun puisse raconter son expérience en confinement et présenter l’une de ses œuvres. Cette semaine, nous vous présentons le pianiste, compositeur et producteur suisse Nik Bärtsch et son œuvre «Modul 5». Nik nous raconte son quotidien en famille pendant le confinement et nous relate l’histoire qui le lie à un médecin urgentiste australien. Texte de Nina Müller, vidéo réalisée par Nik Bärtsch, arrangée par Nina Müller

Nik Bärtsch, 48 ans, est un pianiste de jazz à succès vivant à Zurich avec sa famille. Outre la musique, l’artiste zurichois a également étudié la philosophie, la linguistique et la musicologie. Il n’est donc pas étonnant que la musique ait un sens plus profond à ses yeux. Sur son site Internet, Nik décrit la musique par ces mots : «On entre dans la musique et on la vit, tout comme on entre et on vit dans une pièce. A travers des mouvements obsessionnels, la superposition de différentes mesures et de micro-interactions, la musique se déplace et évolue. Notre attention est dirigée vers les variations minimalistes et les phrasés. Le groupe devient un véritable organisme vivant, comme un animal, un biotope ou un espace urbain. Nous devons penser en prêtant attention à ce que nous percevons par l’ouïe et le toucher.»

Avec son groupe Ronin, Nik Bärtsch fait vivre cette philosophie et a déjà fait des tournées en Europe, en Asie et aux Etats-Unis. Avec ses groupes Nik Bärtsch’s Ronin et Nik Bärtsch’s Mobil, mais également en solo, le musicien a sorti plus de 13 albums dont il a interprété les compositions lors de sa série de concerts hebdomadaires au club zurichois Exil. En 2006, Nik Bärtsch a créé son propre label nommé «Ronin Ryhtm Records».

Pour «Music for Tomorrow», Nik Bärtsch a joué «Modul 5». Il présente ainsi ce morceau: «Ce morceau est composé d’une petite structure complexe en 6/4 qui se développe en continu au piano. J’ai trouvé cette structure assez tôt dans mon évolution musicale et elle a toujours été une fidèle compagne au fil des années. Ce morceau, composé relativement tôt dans ma carrière, a donc été en perpétuelle évolution, comme moi. C’est comme si nous travaillions ensemble à rendre notre relation plus simple et plus directe mais aussi plus profonde et mystérieuse. C’est un peu à l’image que nous concevons, ma femme et à moi, de la vie à deux.»

Nik Bärtsch, à quoi ressemble ton quotidien de compositeur pendant la pandémie de coronavirus?
Nik Bärtsch: Bien évidemment, je travaille comme compositeur, pianiste, leader de mes groupes, producteur et éditeur. Le seul changement dans mon quotidien, c’est qu’en ce moment je voyage beaucoup moins. Tous les concerts internationaux, les productions et les workshops sont annulés. Mon quotidien est donc cantonné à ce que je faisais habituellement à la maison entre deux voyages: je compose, je répète, j’organise et j’échange avec mes pairs. Par ailleurs, avec ma femme qui a également une vie professionnelle très prenante, nous nous occupons de nos enfants.
Pour ce faire, il faut évidemment exprimer beaucoup de joie de vivre, faire preuve de discipline, se structurer, mais aussi laisser place à la créativité et à l’imprévu.
Tout cela correspond déjà à notre façon de vivre, ce qui ne nous a donc pas apporter de grands changements. En temps normal, nos enfants étaient déjà souvent à la maison. Nous pratiquons tous les arts martiaux. Nous pouvons donc également nous entraîner en pleine nature face à notre maison.
Pour l’instant, nous continuons en streaming notre série de concerts des lundis initialement prévus au club EXIL (www.yourstage.live). Ainsi, le lundi reste un jour de concert ritualisé et nous maintenons de cette manière le lien avec notre communauté de fans et nos différentes équipes.

Comment vis-tu cette crise sanitaire?
Cette crise sanitaire, comme toutes les grandes crises, me rappelle ma place en tant qu’artiste et en tant qu’homme. Elle met de nouveau à l’épreuve, et de manière inconditionnelle, ma créativité, mon intégrité et ma résilience.
Quoi qu’il en soit, en tant que musicien indépendant, tous ces questionnements faisaient déjà partie de ma vie. La véritable question est de savoir comment les groupes, les ensembles et les salles de concert vont pouvoir survivre à ce changement à moyen terme? Le monde de la musique dans son ensemble vit une épreuve difficile. Toutefois, les questions qui émergent ont leur utilité: que signifie la musique pour moi en tant que professionnel? Que signifie-t-elle pour nous tous? Comment pouvons-nous financer la musique et toutes les activités qui en dépendent? Comment pouvons-nous relier la chaîne de valorisation à la création de valeur?

Comment le public peut-il te soutenir en ce moment?
En valorisant mes prestations et celles de mon groupe, c’est-à-dire en regardant nos vidéos payantes en streaming, ainsi qu’en écoutant et en partageant notre musique sur tous les autres médias. Mon public peut également me soutenir en prenant conscience du processus de production et de promotion de la musique : combien de personnes et quelles performances ont été nécessaires pour produire une magnifique chanson qui nous aide à passer la journée?

Est-ce une bonne chose que les gens écoutent davantage ta musique sur Spotify et d’autres plateformes?
Afin que ce mode de rémunération soit suffisamment rentable, il faut que le nombre de streams soit très élevé. Mais c’est déjà ça. Tout est lié et plus les prestations des artistes indépendants sont écoutées et partagées, mieux c’est. L’art local, authentique et particulier, ainsi que l’initiative artistique, viennent alors nourrir le développement commercial à l’échelle mondiale. C’est ce que nous avons pu constater lors de nos tournées à travers le monde.

Selon toi, quel pourrait-être le côté positif de cette situation inédite?
J’essaie toujours de dégager le côté positif de chaque situation et d’en tirer des enseignements. La situation actuelle est une épreuve de réalité qui met en perspective notre bien-être, notre sécurité et notre technique de travail. Tout cela est précieux. Il nous faut comprendre à quel point la musique, son environnement et les merveilleuses possibilités qu’elle offre sont indispensables pour valoriser tout le travail des professionnels. SUISA et notamment, l’Association Suisse de Musique, communiquent très bien à ce sujet. Tous les musiciens devraient également le faire de manière professionnelle et avec passion.

