Carrousel: «Parfois, un toypiano est bien utile pour créer une mélodie» | avec vidéo

Carrousel joue des chansons colorées, pétillantes et charmantes. Difficile de croire qu’elles naissent dans les paysages un peu austères du Jura, et non dans les rues de Paris. Texte de Markus Ganz, contributeur invité; vidéo de Manu Leuenberger

«Au début de notre collaboration, nous avons passé six mois à Paris», raconte en riant Sophie Burande, de sa voix claire et chaude à la fois. «Grâce à une bourse du canton du Jura, nous avons eu la chance de vivre et travailler une demi-année à Paris.» Elle et son compagnon Léonard Gogniat étaient certes stimulés par cette vie pleine d’énergie. «Mais au final, nous avons préféré revenir en Suisse.»

Habiter dans le Jura permet de créer en restant concentrés

Les deux artistes ont trouvé des conditions plus propices ici, près de Delémont. «Nous avons à portée de main tout ce dont nous avons besoin», explique Sophie Burande. Notamment des locaux peu coûteux pour créer de la musique sans être distraits et entreposer du matériel qui servira lors de concerts. «Ici, nous pouvons faire tout le bruit que nous voulons, sans déranger les voisins. Il y a également la forêt toute proche, ce qui permet de partir spontanément en balade si le cœur nous en dit». La principale raison est cependant, selon Léonard Gogniat, que «nous avons grandi à la campagne et nous nous sentons bien ici dans la nature». Léonard a passé son enfance dans les Franches-Montagnes toutes proches, alors que Sophie Burande est originaire d’Auvergne. Elle se sent manifestement ici comme à la maison, avec des paysages très ressemblants à ceux qu’elle a connus en France.

Les artistes ont pu se concentrer sur leur musique en se retirant à maintes dans l’appartement spécialement aménagé à Courtételle. «Nous rapportons de nombreuses impressions de nos tournées et pouvons ici les organiser en vue de les utiliser comme bases pour des chansons», explique Léonard Gogniat. Cela ne signifie pas que toute leur musique est créée ici. Pour l’album actuel, «L’euphorie», leur troisième album studio, le duo a notamment séjourné une semaine dans le Sud de la France et une semaine à Amsterdam, afin de «sortir de notre environnement habituel et permettre de nouvelles influences».

Texte et mélodie associés lors de la composition

Une nouvelle chanson peut parfois partir d’un graffiti sur un mur ou d’une phrase lue dans le journal, explique Léonard Gogniat. «Cela me mène à un sujet pour lequel je cherche des paroles. La guitare n’étant jamais bien loin, je trouve quelques accords, et la base de la chanson est ainsi créée.» Sophie et Léonard cherchent ensuite ensemble une mélodie. «Parfois, un petit toypiano est très utile pour jouer une suite d’accords en boucle», précise Sophie Burande. Elle explique également pourquoi la musique et le texte sont selon elle intimement liés. «Lorsque des mots me viennent à l’esprit, je ne peux m’empêcher de les chanter mentalement, et cela crée une ébauche de mélodie. Celle-ci peut ensuite changer entièrement, car elle doit convenir au texte.»

Parfois, la version «démo» d’une chanson ne plaît plus au duo. «Dans de tels cas, nous essayons généralement de conserver le texte, en changeant l’instrumentation et les arrangements», explique Léonard Gogniat. «Différentes versions d’une même chanson coexistent ainsi avec les mêmes paroles; dans certains cas, on ne reconnaît plus la chanson d’origine.» Cette priorité du texte par rapport à la musique, le musicien l’explique par le fait qu’ils recourent à leur langue maternelle, qui offre en soi une certaine musicalité. «Nous chantons en français parce que nous souhaitons exprimer des sentiments et d’autres messages ainsi qu’une certaine poésie. Les textes ne cherchent cependant pas à influencer ou à inciter à agir de telle ou telle manière. Ils sont ouverts, afin que la personne qui écoute puisse se forger ses propres images.»

Création d’une chanson selon un système de ping-pong

Carrousel-Video-PosterPour l’album actuel intitulé «L’euphorie», Carrousel a pour la première fois collaboré avec un producteur. «Nous étions arrivés à un point où nous souhaitions nous détacher des deux premiers albums, afin de ne pas nous répéter», explique Léonard Gogniat. «Nous avions atteint une certaine limite en ce qui concerne le recours possible à d’autres instruments et les arrangements.» Ils ont ainsi fait appel à Jean-Louis Piérot, parce qu’il est également musicien et qu’il a déjà travaillé pour des artistes tels que Bashung, Etienne Daho et Miossec, dont ils apprécient la musique. Et leurs attentes ont été comblées, «même si nous avons souvent été surpris en constatant quelles nouvelles couleurs les chansons prenaient».

