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L’homme de l’ombre du rock en dialecte

C’est de sa plume que sont nés les hits suisses rendus avant tout célèbres par Polo Hofer. Hanery Amman nous a quittés à l’âge de 65 ans. Hommage par Ane Hebeisen, contributeur invité

L’homme de l’ombre du rock en dialecte

Hanery Amman, membre de SUISA depuis 1976, photographié dans le cadre d’une réunion de SUISA à Berne le 10 novembre 2009. (Photo: Wolfgang Rudigier)

Lorsqu’on l’interrogeait sur ses rêves, Hanery Amman avait toujours la même réponse: l’espoir de faire de la musique jusqu’à son dernier souffle. Ce souhait a été exaucé, même si la vie n’a pas toujours été juste avec lui et qu’il a régulièrement été confronté à des situations difficiles ou décevantes. Il a cependant pu faire jusqu’au bout ce qu’il aimait le plus – de la musique.

Il serait exagéré de prétendre qu’il avait une productivité supérieure à la moyenne. Il avait bien trop d’adversaires à combattre pour ça. De toute sa production pendant toutes ces années, seule une petite partie a été publiée. On peut donc supposer qu’il reste encore de nombreux trésors d’archives, d’essais et d’études à découvrir chez Hanery Amman à Interlaken.

L’âme de Rumpelstilz

Sa carrière musicale démarre très tôt. A l’école, il joue du banjo et du ukulélé. Mais ce piano, l’instrument qui va décider du destin de Hanspeter «Hanery» Amman, trône déjà dans la salle de musique de l’établissement. Il commence à en jouer et sent très rapidement qu’il peut y exprimer de bien plus grandes émotions qu’avec un instrument aux cordes pincées et au son nasillard.

Après un apprentissage comme mécanicien de précision et un court passage par le théâtre (on lui connaît le rôle du Général dans la pièce «Treffpunkt Vietnam» au Zimmer-Theater de Zurich), il retrouve régulièrement son vieux voisin, un certain Urs «Polo» Hofer, pour faire de la musique. Ces deux amis et leurs familles vivent longtemps dans le même bâtiment à Interlaken. Les Hofer sont témoins de mariage des Amman et à sept ans, le jeune Polo promène le petit Hanery dans sa poussette.

A l’époque, personne ne se doutait qu’ils allaient rester unis jusqu’à la fin de leur vie, parfois très proches, parfois moins, et encore moins qu’un jour une place d’Interlaken porterait leurs noms.

Dès leur première rencontre musicale, les tâches sont clairement réparties. Hanery Amman compose, Polo Hofer écrit. Hofer vend, chante et joue le rôle de mascotte tandis qu’Amman est l’âme du projet et joue un rôle décisif dans le son du rock en dialecte 1.0. Le modèle musical est celui d’Udo Lindenberg, lui qui a réussi à allier la langue allemande à la musique de son temps. L’objectif est donc de faire la même chose en dialecte alémanique.

Le premier reggae suisse

Rumpelstilz est un groupe où s’expriment avec vigueur les tendances musicales les plus variées. Le jeu d’Hanery Amman est par exemple influencé par des modèles musicaux aussi divers qu’Elton John et Chick Corea, on admire les saxophonistes de jazz fusion Jim Pepper et Bob Dylan – et puisque le percussionniste intérimaire Res Hassenstein, plus tard l’un des papes de la musique du monde, connaît aussi la musique caribéenne, on décide d’inclure le reggae au répertoire.

C’est à cette époque que les premiers grands hits naissent sous la plume d’Hanery Amman: «Teddybär» (officiellement le premier reggae en dialecte alémanique) ou le morceau de six minutes et demie «D Rosmarie und i», précédé d’une longue intro perlée au piano par Amman pour glisser en un rien de temps du boogie au jazz en passant par le blues dans le solo au milieu du morceau. Il adore les fusions.

Hanery Amman décrira plus tard les années de Rumpelstilz comme les plus marquantes de sa carrière. Il aimera dire que c’était un groupe «multi-culturel» à une époque où le concept n’existait pas encore. Rumpelstilz lui aura permis de trouver son style non seulement comme musicien, mais aussi comme compositeur.

Dissolution de Rumpelstilz

Si Rumpelstilz a énormément de succès, le groupe n’est certainement pas un monument national. Hanery Amman, l’homme aux longs cheveux blonds, n’est pas encore perçu dans sa ville natale comme le bon berger de la chanson suisse, mais plutôt comme quelqu’un qui devrait exercer un vrai métier.

Des tensions entre Hanery et Polo conduisent en 1979 à la rupture puis à la dissolution du groupe, ce qui peut arriver lorsque deux fortes têtes de l’Oberland bernois se heurtent. Après la dissolution du groupe, Hanery décrit les disputes en ces termes dans une interview: «Nous étions deux béliers dans ce groupe. A un moment donné, le succès auprès du public est monté à la tête de Polo Hofer. Cela a détruit le groupe.»

Et il est aussi question d’argent: selon lui, malgré le succès, on est toujours à court d’argent sans que personne n’ait une bonne explication à cela. Avec un peu de distance, il décrit son rapport à Hofer de façon un peu plus mesurée: «Nous avions besoin l’un de l’autre et nous nous sommes complétés mutuellement». C’est ainsi qu’avec l’âge ils se qualifient d’amis.

Un hit pour l’éternité

Après la dissolution de Rumpelstilz, Polo Hofer fonde le groupe Polo’s SchmetterDing alors qu’Hanery Amman s’essaie à une carrière solo sous son propre nom. Son album solo en anglais «Burning Fire», produit en Allemagne, sort en 1980. Le style est celui d’un rock américain enjoué. Dans des interviews, il dit vouloir voyager avec sa musique et affirme que le dialecte bernois n’est pas vraiment une langue pour le rock.

Dans l’Oberland bernois, ces propos ne sont pas vraiment bien accueillis. C’est pourquoi il donne plusieurs concerts en Allemagne et en Autriche. En outre, il compose des musiques de film et écrit des chansons pour la star italienne Rita Pavone. Il dénonce bientôt sa collaboration avec la maison de production allemande, installe à Interlaken son propre studio, donne quelques concerts et fait ce qu’il aime par-dessus tout: composer des chansons.