Quel message souhaites-tu faire passer à tes fans?
Soyez honnête dans vos rapports avec la musique : personne ne se sert gratuitement à la boulangerie.
Appréciez la musique que vous écoutez en ayant conscience du travail passionné et du dévouement inconditionnel que cela demande.
Récemment, j’ai reçu un e-mail d’un médecin urgentiste australien. Il m’a remercié pour ma musique. Il a traversé toutes les épreuves de ces dernières années, les inondations, les incendies dans le bush australien et maintenant le coronavirus, en écoutant tous les matins l’un de mes morceaux en prenant son café. Cela lui rappelle pourquoi il fait ce métier et l’aide à supporter la mort, la souffrance et le danger. La musique lui donne la force de sauver et d’aider les autres. Ce genre de témoignage me conforte dans l’idée que je suis plus utile aux autres lorsque je me consacre pleinement à ma musique. L’inspiration se partage, ainsi, chacun de nous se concentre sur l’essentiel. Son intégrité, son talent et son professionnalisme m’aident et vice versa. En fait, nous nous aidons mutuellement. La valorisation de nos métiers respectifs est un devoir collectif.

www.nikbaertsch.com

«Music for Tomorrow»
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«Questa situazione metterà a dura prova tutti, musicisti, tecnici, addetti ai lavori»

Con il progetto «Music for Tomorrow», la SUISA desidera supportare i propri iscritti in questo periodo difficile. Offriamo agli artisti una piattaforma che dà loro l’opportunità di parlare della loro attuale situazione durante il lockdown e presentare una delle loro opere. Questo nuovo spazio sarà inaugurato dalla compositrice e arpista ticinese Kety Fusco. Nell’intervista scritta racconta la sua vita quotidiana ai tempi del lockdown e spiega perché la sua vita non è cambiata poi così tanto. Testo di Nina Müller; video di Kety Fusco, elaborato da Nina Müller – Vous trouvez le texte en français en dessous.

Kety Fusco (27 anni) suona l’arpa elettrica e compone da sola i propri brani. Ha iniziato a suonare l’arpa all’età di soli sei anni. Tuttavia a un certo punto della sua vita si è stancata dell’arpa classica e ha scoperto la versione elettronica. Kety Fusco fa anche parte del gruppo «Peter Kernel and their wicked orchestra» del duo Barbara Lehnhoff (Camilla Sparksss) e Aris Bassetti, anch’essi membri della SUISA. Nel 2018 Kety Fusco si è esibita davanti al consigliere federale Alain Berset in occasione del Locarno Film Festival. L’8 maggio uscirà il suo album di esordio «Dazed», pubblicato dall’etichetta discografica Sugar Music. Kety Fusco abita ad Arbedo (TI) ed è iscritta alla SUISA dal 2018.

Per «Music for Tomorrow» si è esibita con il brano «Saceba», finora inedito. A proposito di questa canzone dichiara: «Il brano ‹Saceba› è nato in una ex fabbrica di cemento, in fondo alla valle più meridionale della Svizzera. Mi trovavo in quel posto, incantevole e tetro allo stesso tempo, per dar vita a una performance di danza e musica.

Già il primo giorno, entrata nell’edificio principale, mi sono accorta passo dopo passo che quel posto nascondeva un tesoro sonoro. Il giorno successivo sono tornata con vari oggetti (sassi, utensili, strumenti) e il mio registratore Zoom, per registrare dal primo all’ultimo piano tutti i suoi della Saceba (questo era il nome della fabbrica): strofinando il cemento e ascoltando i grandi echi di questa meravigliosa archeologia industriale.

Una volta tornata a casa ho scaricato tutti i suoni sul mio computer e ho costruito il pezzo ripercorrendo mentalmente i miei passi ed immaginando una storia successa fra le mura della fabbrica. Ho cosí aggiunto con la mia arpa una musica vera e propria, pensandola come la colonna sonora che avrei voluto sentire entrando per la prima volta alla Saceba: la soundtrack del cementificio.»

Qual è la tua routine quotidiana come compositrice durante la pandemia da Coronavirus?
Kety Fusco: Ogni giorno suono per 4 ore l’arpa classica, lavorando 2 sulla tecnica dello strumento e le altre 2 ore suonando brani che vorrei registrare. Suono altre 2 ore circa con la mia arpa elettrica e preparo il mio nuovo live set.

Che significato ha per te personalmente questa crisi?
Io non sto mai al passo con il mondo, perchè è tutto troppo veloce per me. Quando non sono in tour, mi piace stare a casa, prendermi tanto tempo per suonare, studiare e dedicarmi alle mie arpe. Il mio disco di debutto «Dazed» uscirà l’8 maggio per la Sugar Music e sto lavorando al mio nuovo live set. Sono molto ispirata quando intorno a me non succede niente e vivo tutto nella testa. Il virus non ha cambiato il mio modo di fare, ha migliorato il mio modo di essere. Andare in giro per strada e non sentire il rumore delle auto, mi fa stare bene. Sapere che nessuno è fuori casa mia a vivere la quotidianità, ma a vivere una « sorpresa quotidiana » mi ispira a immaginare delle storie nella mia testa. Io credo che tutti si dimenticheranno che cosa abbiamo passato. Sarà stato come un brutto sogno per alcuni e un difficile ricordo per altri.

Come può il pubblico sostenerti in questo momento?
Sarei davvero felice se il pubblico ascoltasse il mio disco di debutto, contribuendo quindi al mercato musicale streaming, da cui dipende una parte del mio guadagno.

Ti è utile se la gente ascolta più musica tua in streaming su Spotify e sim.?
Si, assolutamente. Con la crisi gli ascolti sono calati del 33% e per tutta l’industria musicale è stato un brutto colpo.

Cosa pensi possa esserci di positivo nell’attuale situazione?
Per i musicisti credo che non ci sia niente di positivo, nemmeno se penso alla creatività: per me non arriva necessariamente nei momenti in cui mi fermo, come ho dovuto fare per forza con il Covid-19 … anzi a dire il vero la maggior parte delle volte mi sento più creativa quando non ho tempo di esserlo. Questa situazione metterà a dura prova tutti, musicisti, tecnici, addetti ai lavori. Il mercato musicale non è mai stato compreso fino in fondo e credo che siano veramente poche le persone che capiscano che cosa significhi aver perso un anno intero di concerti.

Cosa vorresti far sapere ai tuoi fan?
Vorrei far sapere a tutti i miei fan che ho voglia di abbracciarli tutti.

www.ketyfusco.com

«Music for Tomorrow»
I membri della SUISA sono particolarmente colpiti dalla crisi del Covid-19. Viene completamente a mancare la maggiore fonte di introiti di molti compositori ed editori musicali, dal momento che la Confederazione ha vietato fino a data da destinarsi qualsiasi tipo di esibizione. Nelle prossime settimane pubblicheremo sul blog della SUISA i ritratti di alcuni dei nostri membri, che racconteranno cosa li preoccupa durante la crisi del Covid-19, quali difficoltà incontrano e com’è al momento la loro routine lavorativa. I musicisti si sono inoltre esibiti e hanno filmato una loro composizione per il blog SUISA, da casa o nel loro studio. Per questa campagna, la SUISA versa un compenso agli artisti.

«Que l’on soit musicien, technicien ou acteur du monde de la musique, cette situation est une épreuve pour tous.»

A travers le projet «Music for Tomorrow», SUISA souhaite apporter son soutien à ses membres en ces temps difficiles. Une plateforme a ainsi été mise disposition des artistes afin que chacune et chacun puisse raconter son expérience du confinement et présenter l’une de ses œuvres. La compositrice et harpiste tessinoise Kety Fusco est la première à se prêter au jeu. Elle nous livre son quotidien et nous explique pourquoi les choses n’ont pas tellement changé pour elle. Texte de Nina Müller; vidéo réalisée par Kety Fusco, arrangée par Nina Müller

Kety Fusco, 27 ans, joue de la harpe électrique et compose elle-même ses œuvres. La jeune femme a commencé à jouer de la harpe à l’âge de six ans. Avec le temps, Kety se lasse de l’instrument classique. C’est alors qu’elle découvre la harpe électrique : une révélation! Kety est également membre du collectif «Peter Kernel and their wicked orchestra» créé par Barbara Lehnhoff (Camilla Sparksss) et Aris Bassetti, également membres de SUISA. En 2018, dans le cadre du festival du film de Locarno, Kety Fusco a eu l’honneur de jouer devant le conseiller fédéral Alain Berset. Le 8 mai prochain, son premier album, Dazed, sortira sous le label italien Sugar Music. Kety Fusco vit à Arbedo (TI) et a rejoint SUISA en 2018.

