Le résultat fut clair le 4 mars 2018: 71,6% des électeurs/trices et tous les cantons ont rejeté l’initiative populaire «Oui à la suppression des redevances radio et télévision (suppression des redevances Billag)», connue sous le nom d’initiative No Billag. Il y eut donc un engagement clair des Suissesses et des Suisses en faveur de la SSR et des médias du service public. L’initiative aurait en effet signifié la disparition de la SSR, ce qui aurait été excessif pour de nombreuses personnes.
Budget de la SSR coupé en deux
Le 8 mars 2026, huit ans plus tard presque jour pour jour, la SSR fait à nouveau l’objet d’une initiative populaire: «SSR: 200 francs, ça suffit!» («initiative pour la réduction de moitié»). L’initiative demande que la redevance radio-TV soit réduite de CHF 335 actuellement à CHF 200 au maximum et que la redevance pour les entreprises soit complètement supprimée. Pour la SSR, cela signifierait une réduction de moitié de son budget et donc une forte diminution de son offre dans tous les domaines. À cela s’ajouterait le fait qu’une offre plus restreinte entraînerait également une baisse considérable des recettes publicitaires. Au total, selon les estimations, le budget de la SSR serait ramené à environ CHF 750 mio., soit moins de la moitié du budget actuel.
La SSR ne serait alors plus en mesure de remplir sa mission de service public telle qu’elle est définie aujourd’hui. Les conséquences seraient désastreuses.
Un désengagement régional massif
Aujourd’hui, la SSR est présente dans les quatre régions linguistiques, avec sept sites principaux et 17 studios régionaux. Dans certains endroits, elle est la seule présence médiatique apportant l’information. Avec un budget réduit de moitié, la SSR devrait se centraliser fortement et fermer de nombreux sites. Les conséquences seraient les suivantes:
- moins de journalisme régional
- moins de visibilité pour les minorités linguistiques
- moins de productions locales
- moins de postes de travail dans les régions
La diversité culturelle, très importante pour la Suisse, s’en trouverait fortement affaiblie.
Moins de culture, moins de musique, moins de cinéma
Un succès de l’initiative toucherait particulièrement durement le monde culturel et musical. Aujourd’hui, la SSR soutient chaque année plus de 220 projets cinématographiques, elle produit des concerts, promeut la musique suisse, offre une scène aux jeunes talents et mise sur la collaboration avec des sociétés de production indépendantes. Dans le cadre du «Pacte de l’audiovisuel», la SSR a par exemple financé 161 films, séries et documentaires en 2024.
Les conséquences d’une acceptation de l’initiative seraient particulièrement désastreuses pour les créatrices et créateurs de musique. Aujourd’hui, la musique suisse est principalement diffusée sur les chaînes de la SSR, et ce sont ces chaînes qui offrent une plateforme aux jeunes artistes moins connus: environ 30% de la musique diffusée provient de Suisse. Sur certaines chaînes telles que Radio SRF Virus, Radio Rumantsch ou Radio Swiss Pop, la part de musique suisse dépasse même les 40%. À titre de comparaison, les stations de radio privées suisses diffusent environ 10% de musique suisse.
À cela s’ajoutent chaque année environ 300 festivals soutenus par la SSR et 600 enregistrements de productions musicales. De la musique pour instruments à vent à la musique folklorique et classique, en passant par le hip-hop, le jazz, la dance, la variété, la pop et le rock, la SSR couvre pratiquement tout le spectre musical suisse avec ses chaînes de radio et de télévision.
Sans les plateformes de la SSR, de nombreuses carrières n’auraient jamais vu le jour. Beaucoup de musicien-ne-s disent avec force à quel point leur présence sur la RTS, SRF, RSI ou RTR a été déterminante pour leur réussite.
Et comme le montrent les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique, 80,5% des Suisses continuent d’écouter de la musique à la radio et à la télévision, soit plus qu’à travers Internet (68,3%) ou les services de streaming gratuits (57,2%) et payants (46,8%).