L’une d’entre elles s’appelle «Kentucky Rose». Elle serait probablement restée enterrée quelque part dans les archives personnelles de Hanery si Polo Hofer, en tournée avec son groupe SchmetterBand, ne l’avait pas enregistrée en dialecte bernois sur une cassette de démonstration, faisant naître ainsi l’un des plus grands hits de la chanson suisse: «Alpenrose» rend Hofer et Amman immortels.

Sous ses airs de Bernois parfois têtu, Hanery Amman cache un grand cœur. Ses amis parlent d’une personnalité originale et très attachante. On lui attribue des qualificatifs comme direct, franc, buté et hypersensible. L’homme a de l’humour et même dans les pires moments, il continue à plaisanter et à être cordial.

Ce qui lui déplaît par-dessus tout en revanche, c’est le manque d’attention au niveau musical. En mai 1984, il se rend en studio avec son groupe, le Hanery Amman Band, pour enregistrer un album. Mais il trouve le rendu tellement mauvais qu’il ne veut pas le publier. La raison est vite trouvée: furieux, il dira dans une interview que cela relève de la façon dont ses musiciens ont travaillé. Le groupe n’avait pas assez de motivation. Résultat: on renonce! Et on reconsidère la composition du groupe!

«Le Chopin de l’Oberland bernois»

Il s’ensuit des années difficiles. Hanery Amman souffre d’un acouphène en raison d’une opération suite à une otite qui l’empêche pratiquement de faire de la musique pendant un long laps de temps. Néanmoins, il se produit en concert, organise une réunion de Rumpelstilz et enregistre trois concerts au Anker à Interlaken (il habite juste au-dessus de la salle). L’album «Live im Anker» qui en résulte se classe parmi les albums live les plus populaires de Suisse.

Il faudra attendre l’an 2000 pour la sortie du prochain album solo. «Solitaire» récolte des critiques euphoriques mais ne parvient pas à dépasser la 90e place du hit-parade suisse. A ce moment-là, le monde écoute Manu Chao, les Red Hot Chili Peppers ou encore Britney Spears. Les chansons en dialecte d’Amman, longuement mûries et soigneusement arrangées, semblent passées de mode. La médecine n’a pas non plus de bonnes nouvelles à lui annoncer. On lui diagnostique un cancer du poumon en 2007. Une maladie qui l’emporte dix ans plus tard, cinq mois après Polo Hofer.

Il ne s’est jamais plaint de ses échecs, même sa vie a été «un coup du destin après l’autre», comme il l’a dit récemment. Bien au contraire, il est très reconnaissant. Hanery Amman n’a jamais aimé être au premier plan. Ses chansons ont fait connaître Polo Hofer, lui est resté dans l’ombre. A son sens, le show-business est un monde d’imposteurs et de faux-semblants, et il ne s’y est jamais vraiment senti à l’aise.

C’est au piano, en laissant courir ses doigts sur le clavier, qu’il s’est toujours senti le mieux. Il s’y mettait le plus souvent la nuit (et volontiers nu, comme il l’a confié une fois), c’était sa façon à lui de méditer contre les humeurs du monde. «Si tout ‹foire›, il te reste la musique»: telle était sa devise.

Si l’on avait placé à ses côtés quelqu’un capable d’organiser un tant soit peu son travail et de l’aider à surmonter les doutes qui l’assaillaient fréquemment, l’homme que Polo Hofer qualifiait de «Chopin de l’Oberland bernois» aurait laissé une œuvre beaucoup plus importante. Mais le natif d’Interlaken n’avait que faire de conseillers.

Et pourtant: ce qu’il a publié est inscrit dans la mémoire à long terme de la musique en dialecte alémanique suisse. Jusqu’au bout, il a travaillé sur un album instrumental qu’il espérait terminer avant sa mort. Ce vœu n’aura pas été exaucé. Hanery Amman est décédé dans la nuit du Nouvel An à l’âge de 65 ans, entouré des siens.

Comme il le chantait si bien sur son album «Solitaire»: «U we de meinsch, die Wält göng under, de si d Stärne geng no da (Et si tu penses que le monde s’écroule, les étoiles sont quand même toujours là – NdT)». Une nouvelle étoile brille maintenant au firmament.

www.haneryamman.ch

Cette nécrologie par Ane Hebeisen a été publiée sous une forme similaire dans le Bund et le Tages Anzeiger en janvier 2018.

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«Les idées de chansons naissent souvent d’un mot unique» | avec vidéo

Le Lausannois Alejandro Reyes, compositeur et parolier, fait partie des finalistes de la Suisse pour le Concours Eurovision de la chanson 2018 avec deux titres: «Kiss Me» et «Compass». Il est également interprète de la deuxième chanson. Ces chansons ont été écrites durant le camp de composition de chansons organisé par Pele Loriano Productions et SUISA. Pour Alejandro Reyes, l’écriture en équipe a été une expérience nouvelle et un véritable enrichissement personnel. Dans une interview, le jeune compositeur nous en dit plus sur la création de ses deux chansons pour le CEC. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Manu Leuenberger

«Je n’aurais jamais imaginé avoir deux chansons en finale suisse du concours de l’Eurovision», avoue Alejandro Reyes dans l’interview vidéo. Il faut dire que le jeune Alejandro, âgé de 25 ans, ne fait de la musique que depuis sept ans. Pour lui, tant le concours Eurovision de la chanson (CEC) que le camp de composition de chansons ont été des expériences totalement inédites. C’était également la première fois qu’il écrivait des chansons avec d’autres compositeurs et paroliers. Il est d’autant plus heureux que son travail ait été récompensé: «Avant d’arriver au camp, je n’imaginais pas pouvoir apporter autant aux compositions.»

