Archive de tag: Parolier

«On veut toujours écrire la meilleure chanson possible» | avec vidéo

La compositrice Kate Northrop est avant tout parolière, une activité créatrice qui a généralement lieu à l’écart des feux de la rampe. En collaboration avec trois coauteurs, la membre de SUISA a composé la chanson «Kiss Me», qui est interprétée par Naeman dans l’espoir d’une participation au Concours Eurovision de la chanson. Dans une interview vidéo, Kate Northrop raconte la genèse de cette chanson et explique comment le camp de composition de SUISA et Pele Loriano Productions l’a aidée à trouver l’inspiration. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Manu Leuenberger

Derrière chaque chanson de qualité se cache un bon parolier. Dans le cas de «Kiss Me», ils sont même quatre. La chanson, qui fait partie des finalistes de la Suisse pour le Concours Eurovision de la chanson 2018, est interprétée par Naeman. Elle a toutefois été composée par le Lausannois Alejandro Reyes, le Suédois Ken Berglund, l’Américain Eric Lumière et Kate Northrop.

Cette Américaine installée en Suisse a contribué à l’écriture du texte de la chanson. L’histoire est d’ailleurs le fruit d’un travail d’équipe: «Nous nous sommes d’abord raconté l’histoire de la chanson chacun notre tour», explique la compositrice dans son interview. «Nous avons ensuite essayé de mettre tout cela en musique, de coucher nos impressions sur papier et surtout d’y ajouter des émotions.»

Kate Northrop avait déjà écrit des chansons avec différents coauteurs auparavant. Pourtant, la configuration du camp de composition a été une expérience radicalement nouvelle pour elle. En effet, elle a dû écrire une chanson de A à Z, en 12 heures, avec de parfaits inconnus. Kate Northrop a tout simplement adoré cette manière de composer. «C’était une source d’inspiration incroyable que de collaborer avec ces artistes», déclare-t-elle. «Il faut s’ouvrir et laisser place à la créativité des autres pour créer quelque chose.»

Le fait que les chansons écrites dans le cadre du camp de composition soient destinées à l’Eurovision n’a eu aucune influence sur le travail de Kate: «Je ne crois pas qu’il y ait de différence entre une chanson écrite pour l’Eurovision ou dans le cadre d’un autre projet. On veut toujours écrire la meilleure chanson possible.»

www.songwave.ch, site Internet de Kate Northrop

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Les membres SUISA peuvent déposer leur candidature pour le Schedler Music Songwritercamp 2018

Pour la sixième fois déjà, la maison d’édition Rudi Schedler Musikverlag GmbH organise son «Pop & Schlager Songwritercamp» international du 13 au 18 janvier 2018. Les membres de SUISA ont jusqu’au 31 octobre 2017 pour déposer leur candidature afin d’obtenir une place au Schedler Music Songwritercamp 2018. Texte de Fiona Schedler, Schedler Music

Les membres SUISA peuvent déposer leur candidature pour le Schedler Music Songwritercamp 2018

Travail en équipe international durant le Schedler Music Songwritercamp 2016: le Bernois Luca Hänni (au fond à droite) a composé une chanson avec l’Américain Dillon Dixon (à gauche) et le Suédois Erik Wigelius. (Photo: Ratko Photography)

Le «Pop & Schlager Songwritercamp» organisé par Schedler Music, dont la devise est «It’s all about the song», permet à des auteurs-compositeurs de plus de 7 pays différents d’écrire pendant 5 jours, en équipes de trois, les potentiels hits de demain. Au total, 35 professionnels de la musique nationaux et internationaux participent au camp, dont cinq places sont spécialement réservées aux membres SUISA. Les compositeurs, paroliers et producteurs peuvent déposer leur candidature au Schedler Music Songwritercamp dès maintenant et jusqu’au 31 octobre 2017 au plus tard. Le camp aura lieu du 13 au 18 janvier 2018 à Steeg, en Autriche.

Candidature, processus de sélection, participation

Les places disponibles sont attribuées dans le cadre d’un processus de sélection. Si vous souhaitez participer au «Pop & Schlager Songwritercamp» en tant que compositeur, parolier ou producteur, veuillez envoyer

  • une brève biographie (des mots-clés suffisent)
  • et des chansons de référence (fichiers mp3 ou liens)

par e-mail avec l’objet «Candidature – Pop & Schlager Songwritercamp» à l’adresse summit (at) schedlermusic (dot) com. Nous vous prions également de mentionner dans votre candidature que vous êtes membre SUISA. Date limite des envois: 31 octobre 2017. Les personnes retenues seront informées fin novembre par Schedler Music.

Les membres SUISA peuvent déposer leur candidature pour le Schedler Music Songwritercamp 2018

Participation enthousiaste au Songwritercamp 2016: le duo d’auteurs-compositeurs slovènes Sasa Lendero (au centre) et Mihael Hercog (à gauche), avec le parolier allemand Oliver Lukas. (Photo: Ratko Photography)

Schedler Music Summit 2018

La rencontre de la branche musicale «Schedler Music Summit» se tiendra juste après le Songwritercamp, les 18 et 19 janvier 2018. A cette occasion, les chansons composées dans le cadre du camp seront présentées au public issu de la branche, le jeudi 18 janvier 2018 (à partir de 20h00).

Vous trouverez plus d’informations concernant le camp sur le site Internet suivant: www.schedlermusicsummit.com.
Le Camp/Summit Aftermovie 2017 permet également de se faire une idée.

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Toni Vescoli: une année anniversaire trépidante

Il y a 75 ans, Toni Vescoli venait au monde, un 18 juillet. Vingt ans plus tard, le 19 septembre, le musicien zurichois fondait le légendaire groupe de beat-music Les Sauterelles, qui fête son anniversaire avec une tournée qui débutera lors de la «Beatleweek» à Liverpool. Parallèlement, Toni Vescoli se produit toujours sur scène avec ses projets musicaux en dialecte suisse-allemand «MacheWasiWill», «imDUO» et «Toni VESCOLI&Co». Un texte de notre auteur invité Markus Ganz

Toni Vescoli: une année anniversaire trépidante

Toni Vescoli, membre de SUISA depuis 1967, n’a pas seulement marqué la scène beat suisse; il a également été l’un des pionniers de la musique en dialecte suisse-allemand, interprète de Dylan et le narrateur du feuilleton radiophonique Pingu. (Photo: Kessler)

Il n’a pourtant jamais pris la grosse tête, expliquait-il il y a cinq ans dans l’émission TV «Stars extra», avec un sourire embarrassé. L’animatrice Sandra Studer lui avait alors demandé ce que ça lui faisait d’être passé, avec Les Sauterelles («Heavenly Club»), devant les Beatles («Hey Jude») dans le hit-parade suisse en 1968. Cette réponse caractérise bien le chanteur, guitariste et auteur-compositeur zurichois. Car s’il continue aujourd’hui à se produire volontiers en concert, c’est pour l’amour de la musique et non pour les feux de la rampe.

Toni Vescoli était d’ailleurs furieux lorsque, en 1964, l’impresario des Sauterelles inventa un nouveau nom pour le groupe et le fit imprimer en encore plus grosses lettres que le leur sur les affiches: «The Swiss Beatles». Il ne voulait pas se comparer à des stars, seulement exister par sa propre musique. Dès les années 70, il suivit donc son propre chemin, imperturbable, sans se soucier des tendances ni des étiquettes.

Le chemin vers la musique beat

Ce ne sont pas les musiciens de beat anglaise mais bien des stars américaines comme Johnny Cash et surtout Elvis Presley qui sont à l’origine de sa passion pour la musique. Il en jouait déjà à la fin des années 50, expliquait Toni Vescoli à l’auteur lors d’une précédente interview. Il raconte qu’à l’époque, il est monté à plusieurs reprises sur la table d’un café branché du Niederdorf à Zurich et, dans un cadre plus élargi, parfois accompagné d’un groupe de dixie. C’est ensuite grâce aux Shadows et à leur son unique à base de guitares électriques qu’il est passé à la musique beat.

Pour ce faire, il lui fallait un groupe, c’est pourquoi il créa en 1962 Les Sauterelles, dont l’histoire entière est marquée par de nombreuses évolutions personnelles. En 1968, leur single «Heavenly Club» est un incroyable succès commercial et sort dans la plupart des pays européens ainsi qu’aux Etats-Unis et au Japon. Le groupe donne alors jusqu’à 350 concerts par an et joue parfois 7 heures d’affilée. Mais Les Sauterelles font face à des problèmes financiers qui contraignent Toni Vescoli à annoncer, dans un avis de décès en 1970: «Les Sauterelles sont mortes».

Le légendaire groupe de beat suisse Les Sauterelles a été fondé en 1962. Aujourd’hui, 55 ans plus tard, le groupe célèbre son anniversaire avec une tournée qui débutera à Liverpool. (Photo: Gerhard Born)

Influences venues d’outre-Atlantique

C’est la musique folk et en particulier Bob Dylan qui attira Toni Vescoli vers la chanson américaine et marqua sa carrière solo, comme le prouve son album «Bob Dylan Songs» (1993) et ses adaptations en dialecte zurichois. Lors d’une interview, il raconte que le folk et la West Coast des années 1970 sont à l’origine de la touche americana qui marqua plus tard sa musique. Mais ses classiques comme «Susanne» et «N1» étaient pourtant déjà des titres country, presque bluegrass.

Au début des années 80, Toni Vescoli se remet au rock et, grâce à Ry Cooder, devient un fan de l’accordéoniste Flaco Jimenez, qui collabora plus tard à son album «Tegsass» (1999) dont la sonorité Tex-Mex lui rappelle sa jeunesse au Pérou (où il vécut de 4 à 9 ans) et les chansons folkloriques mexicaines qui y passaient à la radio. On retrouve ces influences, mêlées à la musique cajun, dans son album americana «66» (2008) et en particulier dans le single «El Parasito» au rythme entraînant.