En exclusivité pour le projet «Music for Tomorrow», l’artiste dévoile son premier morceau intitulé Saceba. Elle nous raconte l’histoire de ce premier titre: «Saceba est né dans une ancienne usine de ciment au cœur de la vallée la plus au sud de la Suisse. Je me suis rendue dans ce lieu magnifique et sombre à la fois pour donner vie à un spectacle de danse et de musique.

Le premier jour, en entrant dans le bâtiment principal, j’ai peu à peu réalisé combien l’acoustique de cet endroit était propice à l’inspiration. Le lendemain, j’y suis retournée avec différents objets (des pierres, des outils, des instruments) et mon appareil d’enregistrement sous le bras. J’ai enregistré tous les sons qui émanaient de cette usine -du nom de Saceba-, du premier au dernier étage : du bruit du béton effrité à l’écho incroyable produit par ce magnifique vestige industriel.

De retour chez moi, j’ai téléchargé tous les sons sur mon ordinateur et j’ai composé ce morceau en remontant le fil de mon passage dans ce lieu et en créant une histoire qui se serait déroulée entre ces murs. J’ai rajouté ensuite une mélodie jouée à la harpe, telle la bande-son que j’aurais aimé entendre en entrant pour la première fois dans l’enceinte de Saceba. En clair, la bande-son de l’usine de ciment.»

Kety Fusco, à quoi ressemble ton quotidien d’auteure-compositrice pendant la pandémie de coronavirus?
Kety Fusco: Je joue de la harpe classique quatre heures par jour: deux heures consacrées à la technique et deux autres à jouer des morceaux que je souhaite enregistrer. Je joue également environ deux heures par jour de la harpe électrique et je prépare mon nouveau live set.

Comment vis-tu cette crise sanitaire?
Je ne suis jamais en phase avec le monde extérieur, car tout va trop vite pour moi. Lorsque je ne suis pas en tournée, j’aime rester chez moi. Je passe beaucoup de temps à jouer de la musique, à étudier et à jouer de la harpe. Mon premier album Dazed sort le 8 mai sous le label Sugar Music et je travaille actuellement sur mon nouveau live set. Je suis très inspirée lorsque le calme règne autour de moi et que je peux faire de l’introspection. Le virus n’a pas changé ma manière d’agir, mais il a amélioré ma façon d’être. J’aime me promener dehors et ne pas entendre le bruit des voitures. Le fait que personne ne vive un quotidien normal et que chaque jour apporte sa part d’inconnu m’inspire pour créer. Je crois que tout le monde oubliera ce que nous avons traversé. Ce sera comme un mauvais rêve pour certains, et un souvenir douloureux pour d’autres.

Comment le public peut-il te soutenir en ce moment?
Je serais vraiment ravie que les gens écoutent mon album et soutiennent ainsi le marché du streaming dont une partie de mes revenus dépend.

Est-ce une bonne chose que les gens écoutent davantage ta musique sur Spotify et d’autres plateformes?
Oui, absolument. La crise a fait baisser les streams de 33%, et toute l’industrie de la musique en est durement touchée.

Selon toi, quel pourrait-être le côté positif de cette situation inédite?
Pour les musiciens, je pense qu’il n’y a rien de positif, même pas pour le processus créatif. Ma créativité ne jaillit pas forcément lorsque je ne fais rien, comme en ce moment à cause du Covid-19. En fait, je suis beaucoup plus inspirée lorsque je suis très occupée. Que l’on soit musicien, technicien ou acteur du monde de la musique, cette situation est une épreuve pour tous. Les enjeux du marché de la musique n’ont jamais été totalement compris par le grand public et je pense que très peu de gens savent ce que la perte d’une année de concerts représente.

Quel message souhaites-tu faire passer à tes fans?
Je veux leur dire que j’aimerais tous les prendre dans mes bras.

www.ketyfusco.com

«Music for Tomorrow»
La crise du Covid-19 est particulièrement rude pour les membres de SUISA. En effet, jusqu’à nouvel ordre, les représentations de toute sorte sont interdites. De nombreux compositeurs, compositrices, éditeurs et éditrices ont ainsi perdu leur principale source de revenus. Au cours des prochaines semaines, nous aurons le plaisir de partager le portrait de certains d’entre eux sur le SUISAblog. L’occasion pour ces professionnels de nous confier ce qui les touche et de raconter leurs défis et leur quotidien. Les musiciens et musiciennes ont également filmé leur performance pour notre blog, depuis chez eux ou depuis leur studio. SUISA verse une rémunération aux artistes pour leur participation à ce projet.
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Reto Parolari: Un ardent feu sacré vient de s’éteindre

Reto Parolari, le compositeur, chef d’orchestre, arrangeur et multi-instrumentiste de Winterthour, s’est éteint dimanche 15 décembre 2019 à l’âge de 67 ans. Depuis 2007, il était membre du conseil de SUISA. Il siégea auparavant (depuis 1990) à la commission de répartition et des œuvres qu’il présida à partir de 1997. Nécrologie rédigée par Xavier Dayer, président de SUISA, et Urs Schnell, directeur de la FONDATION SUISA

Photo de Reto Parolari prise en 2014 lors de l’Assemblée générale de SUISA à Berne. (Photo: Juerg Isler, isler-fotografie.ch)

Nous avons reçu il y a quelques jours la triste nouvelle du décès de Reto Parolari, c’est un choc pour le conseil d’administration de SUISA. Moins d’une semaine auparavant, Reto présidait encore la commission Tarifs et Répartition et participait avec l’immense générosité humaine qui le caractérisait à nos séances du Conseil. Personne n’aurait pu imaginer qu’il puisse nous quitter si subitement. Je garde le souvenir de nos intenses et cordiales discussions lors du repas commun du Conseil.

J’aimerais souligner par ces quelques lignes son apport si précieux pour le Conseil de SUISA : comme auteur et comme musicien il apportait un regard essentiel. Il a toujours été constructif et un partenaire indispensable.

Nous nous connaissions depuis 2007, date à laquelle il est entré dans notre conseil après avoir présidé durant 10 ans la commission de Répartition et des œuvres. Ainsi, c’est une figure importante de la vie du conseil qui nous a quitté dimanche, irremplaçable et que nous regretterons beaucoup.

Pour retracer sa musique et son parcours artistique il me semble que la meilleure des choses est de donner la parole au directeur de notre fondation, Urs Schnell, qui vient de faire une superbe Laudatio à l’occasion de la remise du prix culturel de Winterthour le 3 décembre. Les lignes d’Urs Schnell que nous reproduisons ci-dessous prennent une dimension particulièrement émouvante aujourd’hui.

Au nom du conseil de SUISA je témoigne de toute notre affection à ses proches en cette période douloureuse.