Le jeune compositeur a été séduit par cette expérience: «J’ai pu partager ma façon de travailler et mon point de vue sur les choses», explique-t-il. «J’ai également beaucoup reçu en retour: des critiques positives (et moins positives) qui me font progresser en tant que compositeur.» Alejandro Reyes retient une chose en particulier. Le camp de composition de chansons lui aura permis de collaborer, le temps d’une seule journée, avec d’autres compositeurs que l’on rencontre le plus souvent pour la première fois: «Ce rapprochement donne quelque chose d’unique, d’authentique – un instantané qui reste gravé.»

Alejandro Reyes a pu choisir d’interpréter une des deux chansons qu’il a co-composées: «Compass» ou «Kiss Me». Il s’est finalement décidé pour «Compass», car l’histoire de cette chanson l’a plus fortement marqué et parce que c’est «une chanson qui touche profondément», confie-t-il. «Dès les premières strophes, on est plongé dans une atmosphère profonde et particulièrement saisissante. La chanson délivre un message.»

Pour «Compass», il a travaillé avec le compositeur et producteur suisse Lars Christen et la compositrice canadienne Laurell Barker. Alejandro Reyes nous explique le déroulement de sa création: «La tonalité de la chanson et l’idée de l’histoire ont été élaborées en premier lieu.» La trame principale de la chanson a été définie en assez peu de temps.

Quand on l’interroge sur l’origine de ses chansons, Alejandro Reyes répond: «Les idées de chansons naissent souvent d’un mot unique.» Pour «Compass», il s’agissait de quelqu’un qui devait retrouver son chemin, à l’aide une boussole justement. La direction indiquée par la boussole d’Alejandro Reyes est quant à elle sans équivoque: représenter la Suisse lors de la finale du CEC 2018.

www.alejandro-reyes.com

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«Jeroen a joué une suite harmonique au piano et j’ai improvisé une mélodie dessus», nous explique Chiara Dubey pour illustrer le processus de composition. Et de poursuivre: «Petit à petit, nous avons ajouté et modifié des éléments, comme un puzzle, jusqu’à obtenir une structure de base qui nous convienne à tous.» Le texte de la chanson a été écrit par Janie Price, venue au camp avec quelques textes dans sa besace. «Nous avons adapté son texte à la nouvelle structure et à la mélodie», explique Chiara Dubey. «Le texte a été écrit par Janie et je lui apporte une touche personnelle.»

Pour Chiara Dubey, composer dans ces conditions a été une expérience originale: «Il était nouveau pour moi de ne pas avoir le contrôle sur tout.» En général, la musicienne aime avoir une vue d’ensemble sur la composition, le texte, les arrangements et l’orchestration de sa musique. C’était différent lors du camp de composition de chansons: «Il faut renoncer au contrôle et créer quelque chose qui corresponde à toutes les parties impliquées», explique-t-elle à propos du fait de composer en équipe.

Il s’agit finalement d’obtenir le meilleur résultat possible, car – comme le dit si bien Chiara Dubey – lors du Concours Eurovision de la chanson, on ne dispose que de «trois minutes pour impressionner l’Europe entière.»

www.chiaradubey.com

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Co et Stee Gfeller de ZiBBZ vivent entre Los Angeles et la Suisse. Ils organisent souvent des sessions de composition avec d’autres musiciens dans leur laboratoire musical de Los Angeles. Cet échange créatif leur manque en Suisse: «C’est formidable qu’un camp de composition voie enfin le jour en Suisse», explique Co Gfeller en interview.

Lors du camp de composition de chansons organisé en août 2017 dans les Powerplay Studios, la fratrie a écrit deux chansons en deux jours. Le 4 février 2018, le frère et la sœur prendront part au show de sélection de la SRF qui déterminera les participants à la finale du Concours Eurovision de la chanson à Lisbonne.

Les Gfeller ont écrit leur morceau avec Laurell Barker, compositrice canadienne. La collaboration en trio s’est avérée très fructueuse: il ne leur aura fallu qu’une trentaine de minutes pour réaliser la structure de base de la chanson, expliquent les ZiBBZ en interview. Le morceau est né ce jour-là comme par enchantement, ou presque.

www.zibbz.com

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Derrière chaque chanson de qualité se cache un bon parolier. Dans le cas de «Kiss Me», ils sont même quatre. La chanson, qui fait partie des finalistes de la Suisse pour le Concours Eurovision de la chanson 2018, est interprétée par Naeman. Elle a toutefois été composée par le Lausannois Alejandro Reyes, le Suédois Ken Berglund, l’Américain Eric Lumière et Kate Northrop.

Cette Américaine installée en Suisse a contribué à l’écriture du texte de la chanson. L’histoire est d’ailleurs le fruit d’un travail d’équipe: «Nous nous sommes d’abord raconté l’histoire de la chanson chacun notre tour», explique la compositrice dans son interview. «Nous avons ensuite essayé de mettre tout cela en musique, de coucher nos impressions sur papier et surtout d’y ajouter des émotions.»

Kate Northrop avait déjà écrit des chansons avec différents coauteurs auparavant. Pourtant, la configuration du camp de composition a été une expérience radicalement nouvelle pour elle. En effet, elle a dû écrire une chanson de A à Z, en 12 heures, avec de parfaits inconnus. Kate Northrop a tout simplement adoré cette manière de composer. «C’était une source d’inspiration incroyable que de collaborer avec ces artistes», déclare-t-elle. «Il faut s’ouvrir et laisser place à la créativité des autres pour créer quelque chose.»