Pionnier de la musique en dialecte suisse-allemand

Véritable pionnier, Toni Vescoli passe en 1970 à la musique en dialecte, transition plus significative encore que son changement de style musical. Il a été mandaté par le magazine Pop pour écrire une chanson en l’honneur de l’inauguration d’un monument à la mémoire de Guillaume Tell. Au lieu de suivre les consignes à la lettre et d’écrire en allemand, il trouve le dialecte plus adapté – et la chanson reçoit un excellent accueil. Il écrit donc d’autres chansons en dialecte, mais son producteur pensait en 1971 qu’il était encore trop tôt pour les présenter au grand public.

Son premier album en dialecte ne paraît donc que trois ans plus tard, et la reprise de la chanson «Susanne» par Reinhard Mey précède même l’originale de Toni Vescoli. En 1983, sa chanson «N1», qui traite de l’ambivalence suscitée par l’autoroute N1 (devenue aujourd’hui l’A1) qui traverse la Suisse, est elle aussi incontournable. «N1 Du bisch e Schtraass wo-n i hass, aber irgendwie han-i Di gern» (N1, tu es une route que je déteste, mais d’une certaine façon je t’aime bien); «Scho Root» (1975) est un autre tube mettant la circulation routière à l’honneur.

Toni Vescoli, un musicien modeste qui a gardé les pieds sur terre. (Photo: Plain)

Association teintée d’innovation

Ce qui surprend le plus à l’époque, c’est que Toni Vescoli associe ses textes en dialecte à de la musique américaine et rompt ainsi avec la tradition des auteurs-compositeurs. Il remarque alors qu’il peut toucher les gens de manière beaucoup plus directe en chantant en dialecte. C’est pourquoi il crée sa musique pour que les textes sonnent bien. Ceci l’amène au folk, qu’il peut aussi jouer en solo.

Par la suite, alors qu’il se produit sur la scène d’un petit théâtre, il remarque qu’il n’a plus besoin d’ampli: la guitare acoustique suffit. Il atterrit donc dans un genre musical qu’il n’avait pas cherché mais où il se sent bien: il continue donc sur sa lancée pendant 18 ans, sans installation de sonorisation. Pourtant, ce genre musical, où le public est pendu à ses lèvres, lui paraît trop étroit. Il a de nouveau envie de guitare électrique, comme il le décrit dans la chanson «Wäge Dir».

Les mots justes pour une chanson d’amour

Le passage au dialecte n’a pas été simple. En dialecte, il faut beaucoup réfléchir à ce que vous voulez chanter, explique Toni Vescoli en interview. Il n’est pas si facile de chanter «ich liebe Dich» (je t’aime), même si c’est aujourd’hui beaucoup moins gênant, comme le montre la scène musicale en dialecte.

Dans le titre «Lady Lo», où il termine par ces mots: «öisi Schprach isch unbruchbar» (notre langue ne convient pas), Toni Vescoli exprime sa difficulté à trouver les mots justes pour une chanson d’amour. Il s’agissait à l’origine d’une chanson d’amour pour sa femme, explique-t-il, qui s’est ensuite transformée, d’un point de vue textuel, en constat d’échec. Tout ce qu’il écrivait sonnait kitsch et maladroit: c’est devenu le thème de la chanson. Là où les mots sont inadéquats pour exprimer les sentiments, la musique purement instrumentale peut devenir une solution. Mais je ne suis pas un assez bon guitariste solo, déclare Toni Vescoli en riant.

Non, Toni Vescoli n’a définitivement pas pris la grosse tête. Il a également montré qu’il n’avait pas peur des collaborations avec la jeune génération ni de s’essayer à des changements de style comme le hip-hop. En 2012, il présente lors de l’émission télévisée «Cover Me» sur SRF son interprétation de «Baustellsong», de Baba Uslender. Car musicalement, Toni Vescoli est resté jeune – et tient à le rester!

Informations et dates de concert: www.vescoli.ch (notamment dates des concerts des Sauterelles à Liverpool dans le cadre de la «Beatleweek» du 25 au 28 août).

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  1. Ich lernte Toni in den frühen 80er Jahren kennen, als ich der lead Gittarist der Windows war. Toni präsentierte eine TV Show, in der wir auftraten. Ich erinnere mich ganz besonders an ein Konzert im Kongresshaus für die Neubürger Feier, an der Toni präsentierte. Zuerst spielte das Hazi Osterwald Orchester, dann wir. Während wir spielten, standen plötzlich Reihen von Gästen auf und gingen zum Ausgang. Wir hatten keine Erklärung dafür. . . bis wir das Tränengas ‘witterten’, welches ein Idiot in der Mitte des Kongresshauses abgelassen hatte. Toni, mit Tränen in den Augen, steckte seinen Kopf aus dem Vorhang und rief uns zu, « Mached witer, mached witer ». Der Anlass war dann leider zu Ende, da sich niemand dem Tränengas aussetzen wollten.

    Ich war lange zuvor auch mal mit dem Sauterelles Bassisten Freddy Mangili befreundet. Auch ein sehr netter Typ.

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Le New Jersey au sud de Berne

Polo Hofer remporte le prix de la FONDATION SUISA 2017 dans la catégorie «Paroliers/ères». Le chanteur/compositeur bernois Christoph Trummer, contributeur invité, nous explique ce qui distingue les créations du lauréat.

Le New Jersey au sud de Berne - Polo Hofer Prix de la FONDATION SUISA 2017

Polo Hofer, vainqueur du prix de la FONDATION SUISA 2017, a su se frayer un chemin dans la culture populaire grâce à ses textes, tout en traduisant le style de vie rock’n’roll pour la Suisse alémanique. (Photo: Patric Spahni)

On pourrait résumer les choses ainsi: le prix de la FONDATION SUISA est un prix de reconnaissance pour les créations jugées exceptionnelles. En 2017, il est attribué pour la première fois à un parolier ou une parolière. Polo Hofer faisait partie des nominés. Le jury aurait-il vraiment pu prendre une autre décision?

Mais attardons-nous plutôt sur ce digne lauréat et son œuvre.

Pour les personnes qui ont grandi en Suisse alémanique dans les années 1970, Polo Hofer, ses chansons et ses textes sont indissociables de leur scolarité, de leur jeunesse et même de leur vie en Suisse. Certaines chansons, comme «Bin i gopfriedstutz e Kiosk» ou «Bim Sytesprung im Minimum e Gummi drum», ont donné naissance à des bons mots aujourd’hui fermement ancrés dans le langage quotidien. Quant à «Alperose», elle peut être entonnée par des gens dont les parents n’avaient même pas un CD de Polo Hofer à la maison.

Des textes de chansons entrés dans la culture populaire

Ces textes font désormais partie de la culture populaire, tout au moins dans la partie germanophone du pays. La discographie de Polo, dès ses débuts avec le groupe Rumpelstilz, suit l’histoire d’une Suisse agitée: l’été 68 («Summer 68») où l’on partait (évidemment) à Kaboul pour aller fumer des joints; les folles années 1970, signes de renouveau, partant avec Rosmarie pour l’Espagne et vivant l’amour libre à côté de l’ours en peluche («Teddybär»); la face sombre du rêve, sous forme d’une aiguille argentée enfoncée dans le creux du bras («Silbernaadle töif im Arm»); et, déjà à l’époque, la dissolution dans la société de consommation, en plein blues de l’entrepôt («Waarehuus Blues»).

Les textes de Polo sont parfois explicitement politiques: «Da isch nüt vo Grächtigkeit / So wie’s i dr Verfassig schteit» («Rien de cette soi-disant justice / Celle qui figure dans la Constitution»), ou encore «Um WAS geits?». Mais il raconte aussi l’histoire du monde de manière personnelle, lorsqu’un vieil amour voit enfin sa chance arriver avec la chute du mur («Wenn in Berlin bisch»). Il s’exerce également à la critique sociale par le biais du discours indirect, développant sa poésie au comptoir d’un café, par exemple lorsque le fils du paysan du Lochmatt résume les promesses vides d’une vie dans les lumières de la ville: «Lah mi vergässe bim rote Wy» («Laisse-moi oublier avec un verre de rouge»), un texte populaire avec effets secondaires.

Parfois, Polo abandonne pour un temps son côté rebelle national et, sans pour autant se perdre en réflexion hautement intellectuelle, laisse la place à un parolier différent: par exemple lorsqu’il médite sur sa finitude dans «Im letschte Tram» ou qu’il juge littéralement Dieu et le monde dans «I dr Gartebeiz vom Hotel Eden».

Le rock’n’roll traduit pour la Suisse

Certaines des plus grandes chansons de Polo Hofer sont des traductions de génie, à l’instar de «Jersey Girl» de Tom Waits qui devient «Meitschi vom Wyssebüehl», d’«Alright Guy» de Todd Sniders devenue «Liebe Siech», de «Leopard-Skin Pill- Box Hat» de Bob Dylan transformée en «Schlangelädergurt». On décèle alors un autre rôle, l’un de ceux qui le rend si important pour la musique en dialecte suisse: Polo est traducteur. Pas seulement traducteur de paroles de chansons, mais l’un des principaux traducteurs du rock’n’roll et de la culture pop dans notre culture, nos coutumes.