Xavier Dayer

Hommage rendu à l’occasion de la remise du prix de la culture à Reto Parolari au théâtre de Winterthour le 3 décembre 2019

Cher Reto,

Pour moi, aujourd’hui, la boucle est bouclée: c’est sur la scène de ce même théâtre que je t’ai rencontré pour la première fois, Reto – c’était en 1990 il me semble. Je passais alors mon diplôme d’enseignement à l’ancien conservatoire de musique, ici, à Winterthour et je devais chanter à l’occasion du concert annuel. On m’avait annoncé un concert avec ton orchestre. Au programme: de la «grande musique de divertissement»

Comme vous pouvez peut-être vous l’imaginer, mesdames et messieurs, l’entreprise ne fut pas une mince affaire. Les étudiants en musique, habitués au classique, trouvèrent tout d’abord assez aberrant de devoir travailler un tel répertoire. Le projet dut faire face à un fort scepticisme. De la «musique de divertissement»… et peut-être même des ternaires swingués… des extraits de «My Fair Lady» et autres passages de ce genre… un véritable défi, en somme, pour le chef de chœur et directeur du conservatoire de l’époque, le très estimé Fritz Näff.

Mais plus le concert approchait, plus la situation devenait claire: la musique de divertissement n’était pas de la musique «facile», que l’on pouvait prendre «à la légère». Nous étions ainsi confrontés à l’un des casse-tête musicaux les plus difficiles que j’ai connus.

En fin de compte, c’est toi, Reto, qui as donné corps à ce projet: grâce à ton enthousiasme, ton entrain, ton humour et, oui, ton autorité naturelle – des qualités que l’on ne connaît qu’aux grands hommes, à celles et ceux qui s’élèvent au-delà du monde matériel – une secousse a parcouru le cercle des étudiants. Tu as su vaincre les résistances et nous nous sommes mis à jouer tous ensemble.

La sagesse dont tu as su faire preuve ce soir-là m’a appris une chose: pour véritablement conquérir son public en tant que musicien, il faut entretenir une relation basée sur le respect avec ses pairs, il faut une connaissance profonde de ce que l’on fait, il faut avoir une grande admiration pour la musique, mais surtout, il faut faire preuve de beaucoup d’enthousiasme – bref il faut que brûle le feu sacré.

C’est par cette petite commémoration que j’ai décidé de vous accueillir à cette remise du prix de la culture à Reto Parolari.

C’est un véritable honneur, une grande joie pour moi d’avoir l’occasion de prononcer ces quelques mots. Je te remercie, Reto, d’avoir demandé à ce que ce soit moi qui m’en charge…

Vous, les Parolari, êtes depuis ce soir la famille de Winterthour arborant la plus grande collection de prix de la culture. Il y a exactement 30 ans, ton père, le hautboïste Egon Parolari, s’était déjà vu décerner ce prix – voilà de quoi entretenir la continuité de la politique culturelle de la ville.

Enfant, tu faisais déjà partie du paysage de Winterthour. Une fois, tu m’as dit: «J’ai moi-même grandi sur la scène de l’hôtel de ville. Mon père m’a si souvent amené avec lui à ses répétitions et à ses concerts.»

A 24 ans, tu as obtenu ton diplôme fédéral de percussionniste, ici, au conservatoire de la ville, avant de poursuivre tes études de musique à Hanovre, Stuttgart et Vienne.

Et maintenant, mesdames et messieurs, la tâche s’annonce difficile, car le plus grand défi lorsque l’on cherche à se rapprocher de l’œuvre et de l’homme reste l’incroyable diversité de ses créations.

Voilà qui n’est pas une entreprise aisée pour le pauvre laudateur: ton parcours, Reto, est imprégné de simultanéités et d’oppositions, de parallèles et de complémentarités. Toutefois, et puisse cela soulager le laudateur qui n’est pas tant à plaindre que ça: il est plein d’une inextinguible passion pour la musique, de ce feu sacré – mais ce sont justement les aspérités de ton travail qui font la logique de ton parcours.

Tu es un artiste – mais aussi un entrepreneur habile. Tu es un compositeur, un arrangeur, tu es un auteur, un éditeur de littérature spécialisée, un chef d’orchestre et un instrumentiste.

Un multi-instrumentiste: au marimba, sur la machine à écrire Continental, à la batterie, au piano, tu es même un virtuose du klaxon. Mais ton instrument principal, c’est toi. Ton authenticité, la foi en ta mission, ta gentillesse et ton humour, ton obstination et ta nature absolue, et justement, ton feu sacré…

Il n’est pas possible de parler de toi sans évoquer la «grande musique de divertissement».

Mais, attends… c’est quoi? Qu’est-ce qui distingue Parolari des autres musiciens? En termes marketing, quelle est ta caractéristique?

Pour y répondre, je citerai Cédric Dumont, le fondateur de l’orchestre de variété de Radio Beromünster et directeur du studio de radio de Zurich: «La musique est tombée dans le péché dès lors que l’on a fait la distinction entre musique sérieuse et musique de divertissement. Pourtant, même cette dernière exige de la persévérance, du savoir-faire et de l’enthousiasme». Voilà ce qui te définit: le feu sacré.

Tu brûles pour un genre musical véritablement stigmatisé. Un genre qui, s’il lui arrive d’être pris au sérieux, est souvent accueilli par des sourires suffisants…

Mais d’où vient cette répulsion qui anime les représentants de la musique soi-disant «sérieuse»?

Une grande rigueur est pourtant de mise, bien plus que pour d’autres genres musicaux prétendument sérieux: pour que la musique de divertissement puisse atteindre son plein potentiel, il convient de jouer la partition avec précision, la musique DOIT être prise au sérieux – mais attention: contradiction – elle doit toujours être jouée avec une note d’humour.

D’ailleurs, a contrario, n’ai-je pas le droit d’être «diverti» par une symphonie de Beethoven? Par un concert de Bach? Et si jamais tel est le cas: est-ce réellement grave?

Je laisse la question ouverte…

Ton œuvre est étroitement liée à l’histoire de la radio suisse. Jusque dans les années 70, toutes les stations avaient leur propre orchestre sous contrat qui accompagnait en direct les émissions avec un répertoire spécialement composé. Si l’on voulait être sûr que la musique produise l’effet escompté chez les auditeurs, il fallait qu’elle soit composée de sorte à être colorée, picturale, et jouée d’une main de maître. Ce qui me conduit à la thèse suivante: la grande musique de divertissement est une bande originale – une bande originale qui doit créer ses propres images – et ça, c’est du storytelling de haut vol.

Avec les grands bouleversements qu’a connu le paysage audiovisuel au début des années 70, les orchestres de radio étaient sur le déclin – l’un après l’autre, tous furent dissous –plus personne ne demandait ces répertoires, des musiciens hautement qualifiés furent remerciés, toutes ces partitions risquaient d’être envoyées aux archives.

Mais Reto était au bon endroit au bon moment:

Tu as littéralement sauvé de la déchiqueteuse les partitions du studio radio de Bâle, puis de la radio bavaroise et, plus tard, celles de l’orchestre radio de Beromünster.

Et voilà que prenait forme pratiquement dans l’ombre ta plus grande réalisation matérielle, ici, quasiment sous nos pieds.

Tu es devenu le gardien d’une énorme collection de partitions comptant plus de 110 000 titres conservés dans un grand abri anti-aérien en plein centre-ville de Winterthour.