Les recettes provenant des droits d’auteur diminueraient fortement
Une autre conséquence serait une baisse massive des recettes provenant des droits d’auteur: en 2024, les auteurs/trices, producteurs/trices, interprètes et éditeurs/trices ont reçu environ CHF 55 mio. de redevances pour l’utilisation de leurs œuvres musicales, cinématographiques et autres sur les chaînes de la SSR. Ces recettes diminueraient également fortement si la SSR devait réduire considérablement son offre de programmes et diffuser moins de musique, de films ou de séries.
Si l’initiative visant à réduire drastiquement la redevance était acceptée, cela aurait donc des conséquences graves pour la création culturelle suisse:
- moins d’émissions musicales, de sessions et d’enregistrements live, et donc moins de diffusion
- moins de soutien aux nouveaux talents et suppression d’importants outils de promotion pour les jeunes artistes
- moins de productions cinématographiques et culturelles
- moins de visibilité pour l’art et la créativité suisses
- moins de recettes tout au long de la chaîne de valeur
La SSR est aujourd’hui l’un des partenaires les plus importants de la culture suisse, un rôle qui ne pourrait plus être assumé si l’initiative était acceptée.
Même si l’initiative «200 francs, ça suffit!» est rejetée, la SSR devra faire des économies: le Conseil fédéral a déjà annoncé une baisse de la redevance. Pour les ménages, la redevance sera réduite à CHF 312 en 2027, puis à CHF 300 par année dès 2029. Il en résultera dans tous les cas une économie pour les ménages privés. Une telle réduction progressive permettrait néanmoins de maintenir un service public de qualité et d’éviter une coupe sombre dans la création culturelle suisse.
Campagne du Conseil Suisse de la Musique
Comme lors de l’initiative No Billag, SUISA s’engage à nouveau au nom de ses membres en faveur de la SSR et contre l’initiative visant à réduire la redevance. Elle soutient la campagne «Où la musique vit» du Conseil Suisse de la Musique, association faîtière de toutes les organisations musicales de Suisse. La campagne montre quelles seraient les conséquences de l’acceptation de l’initiative pour la création musicale suisse.
Cette votation concerne toutes celles et tous ceux qui travaillent, vivent ou s’engagent dans le domaine culturel. L’initiative pour la baisse de la redevance n’est pas simplement un projet d’économies, c’est une attaque contre la diversité culturelle et la base démocratique d’information de notre pays. Sans un service public fort, les conséquences pour la création musicale suisse, mais aussi pour la cohésion sociale en général, seraient extrêmes. Pour la création culturelle suisse, il faut parer ce danger.
Les acteurs culturels savent combien la visibilité, la diversité et la fiabilité des médias sont importantes. Et ils peuvent transmettre cette importance de manière authentique, sur scène, dans les conversations, sur les réseaux sociaux, dans les associations et les communautés. Dans ce contexte, il est crucial que le plus grand nombre possible d’artistes soutiennent la SSR:
- Parlez publiquement de l’importance de la SSR pour la culture et la musique.
- Partagez vos expériences et montrez quels sont les enjeux.
- Soutenez les campagnes, les initiatives et les actions en faveur d’un système médiatique fort.
- Utilisez votre influence, notamment par vos réseaux.
- Précisez que les redevances pour les ménages seront de toute façon réduites et que les entreprises bénéficieront d’allègements supplémentaires, même sans l’initiative visant à réduire drastiquement la redevance.
Engageons-nous ensemble pour un «non» à l’initiative «200 francs, ça suffit!». Ensemble, empêchons l’appauvrissement du monde culturel suisse: une SSR forte est synonyme d’une culture suisse forte, notamment dans le domaine musical.
Le Conseil fédéral va réduire la redevance pour les ménages à CHF 312 à partir de 2027 puis à CHF 300 à partir de 2029. Pour les ménages collectifs, tels que les foyers, il est proposé de réduire la redevance de CHF 670 actuellement à CHF 624 à partir de 2027, puis à CHF 600 à partir de 2029.
En outre, à partir de 2027, plus de 60’000 entreprises devraient être exonérées de cette redevance. Jusqu’à présent, les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel soumis à la TVA atteint CHF 500’000 doivent payer la redevance. À l’avenir, seules les entreprises dont le chiffre d’affaires annuel atteint CHF 1,2 mio. seront tenues de payer cette redevance. Ainsi, environ 80% des entreprises seraient exonérées de cette redevance.