Polo Hofer a fait résonner les aspirations – mais aussi la débauche – de la jeunesse et la rébellion contre un système bloqué. En bref, il a donné corps au style de vie rock’n’roll en Suisse alémanique. «D’Stüehl ewäg, mir sy giggerig u wei schwoofe» (Enlevez les chaises, nous voulons absolument danser): Il s’est laissé inspirer et a trouvé quelques-uns de ses sujets dans le catalogue de mythes de la culture rock’n’roll pour les transposés en Suisse. S’il y a peu de chances que nous fassions du stop sur l’autoroute avec Bobby McGee, il est possible que nous le fassions avec Rosmarie, de Paris à Gibraltar. Wyssebüehl est plus proche que le New Jersey.

Polo Hofer, en tant que personnage central de notre histoire, a ouvert des portes par lesquelles bon nombre d’autres musiciens se sont engouffrés, sans avoir forcément besoin de bien connaître sa musique. Il est désormais récompensé pour ce travail. En ce sens, le prix de la FONDATION SUISA 2017 récompense l’ensemble d’une carrière. Nous félicitons Polo de tout cœur!

www.polohofer.ch

Le prix de la FONDATION SUISA est un prix de reconnaissance pour les créations jugées exceptionnelles. La FONDATION SUISA donne ce prix aux auteurs et aux éditeurs de musique dont les créations ont particulièrement contribué à l’enrichissement de l’héritage culturel de notre pays. D’un montant de 25 000 francs, celui-ci est remis dans une catégorie différente chaque année.

Christoph Trummer a remporté le prix FONDATION SUISA 2011 dans la catégorie «Chanteur/compositeur». Il est né en 1978 et a grandi à Frutigen (BE). Outre ses activités liées à la musique, il est président de l’Association des musiciens suisses.

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«Ce Prix de la FONDATION SUISA 2015 nous ‹booste› pour la suite!»«Ce Prix de la FONDATION SUISA 2015 nous ‹booste› pour la suite!» Le duo Aliose est lauréat du Prix de la FONDATION SUISA pour ses prestations extraordinaires dans le domaine de la musique de variétés. Depuis la sortie de son premier album en 2009, Aliose a donné plus de 250 concerts, dont un tiers hors de Suisse. Alizé Oswald et Xavier Michel se sont rencontrés il y a plus de 10 ans lors d’un atelier pour auteurs, compositeurs et interprètes. La lauréate et le lauréat ont répondu par écrit à nos questions sur la musique, la composition, le Prix et leur prochain album. Continuer
Prix pour compositeurs lors des Swiss Music Awards | avec vidéoPrix pour compositeurs lors des Swiss Music Awards | avec vidéo Le jeune artiste Nickless et le producteur bien connu Thomas Fessler ont été les lauréats du tout premier prix pour compositeurs décerné en 2016 lors des Swiss Music Awards. «Waiting», la chanson qui leur a permis de gagner ce prix n’est pas tombée du ciel, mais a nécessité un grand travail de collaboration. Lors des Swiss Music Awards 2017, SUISA distinguera une nouvelle fois le travail des compositeurs et des paroliers au moyen d’un prix. Continuer
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Marco Zappa: 50 anni di musica

Cinquante ans de succès : la seule carrière durable de Suisse dans la «canzone italiana» – dans toutes ses dimensions. C’est un fait indéniable, mais essentiel quand on parle du chanteur Marco Zappa de Bellinzone, qui revient cette année sur le devant de la scène de la culture musicale suisse italienne. Son nouvel album «PuntEBarrier» contient 18 chansons inédites et sa tournée suisse débutera le 14 mars 2017 au Teatro Sociale de Bellinzone. Interview/texte de Zeno Gabaglio – La versione italiana del testo si trova sotto.

Marco Zappa: 50 anni di musica

Interview avec Marco Zappa au studio MarcoZappaMusic à Sementina. (Photos: Manu Leuenberger)

Cinquante ans de musique: c’est une bonne occasion de rencontrer Marco et de passer en revue le chemin parcouru. Nous lui avons demandé de nous raconter comment tout a commencé et comment il a développé son rapport à la création musicale dans une région – le Tessin – qui ne s’est jamais particulièrement distinguée dans la «canzone italiana», autrement dit la chanson en italien.

Marco Zappa: Tout a commencé avec ma mère qui voulait que je devienne pianiste classique. Nous habitions à l’époque à Bellinzone et j’étais encore un enfant. J’ai joué du piano pendant deux ans, plus ou moins à contrecœur, et je me souviens que je n’aimais pas ça. Je devais faire des gammes tous les jours et, à cet âge, j’avais bien d’autres choses en tête. Chez les scouts, j’ai commencé à jouer de l’harmonica, un instrument que l’on peut emmener avec soi, contrairement au piano, et qui permet de partager sa musique avec d’autres. La sœur de ma mère jouait de la guitare. Elle m’a montré les premiers accords précisément à l’époque où Adriano Celentano et les premiers «chanteurs hurleurs» sévissaient en Italie. J’ai été séduit dès le début et je me suis immédiatement identifié à eux. J’ai fondé un petit groupe avec mes camarades du gymnase et nous jouions aux fêtes scolaires.

Marco Zappa (g.) et Zeno Gabaglio.

Zeno Gabaglio: Quelles étaient les possibilités, pour ceux qui faisaient de la musique, de la partager avec d’autres?
Il y avait effectivement le besoin de se réunir autour de la musique, mais il s’agissait le plus souvent de musique folklorique. Moi aussi, j’ai passé plusieurs années à chanter et à jouer la Verzaschina, il Boccalino et d’autres chansons que l’on qualifie aujourd’hui de folk. Pour la musique live, il y avait au Tessin encore un grand nombre d’orchestres qui jouaient de la musique légère. Le répertoire de ces groupes, composés de seulement 4 à 5 musiciens, naviguait entre jazz, swing et variété. En rentrant de l’école, je m’arrêtais toujours devant les bars de Locarno pour les entendre jouer. J’étais complètement sous le charme et j’ai appris de nouveaux accords.

Mais la musique de ces orchestres de bal était une musique «ancienne». Comment Marco Zappa a-t-il trouvé le chemin de la modernité et du rock?
Grâce à la guitare électrique. Un soir, alors que je devais me produire avec mon groupe dans la chapelle de Minusio, le prêtre qui avait organisé la rencontre nous a joué Apache des Shadows avec ces superbes premières notes de guitare électrique saturée. Ce fut un vrai coup de cœur. Et puis il y avait aussi les chansons des Beatles!

Nouvel album «PuntEBarrier».

Marco Zappa doit donc sa carrière dans le rock à un prêtre moderne?
D’une certaine façon oui, grâce à un prêtre éclairé ! Mais nous, les jeunes qui venions d’être contaminés par le virus de la guitare électrique, avions un problème : comment modifier nos instruments pour obtenir exactement le même son ? Un ami, qui était électricien, m’a dit qu’il suffisait de dévisser un combiné téléphonique (la partie inférieure où l’on parle) pour avoir un microphone. C’est ce que j’ai fait. Puis j’ai fixé la pièce à ma guitare, j’ai connecté les deux fils à l’ampli de la vieille radio de mes parents et voilà: j’avais ma première guitare électrique. Je me souviens encore que, pour aller aux répétitions, je traversais la ville avec la radio attachée au vélomoteur …

Peu après, tu as commencé à faire de la musique sérieusement avec ton groupe, The Teenagers, mais tu n’as atteint le centre de gravité de ton univers musical que quelques années plus tard en passant de l’anglais à l’italien. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce tournant?
J’ai grandi avec du rock anglais que j’écoutais sur mon tourne-disque. J’écoutais les chansons des milliers de fois pour pratiquer les solos de guitare et apprendre les paroles par cœur. Même si nos connaissances en anglais n’étaient pas exceptionnelles, nous écrivions et chantions dans cette langue parce qu’à l’époque nous écoutions surtout du rock anglais. Paradoxalement, je critique un peu aujourd’hui les musiciens qui ne chantent qu’en anglais alors que leur langue maternelle est l’italien. Je me permets de le faire justement parce que moi aussi, j’ai commencé ainsi ! Nous avons sorti nos deux premiers 33 tours en anglais et nous étions fiers qu’EMI (la maison de disques des Beatles!) soit notre producteur. Elle n’aurait jamais produit nos disques dans une autre langue que l’anglais.

«Les mots que tu choisis sont comme des doigts sur une guitare: tu dois sentir qu’ils sont à toi. Lorsque ce n’est pas le cas, le résultat musical n’est pas sincère.» – Marco Zappa

Quand es-tu passé à l’italien?
Le passage à l’italien a eu lieu en 1979. Autour de nous, les goûts en matière de musique avaient changé ainsi que certains liens avec le concept de «canzone italiana», mais surtout j’avais pris conscience d’une chose: la langue que tu utilises doit être comme un instrument qui t’appartient. Les mots que tu choisis sont comme des doigts sur une guitare: tu dois sentir qu’ils sont à toi. Lorsque ce n’est pas le cas, le résultat musical n’est pas sincère. Depuis, lorsque je vis une expérience en dialecte, je dois l’écrire en dialecte et quand je la vis en italien, je l’écris en italien. Il en va de même pour les autres langues. Ce n’est pas une décision que je prends à l’avance. C’est l’histoire même que je veux raconter qui impose une expressivité particulière.