Le fait que les chansons écrites dans le cadre du camp de composition soient destinées à l’Eurovision n’a eu aucune influence sur le travail de Kate: «Je ne crois pas qu’il y ait de différence entre une chanson écrite pour l’Eurovision ou dans le cadre d’un autre projet. On veut toujours écrire la meilleure chanson possible.»

www.songwave.ch, site Internet de Kate Northrop

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«Participer au camp de composition de chansons a été très enrichissant» | avec vidéo

«Compass» est l’une des six chansons finalistes pour la contribution suisse au Concours Eurovision de la chanson (CEC) 2018. Le morceau est interprété par Alejandro Reyes, qui a composé la chanson en collaboration avec la compositrice canadienne Laurell Barker et le compositeur et producteur suisse Lars Christen. Dans cette interview de SUISA, Lars Christen explique le processus de composition d’une chanson et raconte en quoi le camp a été pour lui une expérience enrichissante. Texte de Giorgio Tebaldi; vidéo de Manu Leuenberger

Lars Christen est un producteur et compositeur très demandé. Il travaille avec des artistes tels que Bastian Baker, James Gruntz, Damian Lynn ou actuellement Marc Sway. Avec le camp de composition de chansons, organisé par Pele Loriano Productions et SUISA en août 2017 dans les Powerplay Studios de Maur, le membre SUISA est entré dans un monde inconnu. Et cela en a valu la peine: en collaboration avec le musicien lausannois Alejandro Reyes et la Canadienne Laurell Barker, il a en effet écrit «Compass», l’une des six chansons en lice pour représenter la Suisse lors du Concours Eurovision de la chanson.

Alejandro Reyes, co-compositeur, interprétera la chanson. «Nous avons discuté avec Alejandro au sujet de ce qui l’intéresse et du thème sur lequel il souhaitait chanter», explique Lars Christen dans une vidéo sur le processus de création de la chanson. Lors du camp, «Lars the music guy» a apprécié l’échange avec les musiciennes et les musiciens venus de Suisse et de l’étranger: «Pour moi, participer à ce camp a été un énorme avantage, notamment en termes de réseau.»

Nous saurons le 4 février 2018 lors du show de sélection de la SRF si l’équipe de composition de «Compass» représentera la Suisse en mai à Lisbonne, lors de la finale du Concours Eurovision de la chanson. «J’espère que les autres prendront autant de plaisir à écouter la chanson que nous lorsque nous l’avons écrite», explique Lars Christen.

www.larsthemusicguy.com

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«Je trouve particulièrement excitant le fait de ne pas savoir quelle direction prendra une chanson»

James Gruntz a récemment sorti son nouvel album, intitulé «Waves». La bourse que le compositeur de 30 ans, également multi-instrumentaliste, producteur et chanteur, a reçue de la part de la FONDATION SUISA a fortement influencé la création de cet opus. Texte de Markus Ganz, contributeur invité

James Gruntz: «Je trouve particulièrement excitant le fait de ne pas savoir quelle direction prendra une chanson»

«En réalité, je gagne ma vie grâce aux cachets des concerts et aux rémunérations des sociétés de gestion», explique James Gruntz. (Photo: Gregor Brändli)

En 2014, James Gruntz se fait connaître grâce à son album «Belvedere», dont le succès se confirmera ensuite avec son bon classement dans les charts et l’obtention plusieurs récompenses («Basler Pop-Preis» en 2014 et deux «Swiss Music Awards» en 2015). Pour la création de «Waves», sorti récemment, James Gruntz a donc été soumis à une pression accrue. Après avoir grandi à Nidau, près de Bienne, c’est à 16 ans que le musicien est arrivé à Bâle. Il a ensuite réalisé un Master en musique pop à la Haute école des arts de Zurich et vit actuellement dans un loft d’une ancienne usine de Dulliken, dans les environs d’Olten, où il travaille ses chansons.

Pendant notre entretien, James Gruntz a relativisé cette pression. «La musique a toujours joué un rôle très important dans ma vie. Et ce sera toujours le cas, qu’elle me permette d’en vivre ou non.» Le compositeur, multi-instrumentaliste, producteur et chanteur souligne également que son premier album est sorti il y a dix ans déjà et que «Waves», disponible depuis peu, est son sixième album. «J’ai remarqué une évolution constante: mes chansons ont commencé par passer à la radio, puis les engagements pour des concerts se sont enchaînés. Jusqu’à maintenant, chaque nouvel album s’est mieux vendu que le précédent.»

Le plaisir du scat

On est un peu troublé lorsque James Gruntz avoue être heureux de ne pas avoir vécu l’âge d’or de l’industrie de la musique. «Cela m’évite de nourrir de grandes attentes commerciales concernant l’ album. En réalité, je gagne ma vie grâce aux recettes des concerts et aux rémunérations des sociétés de gestion.» Il s’en sort financièrement car, en plus d’être l’interprète et le producteur de ses chansons, il en est également l’auteur. Il compte sur les ventes des albums uniquement pour couvrir les coûts de production.

Heureusement, cela n’a pas empêché James Gruntz de réaliser son nouvel album «Waves», qui séduit par un délicieux mélange de soul, de pop et d’électronique. Au départ, il ne savait pas à quoi ressemblerait ce nouvel album. «Je n’étais certain que d’une chose: je souhaitais chanter du scat, comme avec la chanson ‹Heart Keeps Dancing› du dernier album.» C’est avec ce morceau qu’il s’était essayé pour la première fois à ce claquement de langue particulier et cela avait été un succès. Et comme il s’y adonne «avec grand plaisir», il souhaitait inclure plus de morceaux de ce genre dans le nouvel album et oser davantage.

Pas de finalité en soi

Les prouesses vocales originales marquent encore plus profondément la musique que sur le dernier album, notamment grâce à quelques faussets rappelant Prince et à l’harmonie de chants polyphoniques, qui permettent une certaine distanciation. «Cela me fait plaisir de jouer avec les notes, j’aime le côté ludique de la chanson. Il est toutefois important de ne pas relever ce défi uniquement parce qu’on y arrive ou pour son aspect technique. Il faut que cela fonctionne de manière indépendante, que cela ait un sens.» En fin de compte, c’est la voix qui confère à l’album son originalité.

Les nouveaux morceaux sont très différents les uns des autres. James Gruntz a toujours un dictaphone sur lui, afin d’enregistrer de nouvelles idées. De temps à autre, il écoute ces enregistrements «qui [lui] donnent envie de faire naître une chanson». Il travaille ensuite seul à la maison, dans son home studio, jusqu’à ce que le morceau prenne forme. «Je trouve cela particulièrement excitant de ne pas savoir quelle direction prendra la chanson. Lorsque cela devient clair pour moi et que j’ai trouvé ma version, je cherche la collaboration d’autres musiciens, je suis ouvert à leurs idées.»