La collaboration s’est déroulée sous la forme d’un ping-pong, se souvient Léonard Gogniat. «Nous avons dans un premier temps envoyé les démos de base à Jean-Louis Piérot, enregistrées uniquement avec guitare et voix. Le producteur a ensuite fait quelques propositions musicales et nous a renvoyé les chansons. Certains éléments nous ont beaucoup plus, et nous avons également à notre tour fait des changements et transmis nos propres propositions.» Il y a donc eu cette phase d’aller-retour, avant l’entrée en studio.

Cette manière de travailler selon un système de ping-pong n’était pas nouvelle pour le duo, comme l’illustre Léonard Gogniat par un exemple. «Lorsque Sophie a créé le texte d’une chanson, elle me le transmet. Je cherche alors une musique qui puisse convenir et nous associons ces deux apports, jusqu’à ce que la magie opère.» Sophie Burande ajoute que cette manière de fonctionner permet également de «surmonter certains blocages et d’enrichir la musique, parce que tous les acteurs ‒ et donc également le producteur ‒ peuvent faire bénéficier l’œuvre de leurs talents respectifs».

SUISA, un partenaire pour la vie en tant que musiciens professionnels

Depuis 2012, le duo peut «vivre uniquement de la musique, de notre passion». Les mots de Sophie Burande ne font pas uniquement ressortir une certaine fierté, mais également le soulagement de ne plus avoir à refuser des propositions de concerts en raison d’empêchements pour cause d’autres jobs, comme cela a été le cas par le passé. L’étranger a rapidement gagné en importance pour Carrousel, surtout en ce qui concerne les concerts. Dans ces conditions, Léonard Gogniat estime très important «de pouvoir compter sur SUISA, un partenaire qui s’occupe des questions de rémunération». Il tient cependant à relativiser quelque peu: «Jusqu’ici, les versements de SUISA représentent pour nous une sorte de bonus». Sophie Burande trouve important que «SUISA veille à la reconnaissance d’un travail invisible, la composition».

www.carrousel-musique.com

Wo-neue-Musik-entsteht_Cover«Dès les premières notes»

La valeur des idées des créateurs de musique est au cœur des préoccupations et du travail de SUISA. Pour la brochure «Dès les premières notes», cinq personnalités et groupes de différents genres musicaux et différentes régions linguistiques de Suisse donnent un aperçu de leur manière de créer et de leur activité musicale. Sur le SUISAblog.ch et dans la brochure parue pour la première fois en 2015 (PDF, 8.17 MB), Sophie Burande et Léonard Gogniat de Carrousel sont présentés aux côtés de Marcel Oetiker, Camilla Sparksss, Oliver Waespi et Eriah.

Articles en relation
Marcel Oetiker: «Les voyages m’inspirent» | avec vidéo A la gare de Hardbrücke à Zurich, les trains grondent et crissent sans retenue, dans les courbes, au moment du départ, et au freinage. Mais si Marcel Oetiker a choisi ce lieu de rendez-vous, ce n’est pas pour ces bruits qui parfois stimulent la créativité des artistes. Né en 1979, Marcel Oetiker est un virtuose de l’accordéon schwyzois. «Pour mes déplacements professionnels, j’emprunte dans la plupart des cas les transports publics, en passant souvent par Zurich», explique le compositeur originaire du village d’Altendorf (SZ). «Et ces voyages peuvent être très inspirants. Dans la mesure du possible, je prends alors note de mes idées sur mon laptop ou sur papier». Continuer
Un réseau mondial pour les droits des membres SUISA La musique ne connaît pas de frontières, cela également au sens géographique du terme: une fois le saut vers l’étranger accompli, un réseau actif sur place peut être d’une grande utilité, aussi bien en ce qui concerne les travaux administratifs que la perception des droits d’auteur qui ne sont pas payés en espèce. SUISA fait partie d’un réseau mondial et s’engage en collaboration avec ses sociétés-sœurs en faveur d’une défense aussi complète que possible des droits de ses membres. Continuer
«Ce Prix de la FONDATION SUISA 2015 nous ‹booste› pour la suite!» Le duo Aliose est lauréat du Prix de la FONDATION SUISA pour ses prestations extraordinaires dans le domaine de la musique de variétés. Depuis la sortie de son premier album en 2009, Aliose a donné plus de 250 concerts, dont un tiers hors de Suisse. Alizé Oswald et Xavier Michel se sont rencontrés il y a plus de 10 ans lors d’un atelier pour auteurs, compositeurs et interprètes. La lauréate et le lauréat ont répondu par écrit à nos questions sur la musique, la composition, le Prix et leur prochain album. Continuer
retour

Laisser un commentaire

Tous les commentaires sont vérifiés. Il peut s'écouler un certain laps de temps avant publication. Il n'existe aucun droit à la publication d'un commentaire. La rédaction se réserve le droit de ne pas publier un commentaire qui ne respecte pas les conditions d'utilisation.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.