Passons à la musique pour terminer. Tu t’es très vite libéré de la convention adolescente de l’anglais et cela a été pareil avec ta vision de la musique uniquement orientée vers le rock. Tu as cherché des solutions moins évidentes et incontestablement plus audacieuses. Qu’est-ce qui t’a amené dans cette direction?
En passant à l’italien, j’ai choisi une configuration musicale hors du commun: un trio avec une flûte et un violoncelle. Peut-être qu’à l’époque, je voulais inconsciemment faire quelque chose qui plairait aussi à ma mère. L’orientation du groupe semblait classique, mais l’esprit était clairement rock, même si beaucoup pensaient alors que l’on ne pouvait faire du rock qu’avec une Stratocaster modifiée. Depuis, j’ai toujours essayé de m’ouvrir à la collaboration musicale avec des musiciens, des idées et des instruments toujours nouveaux. Le principe s’applique aussi aux paroles. L’histoire que tu veux raconter suggère, voire impose des solutions techniques et poétiques différentes. Si tu utilises toujours les mêmes pierres et que tu les empiles toujours de la même manière, tu finis par construire toujours le même mur.

www.marcozappa.ch, site officiel


Marco Zappa: 50 anni di musica

Cinquant’anni di carriera: l’unica duratura carriera della canzone svizzera che si sia svolta dentro (ma anche sopra, sotto e accanto) alla lingua italiana. Questo è il dato incontrovertibile – e incontrovertibilmente fondamentale – che riguarda Marco Zappa, e che ancora una volta in questo inizio di 2017 ripropone il cantautore bellinzonese al centro della cultura musicale della Terza Svizzera. Con un nuovo disco con 18 inediti – «PuntEBarrier» – e con un tour nazionale che inizierà il prossimo 14 marzo al Teatro Sociale di Bellinzona. Intervista/testo: Zeno Gabaglio

L’occasione è dunque imperdibile per incontrare Marco e fare qualche passo indietro, per farci raccontare com’è iniziato e come si è sviluppato il suo rapporto con la creatività musicale; in una regione – il Ticino – che dal punto di vista della canzone in lingua italiana non aveva mai offerto esempi illuminanti.

Marco Zappa: È iniziato tutto da mia madre, che mi vedeva come interprete-pianista in ambito classico. Abitavamo ancora a Bellinzona ed ero appena un bambino. Ho suonato due anni quasi per forza il pianoforte e mi ricordo che non mi piaceva: dovevo studiare ogni giorno ma avevo ben altre cose per la testa, a quell’età. Negli scout ho poi cominciato a suonare l’armonica a bocca, uno strumento che, a differenza del pianoforte, si poteva portare in giro e con cui si poteva condividere la musica. La sorella di mia madre suonava invece la chitarra, e fu lei a mostrarmi i primi accordi, proprio nel periodo in cui in Italia imperversavano Celentano e i primi “cantanti urlatori”. Mi sono subito appassionato e immedesimato, raccogliendo i miei compagni di ginnasio in un piccolo gruppo con cui suonavamo alle feste degli studenti.

Zeno Gabaglio: Che possibilità c’erano per chi voleva fare musica, e magari anche condividerla con gli altri?
Il bisogno di trovarsi attorno al fare musica effettivamente c’era, ma in genere si rivolgeva alla musica popolare. Anch’io ho passato diversi anni a cantare e suonare la Verzaschina, il Boccalino e le varie canzoni che oggi diremmo folk. Per la musica dal vivo in Ticino c’era però ancora una buona offerta di orchestre di musica leggera, cioè gruppi (di anche solo 4-5 elementi) che si esibivano in repertori tra il jazz, lo swing e la canzone; tornando a casa da scuola mi fermavo sempre ad ascoltarli davanti ai bar di Locarno in cui si esibivano, restando sempre affascinato dalla musica che facevano ed imparando accordi nuovi.

Ma quella delle orchestrine era comunque una musica «vecchia»! Cosa portò invece Marco Zappa sulla strada ben più moderna del rock?
La chitarra elettrica. Durante una serata in cui – con il mio gruppo – suonammo all’Oratorio di Minusio, il prete che organizzava l’incontro diffuse dall’impianto il brano Apache degli Shadows, con quei meravigliosi suoni iniziali di chitarra elettrica riverberata. Fu un colpo di fulmine, e poi, naturalmente, le canzoni dei Beatles! …

Quindi all’origine del percorso rock di Marco Zappa ci fu la modernità di un prete?
In un certo senso sì: di un prete illuminato! Ma contagiato così – all’improvviso – dal germe della chitarra elettrica, per noi giovanissimi rimaneva un problema: come trasformare i nostri strumenti per cercare di ottenere esattamente quel suono lì? Un amico elettrotecnico mi disse che dalla cornetta del telefono, svitando la parte inferiore (cioè quella in cui si parlava), si poteva ricavare un microfono. Così feci, togliendolo e incollandolo alla chitarra, collegai poi i due fili risultanti all’amplificatore della radio dei miei genitori e ottenni la mia prima chitarra elettrica. Ancora mi ricordo quando attraversavo la città con la vecchia radio legata sul motorino per andare a fare le prove …

Di lì a poco – con la band Teenagers – avresti cominciato a fare le cose decisamente sul serio, anche se il centro gravitazionale del tuo universo musicale lo avresti raggiunto qualche anno più tardi, passando dalla lingua inglese a quella italiana. Ci puoi spiegare questa tua fondamentale evoluzione?
Ero cresciuto ascoltando pezzi rock inglesi sul mio giradischi, ascoltando mille volte i 45 giri per imparare gli assoli di chitarra e memorizzare i testi. E se anche la conoscenza della lingua era per tutti approssimativa, si scriveva e si cantava in inglese proprio perché i nostri ascolti di quel periodo erano focalizzati sul rock britannico. Oggi paradossalmente critico un po’ quei musicisti che – pur essendo di lingua madre italiana – cantano solo in inglese, e credo di poterlo fare proprio perché anch’io, in fondo, ho cominciato così. I primi due LP li realizzammo in inglese, e l’orgoglio fu che a produrceli c’era la EMI (la casa discografica dei Beatles!) che senza l’inglese non ce li avrebbe mai prodotti.

«Le parole che scegli sono come le tue dita su una chitarra: devi sentirle tue, e se non è così il risultato musicale non sarà sincero.» – Marco Zappa

E l’italiano quando arrivò?
Il passaggio all’italiano è avvenuto nel 1979. Attorno a noi erano cambiati certi gusti musicali e certi rapporti con l’idea della canzone; ma soprattutto avevo maturato io una nuova consapevolezza: la lingua che usi è come uno strumento, che ti deve appartenere. Le parole che scegli sono come le tue dita su una chitarra: devi sentirle tue, e se non è così il risultato musicale non sarà sincero. Da allora se una storia la vivo in dialetto, non posso che scriverla in dialetto, e se la vivo in italiano, devo scriverla in italiano, e così per le altre lingue. Non si tratta di una scelta obbligatoria e a priori che mi impongo prima di scrivere qualcosa, ma è la stessa storia che voglio raccontare a portarmi sull’inevitabile strada linguistico-espressiva.

Infine la musica. Perché se è vero che ti sei presto allontanato dalla convenzione giovanilistica dell’inglese, altrettanto hai fatto da una visione musicale esclusivamente rock, andando a cercare soluzioni meno scontate e – indubbiamente – più ardite. Chi ti ha spinto in questa direzione?
Proprio per la svolta testuale in italiano scelsi una veste musicale inusitata: un trio con flauto e violoncello. Forse inconsciamente volevo fare qualcosa che piacesse anche a mia madre. La formazione sembrava classica, ma lo spirito era chiaramente rock, anche se per molti si poteva fare rock solo usando una Stratocaster con distorsione. Da allora ho sempre cercato di aprirmi a collaborazioni musicali con musicisti, strumenti e idee ogni volta diversi, e il principio è lo stesso che vale per il testo: è la storia da raccontare che suggerisce – a volte imponendole – soluzioni tecniche e poetiche differenti. Perché altrimenti se usi ogni volta gli stessi mattoni e ogni volta li sovrapponi allo stesso modo, il risultato sarà sempre lo stesso muro.

www.marcozappa.ch

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Cinquante ans de succès : la seule carrière durable de Suisse dans la «canzone italiana» – dans toutes ses dimensions. C’est un fait indéniable, mais essentiel quand on parle du chanteur Marco Zappa de Bellinzone, qui revient cette année sur le devant de la scène de la culture musicale suisse italienne. Son nouvel album «PuntEBarrier» contient 18 chansons inédites et sa tournée suisse débutera le 14 mars 2017 au Teatro Sociale de Bellinzone. Interview/texte de Zeno Gabaglio – La versione italiana del testo si trova sotto.

Marco Zappa: 50 anni di musica

Interview avec Marco Zappa au studio MarcoZappaMusic à Sementina. (Photos: Manu Leuenberger)

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Textes de chansons: «ça fonctionne donc c’est permis»

La FONDATION SUISA réserve cette année son prix de reconnaissance (25 000 francs) aux parolières et paroliers. Mais quelles sont les caractéristiques de paroles réussies ? Markus Ganz, contributeur invité, s’entretient avec Jean-Martin Büttner

Textes de chansons: «ça fonctionne donc c’est permis»

«Les paroles ne fonctionnent généralement pas sur le papier», affirme le journaliste Jean-Martin Büttner. (Photo: Dominic Büttner)

Jean-Martin, que penses-tu des paroles suivantes: «A Wop bop a loo bop a lop bam boom» ?
Jean-Martin Büttner: c’est un bon exemple de paroles codées. En effet, «Tutti Frutti» de Little Richard parle secrètement de drag queens et de pratiques sexuelles, en tout cas dans la version originale de 1955. A ce sujet, il faut savoir que le chanteur était triplement défavorisé: Richard était noir, homosexuel et originaire du Sud des Etats-Unis. Dans une interview, le politologue américain Greil Marcus a bien expliqué l’étonnant effet de ces paroles. Même sans comprendre le texte, on ressent par la joie qui se dégage du chant de Little Richard qu’il y a là-derrière quelque chose de probablement indécent. Cela peut paraître étonnant, mais ce texte est l’une des œuvres centrales de l’histoire du rock ‒ non parce qu’il dit quelque chose, mais parce qu’il exprime quelque chose.