Cette archive musicale, la plus fournie d’Europe, n’était pas uniquement un mausolée rassemblant des instants de créativité, non, tu en permettais l’accès à de nombreux orchestres internationaux qui purent largement s’en servir.

Ton mérite pour la conservation tant musicale qu’archivistique de cet héritage historique unique, et pour avoir gardé en vie un tel patrimoine, ne saurait être suffisamment loué. Je remercie la ville de Winterthour de reconnaître ton engagement en te décernant ce prix et en rendant à ta musique l’hommage qu’elle mérite.

Et, bien entendu, on ne peut pas parler de toi sans évoquer ton orchestre.

Tu as créé le tout premier ici, au conservatoire de la ville, pendant tes études.

L’ORP, qui emploiera dès 1990 environ 40 musiciens professionnels, a vu le jour sous sa forme symphonique. Un tel orchestre – rappelons-le – est en fait une aberration entrepreneuriale. Ce n’est jamais rentable – mais quoi qu’il en soit: tu n’as jamais dû déclarer faillite.

Tu as dirigé plus de 40 orchestres du monde entier, dont certains assez exotiques, comme celui de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg (Russie), de l’aéroport de Zurich (Suisse) ou du philharmonique de Pyongyang (Corée du Nord).

Et à chaque fois, tu n’as pas eu à déposer de candidature, on a fait appel à toi.

Il en va de même dans le domaine du cirque: tu avais à peine 28 ans lorsque l’on t’a proposé d’être le chef d’orchestre du cirque Nock, et peu après, du cirque Knie. Pour ton travail au théâtre Carré d’Amsterdam, la reine des Pays-Bas t’a même décerné le titre de «chef d’orchestre royal». Par la suite, en ta qualité de directeur musical du festival international du cirque de Monaco, voilà que tu côtoyais de nouveau des nobles et des têtes couronnées.

Il n’y avait qu’ici, dans ton pays, que le glamour était moins au rendez-vous: grâce à ton festival international de grande musique de divertissement, tu as certes créé un événement musical de dimension internationale, mais celui-ci a reçu du public suisse moins de considération.

Je devrais désormais parler de ton travail de compositeur et d’arrangeur comptant plus de 800 œuvres, mais celui d’auteur d’articles et de plusieurs livres spécialisés mérite aussi d’être dûment reconnu – et le temps commence à manquer.

Mais quelque chose me tient à cœur: Tout ce que tu as fait, tu ne l’as pas uniquement fait en ton propre nom, Reto: en tant que membre du conseil de la coopérative des droits d’auteur SUISA ou membre actif du Rotary Club Winterthur-Mörsburg, tu as su rendre service à tes pairs avec altruisme.

Comme je l’ai dit au début: un parcours avec des aspérités – eh oui, toutes ces facettes de ton travail, que ce soit en tant que musicien, chef d’orchestre, entrepreneur, organisateur, éditeur, archiviste, compositeur – toutes se complètent, sont interdépendantes, ont besoin les unes des autres et dressent le portrait d’un façonneur de culture. Je le répète, un parcours logique.

Il n’y a pas si longtemps, j’ai eu l’occasion de travailler sous ta direction: ce n’était certes que pour un morceau, mais cette fois en tant que flûtiste professionnel. Et en quelques secondes seulement, c’était de nouveau là: ce sentiment que tu savais si bien donner, ce «tout va bien se passer, fais-moi confiance», empreint de respect. Décontracté sur scène, sérieux dans les faits. Et tu avais raison: ton travail a porté ses fruits, le BigBand swinguait, mon engagement… Ton feu sacré brûlait avec ardeur pour un résultat sublime – et oui, tout se passa à merveille!

Merci, Reto, merci pour tout!

Urs Schnell

La cérémonie d’adieu aura lieu le lundi 30 décembre 2019, à 15h00 à la Stadtkirche de Winterthour.

 

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  1. Samuel Zünd dit :

    Bitte veranlassen Sie unbedingt die Sicherung Reto Parolaris einzigartiger Notenbibliothek als ein Ganzes der Nachwelt! Sie ist ein einzigartiger Schatz und gehört der Öffentlichkeit für alle Zeiten zugänglich gemacht. Auf dass die von Reto geretteten Werke nicht noch einmal vorm Schreddern bedroht werden!
    Herzlich Samuel Zünd

  2. Markus Niffenegger dit :

    Lieber Reto
    Die Nachricht von deinem unerwarteten Abschied vom irdischen Leben hat mich zu tiefst schockiert, denn du warst mir stets ein guter Freund und ein grosses Vorbild. Die Zeit, in welcher ich vor über 40 Jahren als junger Amateurtrompeter in deinem Orchester mitmusizieren durfte, ist mir bis heute als meine beste musikalische Erfahrung in guter Erinnerung geblieben. Mit dir haben wir einen grossen Musiker und überaus edlen Menschen verloren.
    Vielen Dank für alles, ruhe in Frieden!
    Markus

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Reto Parolari, le compositeur, chef d’orchestre, arrangeur et multi-instrumentiste de Winterthour, s’est éteint dimanche 15 décembre 2019 à l’âge de 67 ans. Depuis 2007, il était membre du conseil de SUISA. Il siégea auparavant (depuis 1990) à la commission de répartition et des œuvres qu’il présida à partir de 1997. Nécrologie rédigée par Xavier Dayer, président de SUISA, et Urs Schnell, directeur de la FONDATION SUISA

Photo de Reto Parolari prise en 2014 lors de l’Assemblée générale de SUISA à Berne. (Photo: Juerg Isler, isler-fotografie.ch)

Nous avons reçu il y a quelques jours la triste nouvelle du décès de Reto Parolari, c’est un choc pour le conseil d’administration de SUISA. Moins d’une semaine auparavant, Reto présidait encore la commission Tarifs et Répartition et participait avec l’immense générosité humaine qui le caractérisait à nos...Continuer

Là où il nʼy a pas dʼamour, tout est vain

Le compositeur et journaliste musical zurichois Rolf Urs Ringger est décédé le 26 juin 2019 à l’âge de 84 ans. Hommage par Thomas Meyer, contributeur invité

Rolf Urs Ringger: Là où il nʼy a pas dʼamour, tout est vain

Rolf Urs Ringger était membre de SUISA depuis 1960. (Photo: Keystone / Gaëtan Bally)

Dans ses jeunes années, il avait le projet d’écrire un roman intitulé «Le Dandy»: le personnage principal y aurait pris un taxi pour se rendre à l’opéra. Ce livre aurait dû traiter de ce court et pourtant interminable voyage – et probablement aussi un peu de lui-même. Peu importe qu’il s’agisse d’une invention ou s’il se trouvera effectivement dans la succession l’ébauche d’un roman : Rolf Urs Ringger savait bien entendu qu’une telle anecdote donnerait du grain à moudre au journaliste. Malicieusement, il imaginait comment le profil du dandy Ringger prenait forme et s’en réjouissait car c’est aussi ce qu’il était: le dandy des compositeurs suisses, coquet invétéré, mais jouant de cette coquetterie. Lorsqu’Adrian Marthaler a adapté pour la télévision son œuvre orchestrale «Breaks and Takes», Ringger y joua le rôle d’un compositeur mélancolique à la Frederick Delius, se prélassant au bord d’une piscine.