Différentes origines

L’idée pour le premier single, «You», lui était déjà venue à l’esprit il y a trois ans, peu après la sortie du dernier album. «Ce morceau a énormément évolué jusqu’à sa finalisation, il est très différent de l’idée initiale.» Au contraire, d’autres chansons comme «Waves» ont presque été achevées en un jour, à partir de rien. «Ce morceau est pour ainsi dire encore au stade de démonstration. Cela a été possible car il ressemble plus à une musique d’ambiance qu’à une chanson et son développement était donc limité.»

La bourse de travail de 80 000 francs que James Gruntz a reçue en 2016 de la part de la FONDATION SUISA a fortement influencé la création de l’album. En fait, «Waves» aurait déjà dû sortir ce printemps. «J’ai toutefois remarqué que j’avais besoin de plus de temps pour concevoir l’album tel que je le souhaitais. J’ai donc reporté la sortie de l’album de six mois, sans craindre que mon compte en banque n’affiche un montant négatif.»

Le livre est-il le nouveau CD?

La bourse de travail a permis de donner naissance à un projet très spécial: dans le cadre de sa tournée, James Gruntz publie aussi un livre de 64 pages. «Il s’agit d’une expérience à laquelle j’aurais réfléchi à deux fois si je n’avais pas reçu l’argent de la FONDATION SUISA.» Pour chaque chanson du nouvel album, un auteur s’est chargé d’écrire un texte correspondant, de manière totalement libre. «Résultat: des poèmes et des histoires qui sont également très intéressants à mes yeux car ils montrent l’effet que peut produire ma musique.»

A l’origine de ce projet de livre, il y a une réflexion: selon James Gruntz, «le CD est sur le déclin, malgré la meilleure qualité du son». Il est toutefois convaincu que la plupart des gens, tout comme lui, aiment tenir quelque chose en main en écoutant de la musique. «Et un livre est un bien plus bel objet qu’un CD! Il contient également les paroles des chansons, ce qui est utile pour les auditeurs qui écoutent ma musique en streaming.» Ce projet a également pu voir le jour grâce à la maison d’édition Zytglogge, qui publie l’album et qui possède également des livres dans son assortiment. Ainsi, James Gruntz peut maintenant se réjouir du fait que sa musique soit également disponible dans ses librairies préférées. Le livre comprend en effet un code de téléchargement pour son album (le livre peut aussi être acheté lors des concerts).

Concerts 2017/18: 17 nov. Schüür Lucerne, 18 nov. Eintracht Kirchberg SG, 24 nov. Gaswerk Seewen, 25 nov. Kaserne Bâle, 1er déc. Kofmehl Soleure, 2 déc. L’Usine Genève, 8 déc. Salzhaus Brugg, 9 déc. Hotel Wetterhorn Hasliberg, 17 déc. Zauberwald Lenzerheide, 12 janv. 2018 Salzhaus Winterthur, 19 janv. Chollerhalle Zoug, 20 janv. Mokka Thoune, 16 févr. Kulturkarussell Rössli Stäfa, 23 févr. Kulturfabrik KUFA Lyss, 24 févr. Casino Herisau, 27 avr. Kühltür Grosshöchstetten.

www.jamesgruntz.com, site officiel de James Gruntz

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Julien-François Zbinden: 100 ans!

Julien-François Zbinden est pianiste, compositeur, écrivain et … centenaire. Ce membre d’honneur de SUISA a fêté son 100e anniversaire le 11 novembre 2017. A l’occasion de cet anniversaire, Jean-Pierre Mathez, rédacteur invité, présente un résumé de la vie et de l’œuvre du jubilaire jusqu’ici.

Julien-François Zbinden: 100 ans!

Julien-François Zbinden, ancien Président et aujourd’hui membre d’honneur de SUISA, peut fêter ses 100 ans le 11 novembre 2017. (Photo: Yvan Ischer)

Ford Model T de 1913. (Photo: Ryan Fletcher / Shutterstock.com)

Né le 11 novembre 1917, neuf ans après le lancement de la Ford T en 1908, Julien-François Zbinden sera le témoin privilégié et attentif de l’extraordinaire évolution technologique, artistique, morale et spirituelle qui bouleverse la vie des humains sur cette terre.

Mais c’est avec son piano bien-aimé, que commence son aventure musicale, je le cite:

«Aujourd’hui encore, il partage ma ferveur pour la musique de jazz et notre belle complicité est sauvegardée dans l’album ‹The Last Call…?› enregistré en ma 93e année. Ce quelqu’un est mon instrument, un piano à queue plus que centenaire: Blüthner No. 89293 Modèle 190, construit en 1910 à Leipzig, auquel je dédie cet opus 111 (intitulé ‹Blüthner-Variationen›, publié aux Editions Bim PNO67, remarque de l’auteur) et qui met fin à la série de mes œuvres destinées au piano.»

Autoportrait, gravure sur linoléum, 1937.

Julien-François Zbinden commence par gagner sa vie comme pianiste de bar, s’initiant avec passion au jazz, puis à la composition.

A 30 ans débute sa carrière au département musical de la Radio Suisse Romande qu’il marquera de son empreinte administrative et de son ouverture d’esprit jusqu’à sa retraite en 1982. Des années glorieuses avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne, avec la Fanfare Perce-Oreille, avec des chœurs classiques et populaires de la Romandie, des vedettes de la chanson française, des orchestres de jazz; il participe et anime des débats en ligne avec une bravoure respectueuse de l’opinion d’autrui. D’innombrables célébrités du monde de la musique sont invités à Lausanne où les archives regorgent d’interviews et d’enregistrements «en direct» d’artistes célèbres. Il a su ouvrir les portes de la RSR à tous les genres musicaux de qualité, irriguant ainsi une culture musicale plurielle en Romandie et en francophonie.

Vers la mi-cinquantaine, il passe un brevet d’aviateur et s’enivre des émotions que lui procurent ses arabesques et la vision rapetissée de la vie terre à terre.