Nik Cohn a écrit en 1971 dans son ouvrage «AWopBopaLooBopALopBamBoom», devenu entretemps un classique de la littérature rock, que ces paroles sont magistrales dans le sens qu’elles sont un «résumé de la substance réelle du rock’n’roll de l’époque». Il a également écrit que les paroles des chansons rock constituent une sorte de «langage codé pour les teenagers». La culture des jeunes est cependant en constante évolution. Est-ce que cela signifie que ce texte est figé dans son époque ?
Je pense que de telles considérations peuvent valoir pour tout texte de chanson et pour de nombreux poèmes également. Seuls les plus grands comme Shakespeare, Rilke ou Dylan peuvent écrire des textes qui portent au-delà de leur temps. Ce texte de Little Richard est indubitablement figé dans son époque, notamment parce qu’il a dû être codé jusqu’à devenir incompréhensible pour passer sous le radar de la censure des stations de radio blanches d’alors. On peut constater avec ironie que la même chose vaut pour les paroles explicites, vulgaires et crues du hip-hop. Il devient assez rapidement lassant d’entendre des textes où les femmes sont réduites à des catins buveuses de champagne et où on n’hésite pas à entonner un hymne à ses chaussures de sport.

En quoi ces paroles de Little Richard gardent-elles une pertinence ?
«Tutti Frutti» est un texte historique. Mais il convient de garder à l’esprit que Nik Cohn avait une position anti-intellectuelle par rapport à la signification du rock’n’roll. Et que son livre fut l’un des premiers sur la musique rock. Je l’aime aujourd’hui encore, car l’écriture est radicale. Nik Cohn, d’emblée une personne en marge en tant que juif irlandais, a écrit certaines phrases d’anthologie, comme par exemple qu’il n’existait quasiment aucun véritable texte dans le rock’n’roll. Je pense qu’il considérait cela comme une provocation, mais pas uniquement. C’était une attaque contre des artistes comme Dylan ou les Beatles, qui ont à son avis ruiné le rock avec leurs prétentions littéraires.

La mise sur un piédestal des textes de chansons dans le cadre de l’attribution du Prix Nobel de littérature à Bob Dylan constitue-t-elle une perte pour la tradition des textes un peu absurdes ?
Pas du tout, car il n’existe heureusement aucune instance chargée de décider si un texte de chanson est bon ou non. En outre, Dylan a lui aussi écrit des textes qu’on peut qualifier de surréels, avec certes des jeux de mots et une dimension humoristique, mais aucun sens bien compréhensible, comme par exemple «Subterranean Homesick Blues» en 1965. Avec cette chanson, Dylan fait référence (il ne l’a jamais nié) à «Too Much Monkey Business» de Chuck Berry, et n’est ainsi pas très éloigné de Little Richard. Dylan semble donc plus proche des héros de Nik Cohn que celui-ci peut le penser. Dylan a d’ailleurs indiqué un jour que son objectif professionnel était de devenir le pianiste de Little Richard!

«La poésie a toujours été un art oratoire. Durant l’Antiquité déjà, les poètes récitaient leurs textes.»

Mais, tout compte fait, les textes de chansons n’ont-ils pas de plus en plus perdu le caractère qu’ils avaient à l’origine ?
On touche ici à la question du sens. Je me suis toujours battu contre cette idée absurde que la musique rock devrait rester une musique de jeunes comme elle l’était à l’origine. Elle s’est plutôt affirmée comme une culture évoluant avec ses créateurs. Bob Dylan, Johnny Cash ou Leonard Cohen sont ou ont été pertinents même à l’âge ou d’autres sont à la retraite. De plus, la poésie a toujours été un art oratoire. Durant l’Antiquité déjà, les poètes récitaient leurs textes.

Little Richard cultivait la provocation ‒ et c’est devenu difficile aujourd’hui …
Cette attitude paraît dépassée depuis longtemps. Pensons à Lady Gaga, dont les provocations font clairement partie d’un plan marketing. Sa dernière provocation consistant à se montrer sans maquillage met en évidence son désarroi. On se souvient du scandale provoqué par David Bowie lorsqu’il avait affirmé être homosexuel ‒ ce qui était faux. De tels effets de choc, d’Alice Cooper à Marilyn Manson, ont perdu tout leur impact. Mais la bonne musique reste de la bonne musique.

Dans la musique rock, le texte est fortement lié à d’autres aspects comme le son ou le phrasé, des aspects qui lui donnent parfois toute sa signification. Mais la fonction du texte n’a-t-elle pas changé avec le temps ?
Je suis souvent étonné de constater à quel point les auditeurs prêtent peu d’attention au texte. Il en a probablement toujours été ainsi. Les Beatles ont par exemple principalement écrit des textes d’une banalité confondante jusqu’en 1965, comme celui de «She Loves You», malgré leur ironie et leur talent lyrique et d’écriture. Il est intéressant de constater que les textes jouent un rôle prépondérant dans le hip-hop, alors que la musique y est souvent assez monotone et répétitive. En outre, on peut remarquer que, au cours de ces dernières décennies, les paroles sont passées de plus en plus souvent de l’anglais à l’allemand, l’italien ou le français, pour le chant et le rap. Dans ces conditions, il est logique que les textes reprennent une plus grande importance. Pensez à Peter Fox (Seeed): son album solo, «Stadtaffe», est un hymne à Berlin, la ville d’où il est originaire; grâce au texte en allemand, les Berlinois ont pu s’y identifier.

«Les textes de chansons, ce n’est pas une matière qu’on apprend à l’école. Chacun de nous a la liberté de choisir une approche.»

Cet exemple montre également que, parfois, il est nécessaire de connaître le contexte de création du texte pour en comprendre le sens. Mais l’auteur d’un texte peut-il attendre des personnes auxquelles il s’adresse qu’elles s’intéressent de près aux paroles ?
Les textes de chansons, ce n’est pas une matière qu’on apprend à l’école. Chacun de nous a la liberté de choisir une approche. L’une de mes amies a longtemps enseigné la danse hip-hop. La musique servant à la danse, elle n’a pas remarqué que les morceaux utilisés contenaient souvent des textes méprisant les femmes. A chacune et chacun de faire la part des choses!
Dans le cadre de concerts, je constate souvent que la méconnaissance des paroles peut conduire à des confusions. Un exemple classique, qui induit en erreur même certains Américains, c’est la chanson «Born in the U.S.A.» de Bruce Springsteen. Le morceau parle du destin des vétérans du Vietnam, mais est plein d’ambivalence, notamment parce qu’il commence par un air de fanfare et que, sur la couverture de l’album, Springsteen y apparaît devant un drapeau américain. Message de gauche, refrain de droite. Reagan n’entendit que le second et fut enthousiasmé; Springsteen se distança en grommelant. Le disque fit de lui un millionnaire.

Mais le message ne passe-t-il pas d’une manière ou d’une autre ?
Dans un essai, Greil Marcus, dont il a été question plus haut, a expliqué pourquoi tout ce que Springsteen chante reste sans conséquence. L’artiste peut chanter autant de fois qu’il le souhaite les familles détruites et la pauvreté régnant aux USA, le fait est que personne ne réagit. Ce silence prouve que tous ces appels restent sans effet. Comment pourrait-il en être autrement ? J’ai demandé un jour à l’humoriste Eddie Izzard si l’humour pouvait avoir un impact social. Sa réponse fut que seule la politique pouvait provoquer des changements, et que c’est pour cela qu’il était candidat au Parlement. Si l’on veut changer les choses, il faut changer les lois.

Les paroliers disent souvent que, avec leurs textes, ils souhaitent provoquer certaines associations d’idées pour que l’auditeur s’approprient la chanson …
Cela me fait penser au rôle important d’une chanson du jeune James Brown dans les années 60, «Say it loud – I’m black and I’m proud», que les jeunes noirs écoutèrent beaucoup. C’était une sorte de mode d’emploi pour l’identité noire ‒ avec l’affirmation que, même en tant que membre d’une minorité, il est possible d’exister, d’être important aux USA avec une possibilité de s’exprimer.

Il les a encouragés à s’affirmer …
Exactement, de nombreux textes de chansons ont joué un rôle important pour le mouvement de défense des droits civiques. Certaines chansons ont également joué un grand rôle dans le mouvement contre la guerre du Vietnam. Pourquoi «Sloop John B» des Beach Boys est-il devenu un hymne pour les GI au Vietnam, alors que cette reprise parle simplement d’un conflit sur un bateau? Parce que le refrain est le suivant: «Why don’t they let me go home, this is the worst trip I’ve ever been on». Pas étonnant que cela ait eu un écho au Vietnam. Ou encore: «Nowhere To Run» de Martha And The Vandellas, une chanson d’amour qui cachait un slogan de gauche contre l’Etat.

Un texte peut parfois changer complètement de sens selon le point de vue …
Le morceau «Another Brick In The Wall» de Pink Floyd est un bon exemple de cela. En Afrique du Sud, il a été transformé par les écoliers blancs et noirs en hymne contre l’apartheid. Le chercheur allemand Diedrich Diederichsen a dit un jour que la pop est un canal ouvert. L’avantage est que tout y est possible. Si le public décide qu’une chanson a telle ou telle signification, il en est ainsi.

«L’un des exemples les plus connus de chanson dont la première version des paroles ne devait pas être prise au sérieux, c’est ‹Yesterday› de Paul McCartney. Le texte initial était le suivant: ‹scrambled eggs, baby I love your hairy legs› !»