«J’adore minauder. C’est aussi cela qui donne à mes productions leur aspect léger et ludique. Le public apprécie et en plus j’ai du plaisir à le faire!», avait-il dit lors d’une conversation. «Cet aspect du narcissisme est, sans jugement de valeur, très perceptible chez moi.» J’aimais chez lui cette autodérision très naturelle. Il apportait une couleur très personnelle et bien visible à la scène musicale zurichoise qui tend davantage à la modestie; il était sophistiqué, polyvalent, urbain, même s’il passait tous ses étés à Capri, où il créa de nombreux univers sonores sensuels. Le compositeur a lui-même largement contribué à entretenir cette image.

Un artiste des sons et des mots

Mais Ringger était également un Zurichois. C’est dans cette ville qu’il est né le 6 avril 1935; c’est ici qu’il a grandi, vécu et travaillé en tant qu’artiste des sons et des mots. Il a fréquenté le gymnase de Küsnacht. Au séminaire de musicologie de Kurt von Fischer à Zurich, son travail de fin d’études porta sur les Lieder pour piano de Webern. Il a également travaillé durant des décennies pour la «Neue Zürcher Zeitung» en tant que critique musical, en livrant des textes élégants et percutants, parfois délibérément lacunaires. Il a aussi dressé très tôt le portrait de certains compositeurs qui ne furent vraiment reconnus que plus tard, comme par exemple Edgard Varèse, Charles Ives, Erik Satie et Othmar Schoeck. A côté des grands personnages, il y a les originaux, et il a volontiers pensé aux nostalgiques, parmi lesquels il se comptait probablement lui-même. Il a regroupé ces portraits dans des publications telles que le recueil d’essais «Von Debussy bis Henze».

Ringger a suivi très tôt des cours de composition privés auprès de Hermann Haller. Dans le cadre des cours de vacances de Darmstadt, il a étudié auprès de Theodor W. Adorno et Ernst Krenek; peu après encore un semestre auprès de Hans Werner Henze à Rome. C’étaient des antipodes esthétiques, car Henze s’était déjà retiré de la scène avant-gardiste à cette époque. Bien que Ringger ait dit plus tard, avec un sourire suffisant et plein d’espoir, qu’il s’était mieux entendu avec Adorno qu’avec Henze, comme ce dernier, il s’est néanmoins écarté des techniques strictement sérielles et s’est tourné vers un langage sonore plus sensuel. On peut d’ailleurs l’entendre dans ses titres: «… vagheggi il mar e l’arenoso lido …» pour orchestre (1978), «Souvenirs de Capri» pour soprano, cor et sextette à cordes (1976–77), «Ode ans Südlicht» pour chœur et orchestre (1981) ou encore «Addio!» pour cordes et cloches tubulaires. Avec «Der Narziss» (1980), «Ikarus» (1991), et «Ippòlito» (1995), il a créé trois œuvres pour ballet. Il n’a apparemment jamais essayé d’aborder les grandes formes musicales dramatiques.

Langage sonore sensuel

Succédant à Henze, Ringger fut l’un des premiers à utiliser à nouveau des éléments de musique néotonale dans les années 70, mais très tôt par rapport à la tendance générale. A l’époque, j’avais publié une critique plutôt virulente dans ce sens. Il a naturellement fait part de sa vexation avec l’autodérision qui le caractérisait. Et pourtant, quelques années plus tard, il y est revenu avec plaisir et a fièrement mis en évidence que je l’avais désigné comme le premier compositeur de musique néotonale du pays. Le virage postmoderne lui avait donné raison.

Sa musique aimait jouer avec les citations (Debussy par exemple), recourait à des couleurs impressionnistes ou à des gestes très romantiques, tout en restant limpide et légère. Je l’apprécie surtout en tant que flâneur urbain. Pas lorsqu’il réunit des coupures de journaux en un collage («Chari-Vari-Etudes», «Vermischtes») pour chœur de chambre, de manière un peu enfantine, mais plutôt dans ses promenades musicales. Dans «Manhattan Song Book» (2002) pour soprano, trois voix et cinq instruments, il est en balade à New York, il observe, note et commente en onze chansons, de manière insolente et insouciante, là aussi avec la coquetterie de celui qui se contemple dans un miroir. Quand une dame peu sympathique, décrite comme une «crazy witch», lui demande s’il est le «famous composer», il répond laconiquement: «No, it’s my cousin.»
Maintenant, il n’est plus là. «Lumière!», peut-on lire tout en haut de l’avis mortuaire; puis deux phrases: «Il aimait le soleil méditerranéen, la musique et la jeunesse. Il remercie toutes celles et tous ceux qui lui ont fait du bien dans la vie et qui ont soutenu sa musique.» Il manquera à Capri. Son «Notizario caprese» (2004) se terminait par les mots suivants «(très calme, presque sans pathos): Se non c’è Amore, tutto è sprecato. (très sobre) Là où il n’y a pas d’amour, tout est vain. Epitaphe à Capri; vers 2020.»

Cet hommage de Thomas Meyer a paru tout d’abord dans la «Revue musicale suisse», No 9/10 de septembre/octobre 2019.

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Le compositeur et journaliste musical zurichois Rolf Urs Ringger est décédé le 26 juin 2019 à l’âge de 84 ans. Hommage par Thomas Meyer, contributeur invité

Rolf Urs Ringger: Là où il nʼy a pas dʼamour, tout est vain

Rolf Urs Ringger était membre de SUISA depuis 1960. (Photo: Keystone / Gaëtan Bally)

Dans ses jeunes années, il avait le projet d’écrire un roman intitulé «Le Dandy»: le personnage principal y aurait pris un taxi pour se rendre à l’opéra. Ce livre aurait dû traiter de ce court et pourtant interminable voyage – et probablement aussi un peu de lui-même. Peu importe qu’il s’agisse d’une invention ou s’il se trouvera effectivement dans la succession l’ébauche d’un roman : Rolf Urs Ringger savait bien entendu qu’une telle anecdote donnerait du grain à moudre au journaliste. Malicieusement, il imaginait comment le profil du dandy Ringger prenait forme et...Continuer

Omaggio a Claudio Taddei

Lo scorso 9 agosto, all’età di 52 anni, è morto il cantautore e pittore Claudio Taddei. Omaggio di Rossana Taddei e Sara Ravarelli – Vous trouvez le texte en français en dessous.

Omaggio a Claudio Taddei

Rossana e Claudio Taddei. (Foto: Alejandro Persichetti)

Nato in Uruguay da famiglia ticinese, Claudio cresce tra il Ticino e il paese sudamericano, dove intraprende una fortunata carriera musicale che lo porta a raggiungere i vertici delle classifiche sudamericane. Nel 2002, quando in Uruguay Claudio è considerato una vera e propria star, viene colpito da un grave problema di salute che lo riporta in Svizzera. Qui alterna periodi di impegnative terapie mediche a periodi densi di concerti e performance artistiche, diventando anche in Ticino, in pochissimi anni, un personaggio popolare, un musicista conosciuto e un pittore molto apprezzato.