Julien-François Zbinden devant un Piper L4, initiation atterrissage (Glacier des Diablerets, 11.12.1975). (Photo: DR)

Julien-François Zbinden au piano, janvier 2017. (Photo: DR)

Julien-François Zbinden, arrivé à l’âge de la retraite, quitte la RSR, et se consacre corps et âme à la composition (sa production atteindra plus d’une centaine d’œuvres), à ses amitiés, aux voyages, et à l’écriture (une impressionnante biographie et deux livres plus récents), sans oublier l’enregistrement au piano de deux disques de jazz récents (TCB Montreux) …

Il a été président de l’Association des Musiciens suisses (1973–1979) et, de 1987 à 1991 de SUISA.

Julien-François Zbinden est aussi une mémoire vivante précieuse, un puits de science, un homme de lettres qui a analysé, étudié son temps avec une grande perspicacité. Ses œuvres musicales ont été jouées dans le monde entier et publiées chez les grands éditeurs européens (depuis 1988 toutes ses nouvelles œuvres sont publiées en Suisse aux Editions Bim).

Espérons que le monde musical de Suisse et de Romandie n’oublie pas cet artiste exceptionnel et continue à transmettre ses œuvres aux futures générations de musiciens et mélomanes de notre pays.

Pour en savoir (beaucoup) plus sur Julien-François Zbinden: www.jfzbinden.ch

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Toni Vescoli: une année anniversaire trépidante

Toni Vescoli, membre de SUISA depuis 1967, n’a pas seulement marqué la scène beat suisse; il a également été l’un des pionniers de la musique en dialecte suisse-allemand, interprète de Dylan et le narrateur du feuilleton radiophonique Pingu. (Photo: Kessler)

Il n’a pourtant jamais pris la grosse tête, expliquait-il il y a cinq ans dans l’émission TV «Stars extra», avec un sourire embarrassé. L’animatrice Sandra Studer lui avait alors demandé ce que ça lui faisait d’être passé, avec Les Sauterelles («Heavenly Club»), devant les Beatles («Hey Jude») dans le hit-parade suisse en 1968. Cette réponse caractérise bien le chanteur, guitariste et auteur-compositeur zurichois. Car s’il continue aujourd’hui à se produire volontiers en concert, c’est pour l’amour de la musique et non pour les feux de la rampe.

Toni Vescoli était d’ailleurs furieux lorsque, en 1964, l’impresario des Sauterelles inventa un nouveau nom pour le groupe et le fit imprimer en encore plus grosses lettres que le leur sur les affiches: «The Swiss Beatles». Il ne voulait pas se comparer à des stars, seulement exister par sa propre musique. Dès les années 70, il suivit donc son propre chemin, imperturbable, sans se soucier des tendances ni des étiquettes.

Le chemin vers la musique beat

Ce ne sont pas les musiciens de beat anglaise mais bien des stars américaines comme Johnny Cash et surtout Elvis Presley qui sont à l’origine de sa passion pour la musique. Il en jouait déjà à la fin des années 50, expliquait Toni Vescoli à l’auteur lors d’une précédente interview. Il raconte qu’à l’époque, il est monté à plusieurs reprises sur la table d’un café branché du Niederdorf à Zurich et, dans un cadre plus élargi, parfois accompagné d’un groupe de dixie. C’est ensuite grâce aux Shadows et à leur son unique à base de guitares électriques qu’il est passé à la musique beat.

Pour ce faire, il lui fallait un groupe, c’est pourquoi il créa en 1962 Les Sauterelles, dont l’histoire entière est marquée par de nombreuses évolutions personnelles. En 1968, leur single «Heavenly Club» est un incroyable succès commercial et sort dans la plupart des pays européens ainsi qu’aux Etats-Unis et au Japon. Le groupe donne alors jusqu’à 350 concerts par an et joue parfois 7 heures d’affilée. Mais Les Sauterelles font face à des problèmes financiers qui contraignent Toni Vescoli à annoncer, dans un avis de décès en 1970: «Les Sauterelles sont mortes».

Le légendaire groupe de beat suisse Les Sauterelles a été fondé en 1962. Aujourd’hui, 55 ans plus tard, le groupe célèbre son anniversaire avec une tournée qui débutera à Liverpool. (Photo: Gerhard Born)

Influences venues d’outre-Atlantique

C’est la musique folk et en particulier Bob Dylan qui attira Toni Vescoli vers la chanson américaine et marqua sa carrière solo, comme le prouve son album «Bob Dylan Songs» (1993) et ses adaptations en dialecte zurichois. Lors d’une interview, il raconte que le folk et la West Coast des années 1970 sont à l’origine de la touche americana qui marqua plus tard sa musique. Mais ses classiques comme «Susanne» et «N1» étaient pourtant déjà des titres country, presque bluegrass.

Au début des années 80, Toni Vescoli se remet au rock et, grâce à Ry Cooder, devient un fan de l’accordéoniste Flaco Jimenez, qui collabora plus tard à son album «Tegsass» (1999) dont la sonorité Tex-Mex lui rappelle sa jeunesse au Pérou (où il vécut de 4 à 9 ans) et les chansons folkloriques mexicaines qui y passaient à la radio. On retrouve ces influences, mêlées à la musique cajun, dans son album americana «66» (2008) et en particulier dans le single «El Parasito» au rythme entraînant.

Pionnier de la musique en dialecte suisse-allemand

Véritable pionnier, Toni Vescoli passe en 1970 à la musique en dialecte, transition plus significative encore que son changement de style musical. Il a été mandaté par le magazine Pop pour écrire une chanson en l’honneur de l’inauguration d’un monument à la mémoire de Guillaume Tell. Au lieu de suivre les consignes à la lettre et d’écrire en allemand, il trouve le dialecte plus adapté – et la chanson reçoit un excellent accueil. Il écrit donc d’autres chansons en dialecte, mais son producteur pensait en 1971 qu’il était encore trop tôt pour les présenter au grand public.