Ces derniers mois, de nombreux musiciens se sont prononcés contre Donald Trump, mais peu de chansons explicites sont nées de cette fronde …
La journaliste britannique Julie Burchill a écrit un jour que rien ne pouvait mieux castrer un message politique qu’un backbeat bien appuyé. Bob Dylan s’en est assez vite rendu compte et a arrêté d’écrire des chansons d’accusation directe; il s’est mis à penser de manière plus approfondie. Ses chansons explicitement politique comme «Now Ain’t The Time For Your Tears» ont bien moins vieilli que celles qui expriment une critique générale de la guerre comme «Masters of War». Je pense que les grands artistes ne réfléchissent pas en termes de semaines ou d’années, et que les grandes chansons politiques ne se rapportent pas spécifiquement à un cas donné. La chanson «The Revolution Will Not Be Televised» de Gil Scott-Heron est universelle; de plus, elle intègre une dimension d’humour et d’ironie, ce qui est malheureusement rarement le cas pour les musiciens protestataires.

De nombreux auteurs reconnaissent que leurs textes naissent lorsque la musique est déjà terminée. Comment expliques-tu cela ?
L’un des exemples les plus connus de chanson dont la première version des paroles ne devait pas être prise au sérieux, c’est «Yesterday» de Paul McCartney. Le texte initial était le suivant: «scrambled eggs, baby I love your hairy legs» ! Lors de sa conférence de presse l’an passé à Genève, Brian Eno a raconté que la plupart des chanteurs recouraient lors des répétitions dans un premier temps à une sorte de «yaourt» sans signification. Un refrain ou «hook» apparaît ensuite, sur la base duquel le texte peut se développer. De nombreux musiciens procèdent de la sorte, par exemple Bono ou Mick Jagger. La création de paroles est parfois difficile même pour des auteurs ayant fait leurs preuves. Randy Newman m’a par exemple avoué lors d’un entretien qu’il lui était plus facile de créer des mélodies que des textes, l’écriture de paroles se transformant parfois en cauchemar.

Mais est-ce qu’on ne peut pas dire que les paroles sont souvent secondaires, qu’elles doivent seulement être un support pour la mélodie ?
Ce n’est pas forcément le cas, comme le montre l’exemple d’Abba. On peut bien entendu affirmer sans trop prendre de risque que «I do, I do, I do, I do, I do» ne sont pas des paroles susceptibles d’entrer au Pantéon des paroles les plus marquantes. Mais «Knowing Me, Knowing You» est un morceau qui contient un message amer adouci par une mélodie ravissante. Le texte parle d’un divorce et est l’une des chansons préférées d’Elvis Costello. On peut penser également à «The Day Before You Came», le dernier single d’Abba, qui combine un excellent texte et une musique incroyablement triste.

On le sait, les paroles naissent souvent presque par hasard de manière un peu spontanée …
L’exemple probablement le plus connu de chanson née presque par accident, c’est «Smoke On The Water» de Deep Purple. Spectateurs de l’incendie du casino de Montreux, le groupe a écrit assez rapidement cette chanson prenante, qui est en fait très descriptive. Bob Dylan connaît lui aussi parfois des phases de créativité compulsive: l’ensemble des textes pour l’album «Time Out Of Mind» auraient ainsi été rédigés en deux semaines, un exploit si l’on considère leur longueur.

Cela correspond assez à la manière de procéder des chanteurs à texte, qui tendent à réduire une histoire à son essence. Chez ceux-ci, on trouve également parfois l’extrême inverse, où le texte est uniquement emballé musicalement …
On constate cela lorsque le texte est si dominant par rapport à la musique que celle-ci devient presque un prétexte. La situation est différente avec un bon songwriter comme Dylan. «It’s Alright, Ma (I’m Only Bleeding)» contient des mots en cascades et fonctionne tout de même bien parce que la langue se transforme en instrument produisant un rythme. Comme exemple contraire, pensons à une chanson des Beatles écrite par John Lennon: «I Want You (She’s So Heavy)»: Malgré sa durée de presque huit minutes, elle est constituée d’une seule phrase avec des variations. Cela montre que les libertés sont très grandes. On se souvient de la belle phrase de Max Frisch: «ça fonctionne donc c’est permis.».

«Il faut cesser de penser que les paroles de chansons peuvent être appréciées simplement en les lisant; sur le papier, elles ne fonctionnent généralement pas, et y sont sans vie.»

Ce principe pourrait également s’appliquer pour les paroles de chansons d’amour, l’amour restant le thème principal pour la musique pop. Une chanson d’amour peut paraître niaise si l’on considère ses paroles mais tout de même fonctionner à merveille. Qu’est-ce qui fait la différence ?
«I Will Always Love You» est un bon exemple d’impact très différent d’un même texte, selon l’instrumentation et l’interprétation. Cette chanson n’est pas de Whitney Houston à l’origine, mais de Dolly Parton. Et sa version originale de 1974 est grandiose, bien que le texte soit incroyablement banal: l’émotion naît de l’interprétation.

Les mêmes paroles peuvent également avoir des sens différents selon l’interprétation …
Oui, et la chanson «You Can Leave Your Hat On» de Randy Newman permet d’illustrer cela. Dans sa version originale, cette chanson d’amour comporte une dimension de menace, le protagoniste apparaît comme un harceleur qui nous fait peur. Dans la version de Joe Cocker, la chanson ne parle plus d’un prédateur sexuel et devient un hymne au sexe et à la liberté ‒ et c’est dans cette interprétation qu’elle a été utilisée dans le film «9 Semaines 1/2».

Les textes de deux chansons d’amour peuvent être similaires en ce qui concerne le choix du vocabulaire et avoir un effet très différent, insignifiant ou captivant. Pourquoi ?
Il faut cesser de penser que les paroles de chansons peuvent être appréciées simplement en les lisant; sur le papier, elles ne fonctionnent généralement pas, et y sont sans vie. L’une des raisons est que, pour les paroles, la technique de la répétition joue un rôle non négligeable; les textes de Nick Cave par exemple sont absurdes sur le papier.
Il y a cependant des exceptions, et les textes des chansons de Leonard Cohen en font partie. Cela s’explique probablement par le fait qu’il a avant d’enregistrer des chansons écrit trois livres et deux recueils de poèmes. Il a recouru à la guitare car il pensait qu’il pourrait ainsi atteindre un plus grand public. Mais la magie des paroles se révèle dans la plupart des cas au moment où elles sont chantées. Pensez par exemple à «Hitch Hike» de Marvin Gayes. Son chant donne au morceau une élégance lascive.

Avec le chant, on peut également briser les stéréotypes d’un texte ou ajouter une note d’ironie …
Lyle Lovett a fait exactement le contraire dans la chanson «She’s Leaving Me Because She Really Wants To». Le texte est à l’origine marqué par de l’ironie, mais il l’a chanté dans une version country d’une manière manquant complètement d’ironie. La rupture est dans ce cas qu’il s’est emparé d’un texte non conventionnel, que le genre persiffle habituellement, et l’a interprété de manière conventionnelle.

Le chanteur et producteur Roman Camenzind a affirmé un jour qu’un texte de chanson devait absolument être écrit par l’auteur dans sa langue maternelle pour qu’il ait un caractère authentique …
C’est une bonne thèse, même s’il y a des contre-exemples. Dans le cas de Rammstein, je suis fasciné de constater que les personnes qui viennent à leurs concerts chantent les paroles en allemand même dans des lieux comme Mexico City ou New York. Le chanteur Till Lindemann m’a confié qu’il pensait que la plupart chantaient ses paroles de manière phonétique uniquement. A cet égard, la langue anglaise est assez perfide. C’est un peu comme quand on commence à jouer de la guitare: il est assez facile de jouer trois accords, et cela sonne assez bien. Mais c’est plus compliqué pour la suite. Et cela se remarque assez souvent dans le cas d’auteurs qui ne sont pas de langue maternelle anglaise.

Et en Suisse ?
Il y a certes en Suisse d’excellents paroliers, notamment Kutti MC, Endo Anaconda (Stiller Has), Kuno Lauener (Züri West) et Carlos Leal (Sens Unik). En Suisse alémanique, la réalité est que le dialecte restreint beaucoup le public; la situation est très différente en Allemagne à ce sujet.

Un auteur suisse qui souhaite vivre de la musique doit donc essayer de trouver un public aussi large que possible en recourant à une langue internationale. Est-ce que cela se fait au détriment de l’authenticité ?
Yello est un bon exemple qui montre que l’utilisation de l’anglais peut bien fonctionner. Dieter Meier a créé de nombreux textes dadaïstes et son anglais est assez suisse, avec un accent et un côté humoristique. Les personnalités des deux artistes sont bien perceptibles, ce qui donne un aspect authentique. Les Young Gods connaissent également un grand succès, alors que Franz Treichler chante ses textes avec un accent français; mais dans ce cas, c’est surtout sa voix qui est importante et non les textes. Pour moi, ce sont les deux groupes suisses les plus importants; malgré leur rayonnement international, ils ont conservé leur identité. Les groupes qui chantent en français, comme Sens Unik, ont davantage de chance car leur langue maternelle est une langue internationale.