Claudio Taddei aveva iniziato a coltivare sin dall’infanzia la sua passione per la musica con la sorella Rossana. Anche Rossana Taddei vanta un’importante carriera musicale in Uruguay. Iscritta alla SUISA da diversi anni, Rossana ha voluto condividere con noi questo suo tenero e personale ricordo di Claudio, come fratello e come artista. (Sara Ravarelli)

Caro fratello, amico, compagno di un viaggio pieno di avventure e di sogni

Un sole, una stella gigante piena di luce.
Hai sempre amato percorrere i destini del sole e ora torni a lui.
L’ addio non esiste perché vivi in tutte le tue canzoni, in ogni pennellata, nei tuoi colori, nella nostra mente e nel nostro cuore.
Caro fratello, amico, compagno di un viaggio pieno di avventure e di sogni, complici eterni, come due gemelli.
I tuoi occhi vivaci, sorridenti e curiosi rispecchiano il sorriso aperto del tuo cuore-bussola. Hai raccontato e cantato la tua storia, la tua allegria, la tua tristezza, la tua bontà.
Che la tua mano sincera guidi ora il cammino di tutti noi che ti abbiamo amato e che vogliamo ricominciare a camminare, ad andare avanti cercando di accogliere il dolore e il vuoto della tua assenza.
Mi mancherai, ci mancherai. Riempirò lo spazio cantando e raccontando la nostra storia, il nostro essere fratello e sorella (o come dicevi tu il nostro essere «fratella e sorello»).
Creare ci salva sempre e sempre ci ha salvati.
Creare ci unisce sempre e sempre ci ha uniti.
È stato il filo conduttore più potente del nostro legame e quello che sempre ci unirà.
Ogni immagine che mi regalano i ricordi inizia e finisce con un sorriso del cuore.

Intensamente tranquillo
Inquietamente intenso
Silenziosamente rumoroso
Disordinatamente ordinato
Appassionatamente calmo
Quietamente appassionato
Testardamente timido
Timidamente esuberante
Ti conosco come la mia mano, fratello mio, e ti ignoro nella profondità e nell’infinito che sei stato e continui ad essere.

Grazie per essere stato un Maestro; la vita è un regalo: bisogna capire come affrontarla affinché il regalo si converta in luce.

«Te toca la pena, también la alegría y el amor. No dejes que nada espere, la vida hace siempre lo que quiere, más vale echarle picante y hacer que las cosas se vivan bien pa’delante.»

Rossana Taddei
(traduzione di Franca Taddei)


Hommage à Claudio Taddei

Le 9 août dernier, Claudio Taddei, auteur-compositeur-interprète et peintre, est décédé à l’âge de 52 ans. Hommage de Rossana Taddei et Sara Ravarelli

Hommage à Claudio Taddei

Rossana et Claudio Taddei. (Photo: Alejandro Persichetti)

Né en Uruguay dans une famille tessinoise, Claudio a grandi entre le Tessin et ce pays d’Amérique du Sud où il entreprit une carrière musicale réussie qui le porta en tête des classements sud-américains. En 2002, alors que Claudio est considéré comme une véritable star en Uruguay, il est touché par un grave problème de santé qui le contraint alors à rentrer en Suisse où il jongle entre des périodes de lourds traitements médicaux, des activités artistiques et des concerts. En quelques années seulement, il devient ainsi une personnalité populaire, un musicien célèbre et un peintre très apprécié, également au Tessin.

Claudio Taddei découvre et cultive sa passion pour la musique déjà depuis son enfance, en compagnie de sa sœur Rossana. Rossana Taddei, elle aussi, entreprit une importante carrière musicale en Uruguay. Membre SUISA depuis plusieurs années, Rossana a souhaité partager avec nous son souvenir affectueux et personnel de Claudio, en tant que frère et artiste inoubliable. (Sara Ravarelli)

Très cher frère, ami, compagnon de ce voyage aventureux et extraordinaire

Comme le soleil, une immense étoile remplie de lumière.
Tu as toujours aimé parcourir les voies ensoleillées et aujourd’hui, tu te tournes vers cet astre lumineux.
Il n’est pas question de te dire adieu car tu vis dans chacune de tes chansons, dans chaque coup de pinceau, dans tes couleurs, dans notre esprit et notre cœur.
Très cher frère, ami, compagnon de ce voyage aventureux et extraordinaire, tel un frère jumeau, compagnon éternel.
Ton regard étincelant, souriant et curieux reflète la générosité de ton cœur et agit telle une boussole sur mon chemin. Dans tes chansons, tu racontes ta vie et chantes la joie, la tristesse et la bonté.
Que ta main sincère nous montre aujourd’hui le chemin, à nous tous qui t’avons aimé et qui voulons maintenant repartir pour surmonter la douleur et le vide que tu laisses derrière toi.
Tu vas me manquer, tu vas nous manquer. Je remplirai l’espace en chantant et en racontant notre histoire, notre passé de frère et sœur (ou comme tu disais, notre passé de «frœur et sère»).
La création nous sauve toujours et nous a toujours sauvés.
La création nous unit toujours et nous a toujours unis.
Ce fut le fil conducteur le plus puissant de notre relation et celui qui nous unira toujours.

Nos souvenirs illumineront à tout jamais mon cœur.

Intensément tranquille
Nerveusement intense
Silencieusement bruyant
Confusément ordonné
Passionnément calme
Paisiblement passionné
Obstinément timide
Timidement exubérant

Je te connais comme la paume de ma main, mon frère, et je t’ignore dans la profondeur et l’infini que tu as été et seras toujours.

Merci d’avoir été un Maestro; car la vie est un cadeau: il faut comprendre comment l’affronter pour que ce cadeau se transforme en lumière.

«Te toca la pena, también la alegría y el amor. No dejes que nada espere, la vida hace siempre lo que quiere, más vale echarle picante y hacer que las cosas se vivan bien pa’delante.»

Rossana Taddei

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Omaggio a Claudio Taddei

Rossana e Claudio Taddei. (Foto: Alejandro Persichetti)

Nato in Uruguay da famiglia ticinese, Claudio cresce tra il Ticino e il paese sudamericano, dove intraprende una fortunata carriera musicale che lo porta a raggiungere i vertici delle classifiche sudamericane. Nel 2002, quando in Uruguay Claudio è considerato una vera e propria star, viene colpito da un grave problema di salute che lo riporta in Svizzera. Qui alterna periodi di impegnative terapie mediche a periodi densi di concerti e performance artistiche, diventando anche in Ticino, in pochissimi anni, un personaggio popolare, un musicista conosciuto e un pittore molto apprezzato.

Claudio Taddei aveva iniziato a coltivare...Continuer

KT Gorique, à la conquête de l’Est

KT Gorique, membre de SUISA, a été invitée à participer au panel «Hit the World» organisé par SUISA au M4music Festival 2019 en tant qu’experte en composition de chansons dans le domaine du rap. Peu de temps après, elle est lauréate du Prix suisse de la musique 2019. Rencontre avec la rappeuse vivant en Valais qui diffuse son rap dans toute la Suisse. Texte du contributeur invité José Tippenhauer, Swissmusic.ch

KT Gorique, à la conquête de l’Est

«Elle se produit entre autres au Sénégal, au Canada et dans l’Europe entière et tient une place considérable sur la scène du rap suisse», écrit l’Office fédéral de la culture à propos de la nouvelle lauréate du Prix suisse de la musique 2019, KT Gorique. (Photo: Jérémie Carron)

KT Gorique mérite son surnom de «Couteau suisse». Après sa victoire au concours international d’improvisation rap «End of the Weak» à New York en 2012, il y a eu le film «Brooklyn» de Pascal Tessaud, où elle interprétait la jeune rappeuse Coralie. En 2016, elle a sorti son premier album, «Tentative de Survie». Et l’an dernier, elle est entrée dans les charts avec son projet «Kunta Kita». Quelques semaines après sa nomination aux Swiss Music Awards, elle continue son ascension. Elle ouvrira le concert de Nicki Minaj au Hallenstadion à Zürich, et fait partie des rares francophones à l’affiche du festival Frauenfeld. 2019 promet pour la rappeuse valaisanne avec qui nous avons parlé de la Suisse, de ses inspirations et de ses processus créatifs.