Son premier album en dialecte ne paraît donc que trois ans plus tard, et la reprise de la chanson «Susanne» par Reinhard Mey précède même l’originale de Toni Vescoli. En 1983, sa chanson «N1», qui traite de l’ambivalence suscitée par l’autoroute N1 (devenue aujourd’hui l’A1) qui traverse la Suisse, est elle aussi incontournable. «N1 Du bisch e Schtraass wo-n i hass, aber irgendwie han-i Di gern» (N1, tu es une route que je déteste, mais d’une certaine façon je t’aime bien); «Scho Root» (1975) est un autre tube mettant la circulation routière à l’honneur.

Toni Vescoli, un musicien modeste qui a gardé les pieds sur terre. (Photo: Plain)

Association teintée d’innovation

Ce qui surprend le plus à l’époque, c’est que Toni Vescoli associe ses textes en dialecte à de la musique américaine et rompt ainsi avec la tradition des auteurs-compositeurs. Il remarque alors qu’il peut toucher les gens de manière beaucoup plus directe en chantant en dialecte. C’est pourquoi il crée sa musique pour que les textes sonnent bien. Ceci l’amène au folk, qu’il peut aussi jouer en solo.

Par la suite, alors qu’il se produit sur la scène d’un petit théâtre, il remarque qu’il n’a plus besoin d’ampli: la guitare acoustique suffit. Il atterrit donc dans un genre musical qu’il n’avait pas cherché mais où il se sent bien: il continue donc sur sa lancée pendant 18 ans, sans installation de sonorisation. Pourtant, ce genre musical, où le public est pendu à ses lèvres, lui paraît trop étroit. Il a de nouveau envie de guitare électrique, comme il le décrit dans la chanson «Wäge Dir».

Les mots justes pour une chanson d’amour

Le passage au dialecte n’a pas été simple. En dialecte, il faut beaucoup réfléchir à ce que vous voulez chanter, explique Toni Vescoli en interview. Il n’est pas si facile de chanter «ich liebe Dich» (je t’aime), même si c’est aujourd’hui beaucoup moins gênant, comme le montre la scène musicale en dialecte.

Dans le titre «Lady Lo», où il termine par ces mots: «öisi Schprach isch unbruchbar» (notre langue ne convient pas), Toni Vescoli exprime sa difficulté à trouver les mots justes pour une chanson d’amour. Il s’agissait à l’origine d’une chanson d’amour pour sa femme, explique-t-il, qui s’est ensuite transformée, d’un point de vue textuel, en constat d’échec. Tout ce qu’il écrivait sonnait kitsch et maladroit: c’est devenu le thème de la chanson. Là où les mots sont inadéquats pour exprimer les sentiments, la musique purement instrumentale peut devenir une solution. Mais je ne suis pas un assez bon guitariste solo, déclare Toni Vescoli en riant.

Non, Toni Vescoli n’a définitivement pas pris la grosse tête. Il a également montré qu’il n’avait pas peur des collaborations avec la jeune génération ni de s’essayer à des changements de style comme le hip-hop. En 2012, il présente lors de l’émission télévisée «Cover Me» sur SRF son interprétation de «Baustellsong», de Baba Uslender. Car musicalement, Toni Vescoli est resté jeune – et tient à le rester!

Informations et dates de concert: www.vescoli.ch (notamment dates des concerts des Sauterelles à Liverpool dans le cadre de la «Beatleweek» du 25 au 28 août).

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  1. Ich lernte Toni in den frühen 80er Jahren kennen, als ich der lead Gittarist der Windows war. Toni präsentierte eine TV Show, in der wir auftraten. Ich erinnere mich ganz besonders an ein Konzert im Kongresshaus für die Neubürger Feier, an der Toni präsentierte. Zuerst spielte das Hazi Osterwald Orchester, dann wir. Während wir spielten, standen plötzlich Reihen von Gästen auf und gingen zum Ausgang. Wir hatten keine Erklärung dafür. . . bis wir das Tränengas ‘witterten’, welches ein Idiot in der Mitte des Kongresshauses abgelassen hatte. Toni, mit Tränen in den Augen, steckte seinen Kopf aus dem Vorhang und rief uns zu, « Mached witer, mached witer ». Der Anlass war dann leider zu Ende, da sich niemand dem Tränengas aussetzen wollten.

    Ich war lange zuvor auch mal mit dem Sauterelles Bassisten Freddy Mangili befreundet. Auch ein sehr netter Typ.

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Il y a 75 ans, Toni Vescoli venait au monde, un 18 juillet. Vingt ans plus tard, le 19 septembre, le musicien zurichois fondait le légendaire groupe de beat-music Les Sauterelles, qui fête son anniversaire avec une tournée qui débutera lors de la «Beatleweek» à Liverpool. Parallèlement, Toni Vescoli se produit toujours sur scène avec ses projets musicaux en dialecte suisse-allemand «MacheWasiWill», «imDUO» et «Toni VESCOLI&Co». Un texte de notre auteur invité Markus Ganz

Toni Vescoli: une année anniversaire trépidante

Toni Vescoli, membre de SUISA depuis 1967, n’a pas seulement marqué la scène beat suisse; il a également été l’un des pionniers de la musique en dialecte suisse-allemand, interprète de Dylan et le narrateur du feuilleton radiophonique Pingu. (Photo: Kessler)

Il n’a pourtant jamais pris la grosse tête, expliquait-il il y a cinq ans dans l’émission TV «Stars extra»,...Continuer

«En tant qu’auteur-compositeur, on est une sorte de loup solitaire»

Debrah Scarlett était déjà connue sur la scène internationale avant de sortir son premier EP «DYS(U)TOPIA» à la mi-mars. Au préalable, cette musicienne norvégo-suisse a rejoint SUISA. Texte de Markus Ganz, contributeur invité

Debrah Scarlett: «En tant qu’auteur-compositeur, on est une sorte de loup solitaire»

Nouvelle chez SUISA: Joanna Deborah Bussinger, qui a adopté le nom de scène de Debrah Scarlett. (Photo: Stian Foss)

«Je préfère garder les pieds sur terre, sans avoir des attentes trop élevées envers moi-même et les autres», déclare Joanna Deborah Bussinger lorsqu’on l’interroge sur ses plans d’avenir. Cette prudence a préservé la jeune femme de 23 ans, entre autres, du risque de devenir une pop star uniquement à court terme, contrainte de laisser les rênes de sa carrière à d’autres personnes. Fille d’une mère norvégienne et d’un père italo-suisse, elle avait participé en 2013 à la version norvégienne de l’émission The Voice où elle était arrivée en demi-finale.