Jean-Martin Büttner (né en 1959) a grandi à Bâle et est bilingue (allemand et français). Il a étudié la psychologie, la psychopathologie et l’anglais à Zurich et son travail de fin d’études portait le titre suivant: «Sänger, Songs und triebhafte Rede. Rock als Erzählweise» (livre publié en 1997, aujourd’hui épuisé). Dans les années 80, il a écrit régulièrement pour le magazine musical Music Scene, qui était à l’époque dirigé par Markus Ganz, qui a réalisé la présente interview. Depuis 1987, il est engagé au quotidien Tages Anzeiger. Il a travaillé comme rédacteur dans la rubrique culturelle et dans la rubrique suisse et comme correspondant pour la Suisse romande et rédacteur au Palais fédéral. Depuis 2010, il écrit sur différents sujets et notamment régulièrement sur la musique.
Prix de reconnaissance pour paroliers-ières
La FONDATION SUISA met au concours son prix de reconnaissance 2017 (CHF 25 000.-) pour des parolières et paroliers. Les travaux sont pris en compte dans toutes les langues. L’ensemble de l’œuvre des candidates et des candidats sera évalué, et non les textes isolés. L’œuvre des participantes et des participants doit avoir un lien avec la création musicale suisse de notre temps. Les propositions de candidatures émanant de tiers sont également possibles. Un jury spécialisé évaluera les dossiers déposés sur la base du règlement du prix. Dernier délai d’envoi: 24 février 2017. Des informations complémentaires ainsi que le règlement et le formulaire d’inscription sont disponibles sur le site Internet de la FONDATION SUISA.
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La musique populaire à la base de compositions plus élaborées Le compositeur et accordéoniste Franz «Fränggi» Gehrig reçoit le Prix de la FONDATION SUISA 2016. Le prix annuel de reconnaissance de la fondation de SUISA pour l’encouragement de la musique est décerné en 2016 dans la catégorie «musiques populaires suisses actuelles». Interview du Lauréat Uranais âgé de 30 ans à propos de cette distinction, de son activité de création musicale et de l’attrait de la musique populaire, qu’elle soit ancienne ou nouvelle. Continuer
«Rien ne vaudra jamais une chanson bien écrite» Pour Tobias Jundt, son succès international avec Bonaparte constitue aujourd’hui le point culminant de sa longue carrière d’auteur-compositeur. Il a composé plusieurs centaines de titres, créé dans une large variété stylistique, pour ou avec d’autres artistes. Ce Bernois qui vit à Berlin transmet ses connaissances et son expérience de compositeur en tant que professeur invité à la Haute école des arts de Zurich dans la matière «Songwriting». Voici une interview avec ce membre de SUISA nominé au Grand Prix de musique 2016 et qui se produira avec son nouveau groupe Mule & Man au Festival Label Suisse à Lausanne. Continuer
Apporter harmonie et rythme à la mélodie La FONDATION SUISA décerne le Prix du Jazz 2016 à Heiri Känzig. Moins connu pour ses talents de compositeur, ce musicien zurichois figure parmi les très grands contrebassistes d’Europe. Heiri Känzig est vraisemblablement plus connu sur la scène internationale du jazz qu’il ne l’est du grand public suisse. Il faut dire que ce contrebassiste n’a jamais cherché à attirer les foules, mais a toujours séduit par une musicalité épurée. Continuer
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La FONDATION SUISA réserve cette année son prix de reconnaissance (25 000 francs) aux parolières et paroliers. Mais quelles sont les caractéristiques de paroles réussies ? Markus Ganz, contributeur invité, s’entretient avec Jean-Martin Büttner

Textes de chansons: «ça fonctionne donc c’est permis»

«Les paroles ne fonctionnent généralement pas sur le papier», affirme le journaliste Jean-Martin Büttner. (Photo: Dominic Büttner)

Jean-Martin, que penses-tu des paroles suivantes: «A Wop bop a loo bop a lop bam boom» ?
Jean-Martin Büttner: c’est un bon exemple de paroles codées. En effet, «Tutti Frutti» de Little Richard parle secrètement de drag queens et de pratiques sexuelles, en tout cas dans la version originale de 1955. A ce sujet, il faut savoir que le chanteur était triplement défavorisé: Richard était noir, homosexuel et originaire du Sud des Etats-Unis. Dans une interview, le politologue américain Greil Marcus a bien...Continuer

Contribution de compositeurs à des succès de l’année musicale «pop» 2015

L’édition 2016 des Swiss Music Awards propose une nouveauté: pour la première fois, les compositeurs seront également mis à l’honneur. Le 12 février 2016, au Hallenstadion de Zurich, les compositeurs et paroliers du «Best Hit» seront récompensés au nom de SUISA. Trois morceaux sont nominés: «Waiting» de Nickless, «La Bambele» de Müslüm et «Hippie-Bus» de Dodo. Au total, 10 compositeurs et paroliers ont contribué à la création de ces morceaux. Texte/interviews de Erika Weibel et Giorgio Tebaldi

SMA-2016-Interpreten-Portraits

Dodo, Müslüm et Nickless (de g. à d.) avec les compositeurs et paroliers de leurs titres «Hippie-Bus», «La Bambele» et «Waiting», nominés pour le «Best Hit» aux Swiss Music Awards 2016. (Photos: Nadége Sanz – Dodo; Roger Reist – Müslüm; Christoph Koestlin – Nickless)

Nickless, Müslüm et Dodo sont des artistes déjà bien connus en Suisse. Leurs tubes «Waiting», «La Bambele» et «Hippie-Bus» ont marqué l’année musicale «pop» 2015 dans le pays. Les artistes qui ont contribué à composer ces morceaux, et qui en ont écrit les paroles, sont quant à eux moins connus du public. A l’origine de «La Bambele», il n’y a pas seulement Müslüm, mais également Raphael Jakob et Benjamin Mühlethaler. Pour la composition de «Waiting», Nickless a pu compter sur le soutien de Thomas Fessler. Enfin, pour «Hippie-Bus», Dodo et quatre autres co-compositeurs ont oeuvré: Dominik Baumgartner, Michele Bochicchio, Marco Jeger et Florian Reichle.

Le 12 février, lors des Swiss Music Awards 2016 au Hallenstadion de Zurich, un prix sera remis à l’ensemble des compositeurs et paroliers à l’origine du tube suisse 2015. Dans le cadre du «Best Hit»-Award, les compositeurs du morceau gagnant recevront donc au nom de SUISA l’une des distinctions les plus convoitées. De cette manière, sera mis également à l’honneur le travail d’artistes habituellement quelque peu en retrait.

Comment naît un tube? Quels sont les ingrédients d’une bonne chanson? Nous avons posé ces questions aux trois interprètes des morceaux sélectionnés.

Müslüm – «La Bambele»

Musique et texte de Raphael Jakob, Benjamin Mühlethaler et Müslüm.

Comment cette chanson est-elle née?
Müslüm: un peu comme naît l’amour en général, sans grandes attentes. A l’origine, il y a eu un jeu de mot tout simple. Puis les pensées se sont concrétisées. De manière assez ludique, le tout a pris la forme d’un canevas où mélodie et contenu général se sont alliés pour former un tout. La musique de «La Bambele» a été composée par le guitariste Raphael Jakob et moi-même. Benjamin Mühlethaler a produit le morceau et lui a donné la touche finale nécessaire. Le plus délicat a été de donner un caractère «actuel» à cette création.

A ton avis, quels sont les ingrédients nécessaires pour qu’une chanson soit vraiment bonne?
A mon avis, il existe une sorte d’«intellect universel», par lequel l’individu est par instants intégré au grand tout et perçoit certaines réalités comme étant évidentes. Un «hit» naît précisément en lien avec ce sentiment d’évidence. La dimension la plus difficile d’un travail complexe est de faire en sorte qu’il apparaisse comme étant simple.

Dodo – «Hippie-Bus»

Musique de Dominik Baumgartner, Michele Bochicchio, Dodo, Marco Jeger et Florian Reichle, texte de Dodo.

Comment cette chanson est-elle née?
Dodo: c’est au Brésil que j’ai composé la mélodie de la chanson «Hippie-Bus». Dans un «bush bungalow» d’Itacaré, un paradis du surf au nord du Brésil, j’avais installé un petit studio, où je travaillais seul en invitant parfois des musiciens locaux pour jammer. Le texte, je l’ai vraiment écrit dans un bus «hippie». J’étais parti en voyage avec des amis au bord de la Méditerranée; sur le chemin du retour, j’étais assis à l’arrière du bus et j’ai écrit ces paroles durant le trajet.

A ton avis, quels sont les ingrédients nécessaires pour qu’une chanson soit vraiment bonne?
Une bonne chanson doit émouvoir. Rendre heureux ou triste. Ou les deux en même temps. A mon avis, une telle chanson ne peut naître que si les sentiments de la personne qui la crée sont authentiques au moment de l’écriture.

Nickless – «Waiting»

Musique et paroles de Thomas Fessler et Nickless.

Comment cette chanson est-elle née?
Nickless: la première version de «Waiting», je l’ai écrite en 2012, à 17 ans, dans ma chambre ; puis j’ai envoyé la chanson à Thomas Fessler, mon mentor musical depuis mes 14 ans; à l’âge de 15 ans, j’ai fait un stage de deux ans dans son studio d’enregistrement.
A l’époque déjà, Thomas avait décelé le potentiel du morceau. Puis je suis parti quelques temps à Londres, et c’est au début 2014 que Thomas et moi avons recommencé à travailler sur cette chanson. Avec deux autres titres, nous l’avons choisie pour mon premier CD démo ;  il a atterri chez Phonag Records, avec à la clé un contrat pour un CD. Pour nous tous, il était évident que «Waiting» allait être mon premier single: c’était la chanson la plus mûre et nous savions qu’elle pourrait bien fonctionner comme single.
Au début 2015, nous avons retravaillé une dernière fois «Waiting». Nous avons modifié quelques petites choses, et la chanson a trouvé sa forme finale au troisième essai. Je crois que chaque morceau nécessite un certain recul et un processus de mûrissement; il en a été ainsi pour «Waiting».
Thomas a joué un rôle très important dans ce processus – il constitue pour ainsi dire la deuxième moitié du groupe. L’idée originale constituée de paroles et de musique venait certes de moi, mais ce n’est là que la moitié du gâteau. Thomas a donné de la saveur à ce gâteau.