«Kunta Kita» est sorti en juillet 2018. Quel bilan en tires-tu?
KT Gorique: Ce projet a produit un gros changement dans ma carrière. Je n’aurais pas espéré la moitié de ce qui m’est arrivé grâce à lui!
Depuis sa sortie, j’ai fait une quarantaine de dates, dont mes premières en tant que tête d’affiche, et plusieurs fois c’était complet (à Saint-Gall, Lucerne, etc.). Jusqu’ici, pendant 6 ans je faisais toujours le concert de la découverte, les gens ne me connaissaient pas spécialement. Là, avec «Kunta Kita», une fan base solide s’est établie. Le paradoxe, c’est que la majeure partie vient de Suisse alémanique – alors que je chante en français. C’est incroyable!
Ce qui a beaucoup joué là-dedans, c’est que le projet est distribué par un label zurichois, FarMore Records. Et surtout, en septembre, SRF3 m’a nommée «Best Talent» du mois. C’est une radio généraliste, donc beaucoup de gens pas forcément hip-hop y ont entendu mes sons. Ça m’a amené un public différent, je le remarque à mes concerts: il y a des personnes hip-hop, des punks, des rastas, des mecs rocks, des petits, des vieux. Pour moi, c’est le plus beau cadeau. Je fais de la musique pour tout le monde, pas que pour ceux qui ont déjà les codes rap.

Maintenant que tu tournes beaucoup en Suisse allemande, comment identifies-tu ce fameux Roestigraben (barrière symbolique entre les parties francophone et germanophone du pays)?
Une grosse différence, c’est le budget que le public est prêt à débloquer. Dernièrement, j’ai fait une date à Lausanne avec des artistes de Romandie (partie francophone de la Suisse), l’entrée était 25 CHF. J’ai tout de suite pensé que les gens trouveraient ça cher, et effectivement la salle n’était pas remplie. La semaine suivante, j’étais en Suisse allemande, il y avait moi et une première partie pour 30 CHF… C’était full!
J’ai l’impression que nous les Romands, on cherche notre identité du côté français. Alors que les Suisses alémaniques, dans leur tête, ils sont Suisses! Quand ils voient des artistes suisses qui assurent, ils se disent «c’est cool parce qu’ils sont forts et surtout parce qu’ils sont Suisses!», et ils vont les encourager. Nous les Romands, comme on s’identifie plus aux Français, on a tendance à valider nos artistes que s’ils sont validés en France, ou en tout cas à l’extérieur de nos frontières. Heureusement, ça commence à changer. Dans une date récente, j’étais avec Danitsa, Comme1Flocon, SWK, et Chien Bleu. Un line-up pareil, avec que des Romands, sans aucun étranger, c’était impossible il y a 3 ans!
Pour revenir au Roestigraben, c’est marrant car quand je dis à des Romands que je vais faire des concerts en Suisse allemande, ils me répondent: «mais ils ne sont pas pire fermés d’esprit?!» Alors qu’au contraire, je me rends compte qu’ils sont deux fois plus ouverts que nous! La preuve, c’est qu’eux nous accueillent, mais que les rappeurs alémaniques sont inconnus ici.

Dans ton titre «Outta Road», tu frappes des gens vêtus de gilets jaunes. C’était avant la formation du mouvement, mais dans ta «NAYUNO Session», tu parles des «vrais» Gilets jaunes, en disant: «le jaune a la cote cet hiver, ils le portent en gilet, moi je veux tout l’ensemble». Est-ce une pique?
Au contraire, c’est un message d’encouragement. Si j’étais Française, je serais sur la route tous les jours avec eux, avec des gilets jaunes partout, même sur mes jambes!
Tout ce que j’écris, c’est de l’instinct. Quand je vois des personnes pas forcément issues des mêmes milieux sociaux se rassembler pour faire valoir leurs droits en tant qu’humains – parce qu’elles sont dans une position injuste et invivable –, je trouve ça beau! Donc «je veux tout l’ensemble», c’est pour dire «je suis avec vous jusqu’au bout»!

Parlons de ton processus créatif justement. Qu’entends-tu par «écrire à l’instinct»?
Pour créer des textes, avant toute chose, j’ai besoin d’un beat. Si je n’en ai pas, ça m’arrive d’écrire un peu, mais ce ne sera jamais un morceau entier. Quand je veux me lancer dans une chanson, j’ai automatiquement besoin d’avoir de la musique, c’est elle qui dicte mes mots.
Niveau inspiration, ma source, c’est le quotidien. Il y a plein de choses dans la vie auxquelles je suis sensible. Ça peut venir de ce que je vois, ce que je vis, ce que j’entends, des expériences de gens autour de moi, de ma famille, ou de difficultés que je rencontre. Ça peut être très personnel, mais aussi plus global – comme dans l’exemple des Gilets jaunes.
De là, la musique et les émotions vont me guider. J’essaie de me connecter à ce que je ressens et le mettre en forme sur le rythme. J’écris assez souvent sur mon ordinateur, sinon, quand je veux garder ce truc de l’instinct justement, être incisive, j’écris mes textes directement dans la tête. Je fais une phrase après l’autre, et je les retiens au fur et à mesure, sans avoir besoin de retranscrire tout ça sur une feuille. Les mélodies de voix et le flow suivront alors naturellement, en fonction de ce que je veux raconter. Via cette méthode, j’ai l’impression d’être beaucoup plus instinctive, directe dans ce que je veux dire et dans ma manière de poser.

En plus d’écrire tes textes, tu composes aussi tes propres beats. Là encore, comment procèdes-tu? Tu commences par quelles sonorités?
Je compose de temps à temps, oui. En principe, je vais avoir une base, une petite vibe, comme une énergie, soit mélancolique, soit un peu reggae, soit un peu cainfri (NDLR : «africaine») par exemple. Je pars toujours d’une sorte de couleur qu’il y a dans ma tête, c’est vraiment très abstrait en fait. J’essaie ensuite de retranscrire mélodieusement parlant ce que j’ai en tête, en utilisant plein de samples sur mon clavier MIDI. Je cherche, je cherche, je cherche … Jusqu’à trouver le son ou les notes qui me parlent. Je commence alors avec la mélodie de base, et de là je vais construire autour. Je vais continuer comme ça jusqu’à ce que mon instrumental soit composé.

KT Gorique sur Youtube

L’interview avec KT Gorique a été réalisée pour le dossier «A la découverte du rap romand» sur Swissmusic.ch et y a été publiée en mars 2019.

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