«Je ne voulais même pas gagner», déclare-t-elle en souriant, «car si ça avait été le cas, j’aurais dû accepter des conditions problématiques.» Elle n’aurait cependant pas voulu manquer les expériences qu’elle y a acquises, ni celles d’ailleurs que lui a permis de vivre sa participation au concours de l’Eurovision de la chanson pour la Norvège en 2015 – elle avait atteint la huitième place sous son nom de scène Debrah Scarlett, en duo avec son partenaire Kjetil Mørland.

Essayer de nouvelles choses

«J’aime bien relever des défis intéressants lorsque l’occasion se présente», explique Joanna Deborah Bussinger. «Même si ceux-ci me font souvent peur dans un premier temps, ils me permettent presque toujours d’apprendre quelque chose.» Cela vaut également pour ses déplacements entre la Suisse et la Norvège. Elle a grandi dans sa ville natale de Bâle et a déménagé à l’âge de six ans en Norvège avec sa mère et ses deux frères. Puis, à l’âge de dix ans, elle a décidé «d’essayer de voir comment serait la vie avec mon père à Bâle». A 21 ans, elle a à nouveau déménagé en Norvège – «plutôt par intuition: c’était un moment où le champ des possibles était large et où rien ne m’empêchait de partir.»

Niveau carrière, sa famille a également joué un rôle important. «Mes parents m’ont toujours dit: si tu veux faire quelque chose, alors fais-le.» Le fait que Joanna Deborah Bussinger soit issue d’une famille mélomane et amatrice d’art depuis des générations a également forgé sa personnalité: sa mère peint et chante, son père joue du piano et écrit des poèmes. «A l’âge de cinq ans, je ne savais pas encore que je voulais devenir musicienne, mais je savais que je devais m’exprimer d’une manière ou d’une autre, que ce soit visuellement ou musicalement. Il s’est avéré que la musique était pour moi le moyen le plus naturel, comme un outil pour créer un monde à part.»

Au commencement un sentiment

A 15 ans, Joanna Deborah Bussinger a commencé à jouer du piano et à écrire des chansons. Rapidement, elle a pris des cours de chant et a suivi le cours préparatoire à l’Ecole de jazz de Bâle en plus du cours préparatoire à la Haute école d’art (Hochschule für Gestaltung und Kunst). Elle s’est impliquée de plus en plus, par exemple en participant au projet The Rumours en tant que chanteuse. Mais par-dessus tout, elle voulait créer sa propre musique. Malgré les nombreuses influences stylistiques, son premier EP «DYS(U)TOPIA», sorti à la mi-mars, nous offre des sons remarquablement indépendants et expressifs et séduit non seulement par son chant captivant, mais aussi par sa résonance rêveuse.

Jusqu’ici, Joanna Deborah Bussinger a écrit la plupart des chansons chez elle, seule au piano. «Mais depuis peu, je collabore également avec d’autres musiciens. C’est passionnant d’essayer des choses que l’on ne ferait pas seul à la maison car, en tant qu’auteur-compositeur, on est généralement une sorte de loup solitaire.» La plupart des chansons naissent d’un sentiment qui occupe l’espace et pour lequel elle cherche une mélodie. «Le plus souvent, cela fait émerger un thème, et en écrivant, je découvre rapidement la direction que cela doit prendre.»

Encore dans 40 ans!

La musique est devenue son «langage» – lorsqu’elle était petite, elle parlait en effet plusieurs langues sans pour autant en maîtriser aucune à la perfection. «La musique m’a permis de m’exprimer correctement.» Néanmoins, elle écrit également des paroles de chansons aussi subtiles que profondes et qui, une fois chantées, résonnent encore plus en nous. Elles sont toujours en anglais, bien que l’anglais ne soit ni sa langue maternelle, ni la langue qu’elle a héritée de son père. «Bizarrement, il est plus simple pour moi d’écrire des textes personnels en anglais. Cela confère une certaine distance au récit, comme si cela m’était arrivé il y a trois ans déjà et que je le racontais maintenant en chanson.»

Joanna Deborah Bussinger espère que sa carrière continuera d’évoluer; elle travaille ainsi déjà sur son premier album. «J’essaie de faire tout mon possible, et c’est aussi ce que fait la formidable équipe qui m’aide à Bâle, Berlin, Londres et Oslo. Mais le rythme doit être agréable et lent, pas trop rapide, pour ne pas subir la pression commerciale. Car je veux faire de la musique encore dans 40 ans.»

Une idée rassurante

Pour ce plan à long terme, SUISA joue également un rôle important, même si l’adhésion de Joanna Deborah Bussinger est très récente. «Avant, je ne voyais pas l’intérêt de devenir membre d’une société de gestion, car je n’avais pas encore publié mes compositions.» Cela a changé depuis qu’elle est sous contrat de gestion du label Radicalis. Etant donné que cette société est basée à Bâle, elle a choisi de rejoindre SUISA, même si elle continue de résider en Norvège. «Ainsi, les spécialistes de Radicalis peuvent clarifier les questions directement avec Suisa, qui est également connue pour traiter les décomptes plus rapidement que d’autres sociétés de gestion.» Elle ne sait pas encore ce qu’elle peut attendre concrètement de SUISA. «Mais je trouve que l’existence de cette coopérative est géniale pour tous les musiciens. Car, par son travail, elle simplifie nos vies et défend nos droits – savoir cela, c’est rassurant.»

Concerts:
du 4 au 6 avril au «Zermatt Unplugged Festival».

www.debrahscarlett.com, site Internet officiel de Debrah Scarlett

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