A ton avis, quels sont les ingrédients nécessaires pour qu’une chanson soit vraiment bonne?
Je crois qu’il n’y a pas de véritable recette pour écrire une bonne chanson. De nombreux facteurs entrent en jeu: qui écrit la chanson, quels sont les sentiments transmis par la chanson, qu’est-ce qu’elle déclenche en nous, etc. Chaque morceau a besoin d’une certaine authenticité.
Bien évidemment, une chanson est parfois très drôle et correspond parfaitement à l’air du temps. Mais même de telles chansons transmettent un sentiment, dans un tel cas de la bonne humeur par exemple. L’inspiration pour «Waiting» est venue de mon cœur. J’estime qu’il ne doit pas y avoir de peur au moment de l’écriture d’une chanson. Il faut écrire carrément ce qu’on a sur le cœur au moment présent – il est toujours possible d’élaguer par la suite.
Certains musiciens écrivent des morceaux pour eux-mêmes avant tout, et n’acceptent pas qu’un tiers participe à cette création. Je peux très bien comprendre cela. Pour moi, les réactions et la critique ont une très grande importance. Ce n’est qu’ainsi qu’il est possible de progresser. Et – qui sait – on peut parfois être favorablement surpris par ce qu’il en sort.

«Pour la première fois, SUISA et les Swiss Music Awards récom-pensent également les auteurs-compositeurs», SUISAnews
Swiss Music Awards, site web

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L’édition 2016 des Swiss Music Awards propose une nouveauté: pour la première fois, les compositeurs seront également mis à l’honneur. Le 12 février 2016, au Hallenstadion de Zurich, les compositeurs et paroliers du «Best Hit» seront récompensés au nom de SUISA. Trois morceaux sont nominés: «Waiting» de Nickless, «La Bambele» de Müslüm et «Hippie-Bus» de Dodo. Au total, 10 compositeurs et paroliers ont contribué à la création de ces morceaux. Texte/interviews de Erika Weibel et Giorgio Tebaldi

SMA-2016-Interpreten-Portraits

Dodo, Müslüm et Nickless (de g. à d.) avec les compositeurs et paroliers de leurs titres «Hippie-Bus», «La Bambele» et «Waiting», nominés pour le «Best Hit» aux Swiss Music Awards 2016. (Photos: Nadége Sanz – Dodo; Roger Reist – Müslüm; Christoph Koestlin – Nickless)

Nickless, Müslüm et Dodo sont des artistes déjà bien connus en Suisse....Continuer

Au revoir Jörg Schneider!

Jörg Schneider était, sans conteste, l’un des acteurs les plus appréciés de Suisse. De plus, il travaillait également comme metteur en scène, a prêté sa voix au personnage de «Kasperli» et a écrit des contes et des comédies musicales. Il était membre SUISA depuis longtemps, en tant que parolier de plus de 200 chansons, dont il écrivait parfois la musique. Jörg Schneider est décédé à la fin août 2015, à l’âge de 80 ans. Hommage par Monika Kaelin, contributrice invitée

Joerg Schneider Portrait

Jörg Schneider en 2013; il a écrit les paroles de nombreuses chansons et en a parfois composé la musique. (Photo: Christoph Kaminski)

Il a dû nous quitter bien trop tôt. Lui qui se nourrissait toujours sainement, évitait les excès et consacrait son énergie aux planches, qui étaient son monde. Jörg Schneider était un véritable perfectionniste; il a traduit de nombreuses pièces de l’anglais et du bon allemand en suisse-allemand, a écrit plus de 200 textes de chansons, a joué le rôle principal dans toutes ses pièces de boulevard autoproduites, a connu un grand succès dans plusieurs séries TV comme «Polizischt Wäckerli» et «Motel», a été très convaincant dans la série à succès «Lüthi und Blanc» où il jouait le rôle du comptable Oskar Wehrli, a été metteur en scène à l’occasion, a écrit des contes et des comédies musicales, a prêté sa voix au personnage de «Kasperli» et a dû soudain faire face à un cancer incurable, après 55 ans de présence sur les scènes.

Cette lutte n’a pas été facile pour cet artiste d’exception, vif et appréciant le travail, qui a tout d’abord suivi une formation d’enseignant, puis de comédien professionnel, en se consacrant tout d’abord au classique, avant de finalement trouver un large public du côté de la «muse légère» et en enthousiasmant pendant des décennies des millions de téléspectateurs suisses.  Acteur populaire, il était un homme de théâtre sur scène et dans les coulisses, actif dans les différents domaines de l’écriture, de la production et de la mise en scène. Ce Zurichois «pur beurre» était jovial par nature. Lorsque quelque chose le dérangeait, il réglait l’affaire au moyen d’un mot sarcastique accompagné d’un grand rire.

Artiste polyvalent d’exception

La polyvalence de l’artiste d’exception qu’était Jörg Schneider se révèle de manière impressionnante lorsqu’on jette un œil sur son parcours artistique très dense. Aux côtés de Ruedi Walter, Jörg Schneider est apparu dans la peau de Wladimir lors d’une représentation très remarquée de la fameuse pièce de Beckett «En attendant Godot», dans une adaptation en dialecte d’Urs Widmer. Il joua également dans de nombreuses autres pièces classiques au Sommertheater de Winterthour et au Freilufttheater Hohe Promenade de Zurich.

C’est en 1963 que commença sa carrière à la télévision; jeune comédien, il joua alors dans «Vico, ist’s wahr?» et eut ainsi l’occasion de se produire dans différents endroits de Suisse aux côtés de Vico Torriani. Il perça véritablement en 1966 grâce à «Polizischt Wäckerli», à la fois pièce radiophonique, spectacle sur scène et série TV.

Ce qui rend Jörg Schneider le plus inoubliable, ce sont probablement les 41 histoires de Kasperli qu’il a écrites et qui ont enthousiasmé des générations d’enfants. Elles ont beaucoup de succès aujourd’hui encore. De nombreux spectacles de contes et comédies musicales pour enfants ont été montés avec sa participation par la Märchenbühne de Zurich et par l’Opéra de Zurich.

A Zurich, il travailla également pour le Schauspielhaus, le Corso-Theater, le Theater am Hechtplatz et surtout pour le Bernhard-Theater. À l’occasion de la comédie musicale «Z wie Züri», j’eus en 1976 l’opportunité de me produire pour la première fois à ses côtés, en tant qu’actrice et chanteuse. Lors de ce travail, Jörg me donna de nombreux conseils et m’expliqua par exemple comment raconter une histoire pour que l’effet de la chute soit garanti. Ses conseils furent pour moi la meilleure des écoles, et j’eus la chance de pouvoir les appliquer directement sur scène.

Un parcours de vie grandiose

De nombreuses pièces suivirent ensuite, à un rythme soutenu. Jörg Schneider les présenta avec sa troupe au Bernhard-Theater puis en tournée en Suisse. En 2014, il proposa pour sa tournée d’adieux le spectacle tragi-comique «Häppi Änd», en dialecte. Pour des raisons de santé, il fut malheureusement contraint d’écourter cette tournée. Durant cette période difficile où il dut faire face à des douleurs, il travailla encore vaillamment avec Matthias Gnädinger, lui aussi décédé récemment, pour le film «Usfahrt Oerlike», du réalisateur Paul Riniker. Le film a obtenu le Prix du Public aux 50e Journées de Soleure, lors desquelles l’œuvre grandiose de Jörg Schneider a été saluée par une standing ovation. Jörg Schneider a reçu deux fois le Prix Walo: en 1995 en tant qu’acteur et 2014 pour l’ensemble de son œuvre.

Sa dernière œuvre date de mars 2015; il s’agit d’une autobiographie intitulée «Äxgüsi». Après une période de souffrance face au cancer, Jörg Schneider s’est endormi paisiblement le 22 août 2015 dans les bras de sa chère épouse Romy, à son domicile de Wetzikon, libéré de ses douleurs et le sourire aux lèvres. Il était un homme bon et va beaucoup manquer aussi bien à son public qu’à nous, collègues du monde du théâtre. Merci, cher Jörgli, pour tout ce que tu nous as offert tout au long de ta vie, avec joie, amour et engagement.

Bien à toi
Monika Kaelin

Monika Kaelin est compositrice, parolière, chanteuse, entertainer et animatrice, mais aussi organisatrice dans le domaine du théâtre et de la musique ainsi qu’organisatrice d’événements de manière générale, Présidente de l’association Show Szene Schweiz et productrice TV du Prix Walo. De 1999 à 2015, elle a été membre du Conseil de SUISA.

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Jörg Schneider était, sans conteste, l’un des acteurs les plus appréciés de Suisse. De plus, il travaillait également comme metteur en scène, a prêté sa voix au personnage de «Kasperli» et a écrit des contes et des comédies musicales. Il était membre SUISA depuis longtemps, en tant que parolier de plus de 200 chansons, dont il écrivait parfois la musique. Jörg Schneider est décédé à la fin août 2015, à l’âge de 80 ans. Hommage par Monika Kaelin, contributrice invitée

Joerg Schneider Portrait

Jörg Schneider en 2013; il a écrit les paroles de nombreuses chansons et en a parfois composé la musique. (Photo: Christoph Kaminski)

Il a dû nous quitter bien trop tôt. Lui qui se nourrissait toujours sainement, évitait les excès et consacrait son énergie aux planches, qui étaient son monde. Jörg Schneider était un...Continuer